Paroles et Portraits

Entretien avec Thierry Téné, directeur de l'Institut Afrique

L’Institut Afrique RSE (IARSE) est un cabinet d’expertise spécialisé dans l’économie durable en Afrique. Il accompagne les acteurs publics et privés dans leurs stratégies de responsabilité sociétale et d’Investissement socialement responsable (ISR).

Par Pius Moulolo

Cap Éco Africa : Qu’est-ce que la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ? Et quel est son rôle dans le développement du continent africain ?

Thierry Téné : Une entreprise est responsable en Afrique si elle se conforme à ses obligations sociales, fiscales et environnementales. Ensuite, elle dialogue avec ses parties prenantes (salariés, clients, prestataires et communautés) pour répondre à leurs attentes, anticiper les risques et saisir les opportunités. L’Afrique est aujourd’hui sur la voie de l’émergence. Le challenge est d’avoir une croissance qui améliore les conditions de vie socioprofessionnelle du plus grand nombre en limitant les externalités négatives. La RSE peut et doit fortement y contribuer.

Pourquoi votre engagement en faveur de la RSE ? Quelles actions avez-vous menées et quels résultats avez-vous obtenus jusqu’ici ?

Je suis profondément convaincu que le développement de l’Afrique passe par la promotion d’une économie durable. On oublie qu’une entreprise responsable est une entreprise rentable.
Toutes les enquêtes démontrent que le principal besoin en matière de RSE en Afrique est celui de la formation. Depuis 2012, nous animons régulièrement des séminaires de renforcement de capacités. Nous publions également beaucoup d’analyses sur la RSE et l’économie durable en Afrique. Ce qui contribue à la sensibilisation et incite les entreprises à s’engager. Nous venons de réaliser un guide sur la Responsabilité sociétale des entreprises minières au Katanga (RDC). Nous avons été à l’initiative du 1er Forum international des pionniers de la RSE en Afrique, qui s’est tenu en 2011 au Cameroun en partenariat avec le Gicam (patronat, ndlr), et dont l’objectif est la coconstruction par l’Afrique et pour l’Afrique d’une RSE adaptée au contexte africain. La 2e édition a eu lieu en Tunisie et la 3e au Ghana, toujours en partenariat avec les organisations patronales locales. Chaque édition s’est soldée par un Manifeste.

Parlez-nous du Kilimandjaro Top Managers (KTM)…

En 2013, le Manifeste d’Accra sur la RSE en Afrique a donné mandat à l’Institut Afrique RSE pour l’élaboration du label RSE Afrique, outil de valorisation des entreprises. Afin de coconstruire ce label, nous avons lancé en 2014 le KTM dont l’objectif est d’amener les dirigeants africains au sommet de la performance sociétale et financière avec le label RSE Afrique. Le KTM se tient en principe tous les trimestres.

Des entreprises inscrites dans les fonds ISR en Europe se retrouvent impliquées dans l’accaparement des terres et le pillage des forêts tropicales. Comment faire face à ce phénomène, à l’heure de la mondialisation ?

Il est utile de rappeler que c’est au législateur de réguler l’activité économique. Le thème « accaparement des terres » ne me semble pas approprié car une entreprise ne peut pas s’installer sur un territoire sans l’aval des autorités. Le problème est dont à leur niveau. Ensuite, il ne faut pas oublier que 60 % des terres arables et 25 % des terres fertiles non utilisées sont en Afrique. Face à la forte demande en produits agricoles, nous devons exploiter durablement ces terres dans le respect bien évidemment des intérêts des communautés locales.


La COP21 vient de se tenir à Paris. Quel rôle les entreprises africaines peuvent-elles jouer dans la lutte contre les changements climatiques ?

Il est regrettable de constater l’absence d’engagement du secteur privé africain dans la lutte contre le changement climatique. Les entreprises africaines subissent et subiront le plus les conséquences de l’augmentation des émissions de Gaz à effet de serre (GES). Elles doivent donc jouer un double rôle. En amont de la COP dans la préparation, avec les États, des stratégies nationales de lutte contre le changement climatique – il s’agit ici d’identifier les coûts économiques pour les entreprises. En aval dans la saisie de toutes les opportunités offertes par la lutte contre l’augmentation des GES, à savoir la finance carbone, le green business et l’économie verte inclusive.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 12