Paroles et Portraits

Entretien avec Jérôme Mvondo, Directeur général de la Société de développement du cacao

Grâce à une volonté sans faille, la Société de développement du cacao – SODECAO – s’est refait une santé. Ses performances ont revigoré la filière cacao, qui est devenue ces deux dernières années la première filière de production pourvoyeuse de devises dans les réserves de change du Cameroun.

Propos recueillis par Adamou Petouonchi - © Guy Tchapi

CAP ÉCO Africa : Monsieur le Directeur général, quel bilan dressez-vous des plus de 40 ans d’existence de la SODECAO ?

Jérôme Mvondo : Cette question parcourt beaucoup d’années et je n’ai pas pour mandat de porter une appréciation sur ce qu’ont fait mes prédécesseurs. Chacun selon son cahier des charges a eu à assumer ses responsabilités et son passage à la SODECAO. Pour ce qui me concerne, je dirais tout simplement qu’à mon arrivée le 24 janvier 2006, j’ai eu la nette impression qu’on avait pendant longtemps travaillé à la périphérie du cacao – qu’on ne s’en était pas beaucoup occupé –, et depuis que je suis là, nous sommes au centre du cacao. Preuve à l’appui : c’est le MINADER (Ministère de l’Agriculture et du Développement rural) qui gérait les champs semenciers. Quelle incohérence ! Pour développer un produit, en l’occurrence le cacao – ce qui est la mission de la SODECAO –, il faut absolument et avant tout disposer de la semence. Ma première action a donc été de porter immédiatement la problématique au Ministre de l’Agriculture de l’époque, qui a alors réagi favorablement en rétrocédant les champs semenciers à la SODECAO en mai 2007.
Notre deuxième action fut de conduire une vaste campagne de sensibilisation et de mobilisation de la population afin de l’intéresser réellement au cacao. Aussi, un accent particulier a été mis sur la correction de tous les itinéraires techniques. Il s’est agi pour moi de recentrer la SODECAO sur sa mission principale, à savoir promouvoir la production du cacao et des zones cacaoyères en mettant sur pied une stratégie de redressement, de développement et de modernisation de l’économie cacaoyère nationale. Aujourd’hui les populations se sont réapproprié le cacao, et l’un des résultats les plus satisfaisants est le boom de la demande en matériel végétal (semences). Avec pour conséquence immédiate le doublement de la production cacaoyère nationale, ce qui fait du cacao le premier produit pourvoyeur de devises dans les réserves de change de l’État après le pétrole. Il a rapporté, d’après les statistiques du ministère de l’Économie, 454 milliards de francs CFA en 2016, soit plus de 10 % du budget de l’État qui se chiffrait à 4 234,7 milliards.

On sait qu’en 2015-2016, la production de la filière cacao – qui, certes, a beaucoup progressé depuis votre arrivée – ne se montait qu’à 260 000 tonnes. Comment comptez-vous booster la production nationale et la porter à plus de 600 000 tonnes, comme l’ambitionne le gouvernement d’ici 2020 ?

Pour le chiffre susvisé, je commencerai par le corriger car il représente seulement le tonnage exporté officiel et ne prend pas en compte les exportations frauduleuses, qui échappent à l’appareil statistique. Pour mesurer la production nationale, il est nécessaire de mettre sur pied un outil statistique performant capable de renseigner sur les tonnages exportés, ceux transformés localement et la partie qui va chez nos voisins. En ce qui concerne l’ambition pour l’année 2020, j’ai émis un avis réservé car les documents exploités pour réaliser cette projection n’ont pas pris en compte tous les paramètres incontournables de la filière. En effet, considérant la quantité de matériel végétal performant disponible, il n’est pas possible de réaliser cette ambition en 2020. Plus dommageable encore, le plan de relance de la filière cacao validé par le gouvernement en 2015 pour un financement de 600 milliards n’a pas connu une évolution remarquable. On peut constater, pour le déplorer, que deux ans après, on n’est toujours pas passé des paroles aux actes. Bien plus, aucun franc n’a été débloqué pour soutenir cette ambition. Il est nécessaire de corriger cette projection afin qu’elle soit réaliste et réalisable. Une telle ambition doit s’accompagner de moyens conséquents pour atteindre les résultats escomptés.

Comment se structure l’encadrement, de la production à la commercialisation en passant par la transformation ?

Nous avons créé des unités d’encadrement dans tous les bassins de production. Il s’agit des sections, des secteurs et des centres SODECAO. Les responsables de ces unités encadrent les producteurs, font un suivi et procurent une assistance dans les itinéraires techniques. Certes, il faudrait faire plus mais, malheureusement, le manque de moyens financiers et logistiques disponibles fait obstacle à la réalisation des performances souhaitées, car certains responsables font des kilomètres à pied sur le terrain pour aller à la rencontre des producteurs.

Une limitation du nombre de structures dans la filière cacao s’impose-t-elle ?

C’est une vision totalement réaliste. J’ai martelé, à chaque fois, qu’il y avait trop d’intervenants. Le besoin d’opérer un recentrage institutionnel dans la filière cacao se fait sentir avec acuité. L’État a mis en place une Société de développement du cacao. Ce n’est pas pour tirer les choses de mon côté, mais que font les autres structures ?

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 13