Opinions

Pourquoi les investisseurs continuent-ils de croire à la croissance africaine ?

L’Afrique a toujours été victime des préjugés et d’une mauvaise image, ayant la réputation d’être peu incitative et attractive à l’investissement privé. Pourtant, elle peut se targuer d’être la première destination des investisseurs après l’Amérique du Nord.

Par Adamou Petouonchi et Pius Moulolo - © Shutterstock - SFIO CRACHO

L’Afrique est la nouvelle destination d’investissement

Vrai ! - Effectivement, le continent noir suscite l’engouement des investisseurs. Ses données macroéconomiques les incitent à se lancer. Preuves à l’appui, elle constitue aujourd’hui la région économique qui a la plus forte croissance du monde. Les projections de la Banque mondiale tablent sur 2,5 % de croissance pour cette année, avec des perspectives de hausse soutenue pour les années à venir, grâce à la reprise du commerce international, à la remontée des prix des matières premières et à l’afflux massif des Investissement directs étrangers (IDE). « L’Afrique est le bon endroit pour investir », avait lancé Aliko Dangote, première fortune africaine et P-DG de Dangote Group, lors du Forum économique mondial pour l’Afrique en 2014.
Trois années plus tard, la donne n’a pas changé et l’Afrique est toujours considérée comme le continent qui offre le plus d’opportunités à saisir. Une étude du Conseil français des investisseurs en Afrique révèle d’ailleurs l’optimisme et la confiance des investisseurs. La moitié des 500 dirigeants d’entreprise sondés prévoient un chiffre d’affaires en augmentation pour cette année 2017, et plus d’un tiers se disent prêts à accroître leurs investissements sur le continent. Le rapport 2017 d’Havas Horizons sur le financement de la croissance africaine parvient aux mêmes conclusions. Selon ce cabinet, les investisseurs internationaux réaffirment leur optimisme à court et moyen termes et affichent un enthousiasme certain quant aux perspectives économiques. L’étude montre un réel engouement de la part des investisseurs, qui pour 63 % d’entre eux ont la volonté d’augmenter leurs placements. Et ce n’est pas tout : d’après le rapport de la Cnuced sur l’investissement dans le monde, l’Afrique consolide sa position de terre d’attractivité malgré un contexte général marqué par un recul de l’investissement dans le monde de l’ordre de 13 % en 2016.

Les espoirs du monde entier sont tournés vers l’Afrique

Pas exactement - C’est un fait, l’Afrique est une terre promise d’investissements, quand d’autres régions du monde s’essoufflent. C’est maintenant à ce continent de porter la croissance et l’économie mondiale. Elle focalise déjà les espoirs de relance et constitue un pari pour l’avenir. De nombreux observateurs, à l’instar de Bloomberg, la Cnuced, la Banque mondiale et Forbes, y voient un éden de la croissance internationale. L’Afrique a d’énormes potentiels, encore sous-exploités ou inexploités. Les réserves de son sous-sol (or, uranium, fer, cuivre, gaz, pétrole, diamant, bauxite, terres rares, etc., estimées à 40 % des réserves mondiales) aiguisent toujours les appétits des industriels et des multinationales. Ses terres arables (60 % des terres agricoles sont encore non exploitées) et forêts sont propices au développement de l’industrialisation verte. Sa main-d’œuvre, nombreuse, jeune et dynamique, est une force de travail à capitaliser. Sa population en forte croissance (un milliard d’habitants), avec un pouvoir d’achat en hausse constante et une classe moyenne en forte progression, constitue un marché en pleine expansion.

Les investisseurs s’affolent sur le continent

Effectivement - L’Afrique est désormais sur les radars des investisseurs. Fin 2014, les investissements réalisés par les private equity (capital-investissement) sur le continent avaient atteint 2,57 milliards de dollars. La tendance haussière s’est poursuivie en 2015, avec un montant record de 3,89 milliards de dollars levés par les fonds d’investissement dédiés exclusivement au financement du continent africain. En 2016, l’Afrique a enregistré plus de 145 opérations de private equity. La revue Private Equity International explique ces chiffres emprunts d’optimisme par la multiplication des opportunités d’investissement dans les secteurs des télécommunications, des infrastructures, des services financiers et des biens de consommation.

Le décollage de l’Afrique est imminent

Les feux sont au vert - Cela dépendra de la volonté des Africains de développer leur continent. Certes, on assiste aujourd’hui à un saut technologique de grande ampleur, capable de favoriser une industrialisation rapide. L’Afrique est de plus en plus connectée et s’appuie sur les technologies numériques et sur sa forte croissance démographique pour créer des conditions de compétitivité favorables à son décollage décisif. Lionel Zinsou, ex-président de PAI Partners, pense qu’il faut s’attendre à un « tsunami industriel » en Afrique. Pour lui, le continent a déjà intégré les chaînes de valeurs mondiales. Il est désormais plus compétitif sur certains produits que la Chine, et poursuit en permanence sa transformation structurelle. Il se régionalise davantage et développe très rapidement sa technologie, dans les infrastructures, et surtout dans l’industrie du numérique.

L’Afrique a le potentiel pour devenir l’usine du monde

Pas encore - Il faudrait d’abord supplanter la Chine, les USA et le Vieux Continent, mais la hausse des coûts de production en Asie, la saturation de l’économie occidentale et l’amélioration côté africain du cadre de l’investissement sont de nature à déclencher un mouvement massif de délocalisation vers le continent noir. Le pari est donc pris sur l’industrialisation de l’Afrique afin de bâtir un tissu solide pour le made in Africa. Des pays comme l’Éthiopie, le Kenya, le Rwanda, l’Afrique du Sud, ou encore le Nigéria, le Maroc et le Ghana sont en train de mettre sur pied de solides industries manufacturières ; d’autres attirent sur leur territoire des fabricants chinois, indien, turcs, européens et brésiliens. L’usine chinoise Huajian, installée depuis 2012 dans la zone industrielle de la banlieue d’Addis Abeba, semble en être la preuve. Mais si l’Afrique souhaite se positionner comme la nouvelle usine du monde, elle devra s’en donner les moyens. Pour cela, il faudra éliminer les goulots d’étranglement qui détériorent le climat des affaires et le système productif africains. Ceci en réformant l’éducation et la formation pour les adapter aux besoins pratiques, techniques et industriels.
La Banque mondiale a estimé à 90 milliards de dollars par an les besoins de financement pour le développement des infrastructures dans les 15 années à venir. L’Afrique souffre en effet d’une insuffisance d’infrastructures de qualité. Le continent a donc besoin d’investissements importants. La bonne nouvelle pour les investisseurs est que l’Afrique, contrairement à une idée largement répandue, n’est pas un terrain économique particulièrement risqué. Mieux, elle offre le taux de rendement le plus élevé, soit une moyenne de retour sur investissement de l’ordre de 13 %. Et la forte abondance de main-d’œuvre est une donnée encourageante. D’autant que dans les vingt prochaines années, l’Afrique subsaharienne comptera plus de main-d’œuvre que l’ensemble du reste du monde.

Une étude positive

Selon la 3e édition de l’étude menée par Havas Horizons sur le financement de la croissance africaine, le classement est le suivant :
- Top 5 des pays jugés plus attractifs à l’horizon 2022 : Kenya, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Nigéria et Sénégal.
- Top 3 des secteurs les plus prometteurs : énergie, agriculture et services financiers.
- Top 5 des champions de l’agriculture : Éthiopie, Côte d’Ivoire, Kenya, Maroc, Nigéria et Cameroun (ex-aequo).