Edito

L’Afrique au risque de sa natalité

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450 millions ! C’est le chiffre des futurs nouveaux arrivants sur le marché du travail africain. Dans deux générations, l’Afrique connaîtra une nouvelle mutation majeure. L’explosion démographique de l’Afrique subsaharienne risque de bousculer sa croissance, et celle du monde. En effet, d’ici à 2050, la population de jeunes sur le continent qui a vu la naissance de l’humanité sera dix fois supérieure à celle de l’Europe. Une chance ou une bombe à retardement ? Comment hausser le niveau de vie de 2,5 milliards d’habitants – contre 1,2 milliard aujourd’hui –, dont la moitié seront âgés de moins de 25 ans (estimation de l’ONU) ? Comment empêcher, par la croissance, des flux migratoires qui se révèleront catastrophiques à court terme ? Ce sont les questions que pose ce numéro de CAP ÉCO Africa

La croissance africaine à elle seule ne saurait être le rempart contre la déferlante des naissances. Mais le continent a tout de même vocation à être la future usine du monde, comme l’a été la Chine à partir des années 1980, bénéficiant d’un dividende démographique qui booste l’offre et la demande. La plupart des investisseurs étrangers en sont persuadés. Preuve à l’appui : l’Afrique constitue aujourd’hui la région économique qui a la plus forte croissance du monde. Les projections de la Banque mondiale tablent sur 2,5 % de croissance pour 2017, avec des perspectives de hausse soutenue pour les années à venir, grâce à la reprise du commerce international, à la remontée des prix des matières premières et à l’afflux massif des investissements étrangers. Autant dire que les feux sont au vert pour le décollage de la plupart des pays, notamment en Afrique francophone. Des hommes aussi avisés que Lionel Zinsou (ex-président de PAI Partners) prédisent même « un tsunami industriel ».

Mais les obstacles demeurent dans ce scénario optimiste. Ce sont ces résistances que nous auscultons dans ce numéro. La fragilité du franc CFA, assailli de toutes parts, taxé par ses adversaires d’être néocolonialiste ; la paralysie de certaines institutions, comme le Parlement panafricain ; l’insécurité que cherchent à pallier les grandes sociétés... autant d’entraves sur lesquelles se penchent les journalistes de CAP ÉCO Africa. Certains pays, comme le Cameroun, auquel nous consacrons un dossier spécial, ont bien intégré ces données dans leur marche vers l’émergence.