Paroles et Portraits

Franck Paris : l’œil de l’Élysée sur les questions africaines

Sa nomination en tant que conseiller d’Emmanuel Macron a été scrutée de près en Afrique, avec un intérêt à la hauteur de la discrétion dont fait preuve le nouveau « Monsieur Afrique » de l’Élysée. Quelles sont ses prérogatives, et ont-elles varié par rapport à celles de ses prédécesseurs ?

Par Clément Airault - © DR

Franck Paris occupe le poste de conseiller Afrique à la présidence de la République depuis le 16 mai 2017. Né en décembre 1976, il est diplômé de l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris et de l’École nationale d’administration (ENA). Il fait partie, comme Emmanuel Macron, de la promotion Senghor de 2004. Comme lui, il a effectué son stage en Afrique. C’était en 2002, au sein de l’ambassade de France de Côte d’Ivoire.

Fin connaisseur de l’Afrique

L’homme est un excellent connaisseur des affaires du continent, dont il a survolé la quasi-totalité des régions depuis ses débuts au Quai d’Orsay en 2001. Il y fut rédacteur pour l’Afrique australe, avant de s’occuper de la région des Grands Lacs entre 2004 et 2006. Il fut en charge des opérations de maintien de la paix en Afrique de 2006 à 2008. Conseiller Afrique de la Représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne (UE) de 2008 à 2010, il a ensuite été chargé des questions militaires et de l’Europe de la défense jusqu’en 2013. De retour de Bruxelles, Franck Paris a intégré le ministère de la Défense au sein duquel il a officié en tant que conseiller Europe et Afrique de Jean-Yves Le Drian. Certains croient savoir qu’il est également passé par la DGSE entre 2015 et 2017, sans que cela ne figure – évidemment – sur les registres officiels. Il est depuis l’élection d’Emmanuel Macron conseiller Afrique de l’Élysée.

À regarder son parcours, le nouveau « Monsieur Afrique » de l’Élysée est loin d’être un novice en relations diplomatiques. Il a acquis au fil des ans une connaissance approfondie des dossiers africains. Pour l’épauler dans sa tâche, il est secondé par Marie Audouard, une autre ancienne élève de l’ENA, qui comme lui fut rédactrice à la Direction Afrique - Océan indien (DAOI) du ministère des Affaires étrangères (de 2008 à 2010), avant d’être chargée de mission auprès du directeur général des Affaires politiques et de sécurité. À partir de 2014, elle officiait au sein de la Représentation permanente de la France auprès des Nations unies à New York, étant spécifiquement en charge de la RDC.

Pour Franck Paris et Marie Audouard, la région des Grands Lacs n’a donc aucun secret. Moins d’une semaine après sa prise de fonction, Franck Paris s’est d’ailleurs rendu avec Rémi Maréchaux, le chef de la DAOI, à Lubumbashi, dans le sud de la RDC, pour y rencontrer le Président Joseph Kabila. Il s’agissait d’œuvrer à la libération d’un otage français enlevé dans l’est du pays début mars. Grâce à l’action du Chef de l’État congolais (et du conseiller Afrique?), ce fut chose faite le 28 mai 2017.

Homme de l’ombre

Franck Paris a toujours fait preuve d’une grande discrétion. L’homme, décrit comme brillant et sympathique, remplissait les critères pour devenir le « Monsieur Afrique » de l’Élysée : efficace et effacé. Manque-t-il d’expérience, et possède-t-il un carnet d’adresses trop peu étoffé pour la fonction, comme certains de ses détracteurs le pensent ? Il dispose en fait d’un réseau largement aussi dense que celui de son prédécesseur, Thomas Melonio, qui fut le conseiller Afrique de François Hollande (et a depuis rejoint l’AFD en tant que directeur des partenariats).

Sur le principe, la raison d’être de la cellule Afrique de l’Élysée n’a pas évolué depuis de Gaulle: il s’agit d’informer et de conseiller le Président français sur l’ensemble des thématiques touchant au continent. Dans les faits, les missions du « Monsieur Afrique » ont bien changé, comme ont changé les relations existant entre le gouvernement français et les États africains depuis 1960. À l’époque, Jacques Foccart, secrétaire général des Affaires africaines de l’Élysée, rencontrait tous les soirs le général de Gaulle. Alors que les indépendances africaines n’avaient pas encore toutes eu lieu, il travaillait dans l’ombre à préserver les intérêts de la France, et pouvait compter sur une soixantaine de collaborateurs pour l’aider dans sa tâche. La cellule Afrique n’a pas changé d’adresse, mais Franck Paris ne dispose plus aujourd’hui pour l’aider que de cinq collaborateurs tout au plus, et œuvre à renouveler les liens entre la France et l’Afrique.

Nouvelle politique africaine

La lutte contre le terrorisme conserve un caractère prioritaire. Emmanuel Macron a d’ailleurs fait ses premiers pas en Afrique en tant que Chef de l’État le 19 mai à Gao, au Mali, où se déroule depuis l’été 2014 l’opération Barkhane. Franck Paris était à ses côtés lors de ce premier voyage officiel. Le 2 juillet, le Président français était de nouveau au Mali, cette fois à Bamako, pour assister au sommet extraordinaire du G5 Sahel, la structure panafricaine de lutte contre le terrorisme. Définir précisément les contours de la politique africaine d’Emmanuel Macron est difficile avant de connaître la teneur du discours qu’il doit prononcer en novembre prochain à Ouagadougou, et dont l’écriture a été confiée au Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA, cf. encadré).

Hormis la permanence de la question sécuritaire, le Chef de l’État veut que l’Afrique figure au centre des grandes réflexions touchant aux questions climatiques, aux énergies renouvelables et à la croissance. Dès sa prise de fonction, il a rencontré un certain nombre de Chefs d’État du continent, d’Alassane Ouattara à Macky Sall, en passant par Alpha Condé et Mohammed VI. L’Afrique compte pour l’Élysée, ne serait-ce que pour faire valoir les intérêts économiques français.

Ainsi, la rencontre entre Emmanuel Macron et Macky Sall le 12 juin dernier a-t-elle essentiellement porté sur le partenariat économique entre les deux pays, et plus particulièrement sur le futur TER, un chantier de 200 millions d’euros confié aux entreprises françaises Engie et Thales. Et le Sénégal n’est pas un cas isolé. Le Président français a confié à Alpha Condé la volonté des entreprises françaises d’accompagner la Guinée dans son renouveau économique, et il n’a pas seulement évoqué les questions sécuritaires avec le Président malien Ibrahim Boubacar Keïta. Lors de tous ces échanges, Franck Paris accompagnait le Chef de l’État.

Ils ont l’oreille du Président

Le conseiller Afrique à la présidence de la République est-il concurrencé par un certain nombre de conseils extérieurs ? Certains ont vu dans la création en août 2017 du CPA la marque de Lionel Zinsou, ancien banquier et ex-Premier ministre béninois, proche d’Emmanuel Macron. À moins que cette idée ne lui ait été soufflée par Jean-Michel Severino, qui fut directeur général de l’AFD et gère aujourd’hui le fonds d’investissement « éthique » I&P, à destination des PME en Afrique subsaharienne. Jérémy Hajdenberg, qui en est le directeur général adjoint, figure d’ailleurs parmi les onze membres du CPA.

Hubert Védrine, qui fut Ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin de 1997 à 2002, a également l’oreille du Président. Il a été l’un des artisans du rapport « Un partenariat pour l’Afrique », qui a constitué la trame de fond de la politique africaine du candidat Macron. Ce rapport a d’ailleurs été corédigé avec Lionel Zinsou et Jean-Michel Severino, ainsi qu’avec les économistes Hakim El Karoui et Tidjane Thiam.

D’autres personnalités gravitant dans l’entourage du Président semblent être de bons connaisseurs de l’Afrique, à l’image de l’avocat Jean-Pierre Mignard, qui dispose de réseaux en Algérie et qui a défendu l’État ivoirien dans le procès Gbagbo, ou de Jean-Marc Simon, qui fut ambassadeur en Côte d’Ivoire et était en poste au Nigéria lorsque Emmanuel Macron y fit son stage durant l’ENA. Aujourd’hui reconverti dans le lobbying, il pourrait jouer un rôle auprès d’Emmanuel Macron. Et cette liste n’est pas exhaustive.

Jean-Yves Le Drian, que d’aucuns ont surnommé « Ministre de l’Afrique » depuis le lancement de l’opération Serval en 2013, est sans doute l’une des personnalités les plus influentes sur les questions africaines. Franck Paris le sait bien, puisqu’il se tenait à ses côtés lorsque Le Drian était Ministre de la Défense. Aujourd’hui, au Quai d’Orsay, son ascendant est toujours prégnant, d’autant plus qu’il dispose d’une bonne cote de popularité auprès des Chefs d’État africains. Même s’il est loin d’être le seul à conseiller le Président français, Franck Paris joue cependant bel et bien un rôle de premier ordre sur l’ensemble des dossiers africains, et c’est là toute la spécificité du conseiller Afrique.

Conseil présidentiel pour l’Afrique : une autre perspective

Emmanuel Macron, s’il décide seul, écoute beaucoup. La création du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) le 29 août 2017, lors de la conférence des ambassadeurs, en est l’exemple parfait. Le CPA, hébergé dans les locaux de l’AFD à Paris, s’est réuni pour la première fois le 8 septembre dernier. Directement rattaché au Président de la République, il a pour mission de multiplier les propositions, afin de « nourrir » la politique africaine de l’Élysée. Bien que ses membres aient un accès direct au Président, « sans interface », comme le rapportait fin août RFI, ils ne se substituent pas au conseiller Afrique à la présidence, qui a d’ailleurs contribué à la création du Conseil. Les onze personnalités (toutes bénévoles) qui le composent apportent une perspective complémentaire à celle de la cellule Afrique. Elles permettraient de « donner un nouveau visage à la relation entre l’Afrique et la France à travers sa composition paritaire rassemblant des personnalités de France et d’Afrique issues de la société civile », précise le communiqué de l’Élysée. Plusieurs d’entre elles viennent du monde des affaires, à l’image de Jules-Armand Aniambossou, actuel directeur Afrique et outre-mer du groupe Duval, issu de la promotion Senghor de l’ENA, de Karim Sy, entrepreneur franco-libano-malien fondateur de Jokkolabs et spécialisé dans le numérique, ou de Diane Binder, directrice adjointe du développement international du groupe Suez Environnement.