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Parlement panafricain : à la recherche d’un nouveau souffle

Le Parlement panafricain œuvre si discrètement que les Africains se demandent parfois quelle est son utilité. S’il vise à renforcer l’intégration africaine, il semble qu’il ne dispose pas de tous les outils lui permettant de mener à bien sa mission.

Par Clément Airault - © DR

L’intégration régionale en Afrique tarde à se traduire dans les faits, puisqu’il reste difficile de circuler d’un pays à un autre sans visa. La conférence organisée du 22 au 26 août dernier à Yaoundé, au Cameroun, par le Parlement panafricain (PAP) a sur ce sujet permis de grandes avancées. De très nombreuses personnalités politiques et de la société civile, venus d’Afrique et du reste du monde, ont débattu sur le thème de l’intégration politique et socioéconomique du continent africain. Des problématiques qui figurent parmi les grands axes de l’Agenda 2063 adopté par l’UA en janvier 2015, et sur lesquelles le PAP a sans aucun doute un rôle à jouer.
Le PAP a été créé le 18 mars 2004. Jouant le rôle d’une assemblée continentale, à la manière d’un parlement européen, il devait devenir à court terme l’une des institutions phares de l’UA. Treize ans plus tard, l’idéal européen semble pour l’Afrique toujours inatteignable. Les problèmes inhérents au PAP résident dans l’inachèvement des idéaux d’intégration prônés depuis sa création. Et ce n’est que l’une des nombreuses critiques qui lui sont adressées. « Ce Parlement panafricain se distingue par son inutilité et son caractère particulièrement budgétivore. On ne sait pas à quoi il sert. Il n’a jamais aidé l’Afrique », pouvait-on lire dans le magazine Afrique Éducation au mois de mai. À l’incompréhension des populations africaines s’ajoutent les frustrations des parlementaires.

Quelle légitimité ?

Le PAP est loin d’être aujourd’hui la voix des peuples africains, comme cela devait être le cas. Pour preuve, les cinq parlementaires dont dispose tout État membre de l’UA ayant ratifié l’acte constitutif du PAP ne sont pas élus au suffrage universel mais désignés par les législatures nationales. D’autre part, comment l’institution peut-elle avoir un impact sachant que seulement deux sessions plénières sont organisées chaque année durant une dizaine de jours, et que les avis et recommandations des parlementaires ne sont que consultatifs (transmis aux autres organes de l’UA) ?
« Le PAP pourrait aider les États à accélérer la ratification des instruments juridiques dans leur parlement national, mais il doit pour cela être un législateur », plaidait en mai dernier le camerounais Roger Nkodo Dang, qui préside l’assemblée depuis mai 2015. Ce serait sans doute la clé du problème. « Aucun véhicule ne peut avancer lorsque la moitié de ses roues sont bloquées », jugeait le Président du Malawi, invité pour la session d’ouverture du PAP en mai 2017. Et pour reprendre la route, tous les membres de l’UA doivent ratifier le protocole de Malabo, adopté le 27 juin 2014, et qui doit convertir le PAP d’organe consultatif à un organe législatif. Il doit être ratifié par au moins 28 États membres de l’UA ; or à ce jour, seuls 14 pays l’ont fait…
Certains chefs d’État, à l’image de Roch Marc Christian Kaboré, font preuve de volontarisme. Le Président du Burkina Faso souhaite en effet que le PAP devienne une véritable institution législative, élue au suffrage universel direct. D’autres leaders, en revanche, mettent moins d’entrain à ratifier le protocole de Malabo, et acceptent difficilement les critiques et la liberté de ton de certains parlementaires indépendants. Par exemple le Maroc, qui vient de réintégrer l’UA, n’est sans doute pas pressé de voir un parlement doté de pouvoirs législatifs recommander le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui au travers d’un référendum. Comment faire avancer les idéaux de l’intégration panafricaine lorsque l’organe censé en être la principale force motrice est volontairement ralenti ?

Des raisons d’espérer

De belles choses émanent parfois du désordre. Face aux immenses défis que représentent les changements climatiques et le terrorisme, l’Afrique doit être unie, réfléchir en commun et mutualiser ses forces. « Au PAP, nous pensons qu’il est temps que les États africains s’unissent pour faire face aux défis de l’heure », précisait Roger Nkodo Dang dans une interview au journal Intégration parue en août. À titre d’exemple, une table ronde sur la politique climatique et la législation a été organisée à Midrand (Afrique du Sud) début mars.
Quel pourrait être l’avenir du PAP s’il n’obtenait pas à court terme le droit de légiférer ? Il continuerait sans doute à se réunir, deux fois par an, dans la banlieue de Johannesburg, comme gage de l’hypothétique bonne volonté des États africains à tendre vers plus d’intégration…
Mais le PAP n’est pas une idée avortée. Aussi imparfait soit-il, il préfigure l’avenir du continent, ce vers quoi doivent tendre les nations africaines. Relever ce défi dépend de l’implication et du volontarisme des chefs d’État africains.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 13