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Récession économique ? Plus de peur que de mal

Les perspectives de croissance du Cameroun sont durablement bonnes. C’est du moins la conclusion de la mission du FMI qui a séjourné du 22 au 29 août 2017 à Yaoundé. Frappée d’une double crise – pétrolière et sécuritaire –, l’économie camerounaise se révèle plus résiliente que jamais.

Par Pius Moulolo - © Shutterstock - Phongphan

En 2018, « la croissance devrait rebondir à 4,2 % environ, en raison de la mise en production de la nouvelle plateforme offshore de gaz naturel. À moyen terme, la croissance devrait continuer de s’accélérer progressivement, entre 5 et 5,5 %, à mesure que de grands projets d’infrastructures sont achevés, notamment des usines hydroélectriques, le port en eaux profondes [de Kribi] et des routes », déclarait Corinne Delechat, chef de mission d’évaluation du FMI.

Ainsi qu’il ressort de la circulaire présidentielle du 20 juin 2017 relative à la préparation du budget 2018, « la chute des cours du pétrole et la situation sécuritaire difficile ont entraîné un retournement prononcé de l’activité économique dans la plupart des pays de la sous-région. Les déficits budgétaires se sont creusés dans les pays dépendants du pétrole, l’endettement des États s’est accru, entraînant ainsi une couverture insuffisante des réserves. Il en résulte une croissance consolidée dans la zone ne dépassant pas les 2 % en 2017. » La situation contraste fortement avec l’embellie de la période 2009-2014, au lendemain de la crise financière internationale.
Lors du sommet extraordinaire de la Cemac du 23 décembre 2016 à Yaoundé, les Chefs d’État se sont engagés à « ouvrir et conclure à brève échéance des négociations bilatérales avec le FMI, pour mieux structurer les efforts d’ajustement de leurs États, les accompagner vers une sortie de crise et les aider à mettre en place les conditions d’une relance vertueuse et durable ». En sus des 21 résolutions prises, ils ont fait de la diversification de leurs économies le cheval de bataille du redécollage.

L’exception camerounaise

De l’expression même du Président Biya, « l’économie fait montre de résilience malgré les chocs exogènes et la situation économique précaire dans la sous-région. L’atout de la diversification a permis à l’économie de maintenir la croissance autour de 5,6 % en moyenne annuelle depuis 2012. Toutefois, la croissance a ralenti en 2016, avec un taux estimé à 4,7 % contre 5,8 % en 2015. En 2017, la croissance est envisagée à 4,9 %. Pour les années à venir, elle devrait retrouver sa vigueur, soutenue notamment par le secteur non pétrolier. » Et d’ajouter que malgré le poids des dépenses de sécurité, « le peuple camerounais, qui commence à percevoir le bénéfice des sacrifices qu’il a consentis pendant des années, ne veut pas revenir à l’austérité ». D’où cet accord triennal de 666,2 millions de dollars signé le 26 juin dernier avec le FMI, en soutien à l’économie camerounaise.
L’ensemble des projets structurants amorcés depuis 2010 dans le cadre du Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE) sont en phase de maturation et bientôt opérationnels. Le projet de loi de finances 2018 mettra davantage l’accent sur la modernisation de l’appareil de production, la promotion des activités agropastorales et agro-industrielles, l’amélioration de l’offre en énergie, le climat des affaires et la mise en œuvre des projets dits de deuxième génération. Il est évident que « c’est la diversification de l’économie camerounaise qui crée sa résilience », selon l’expression du Ministre de l’Économie, Louis Paul Motaze. Cette dernière repose également sur un secteur privé fort, capable de restaurer les grands équilibres macroéconomiques.

Un secteur privé dynamique

Fabriquer des champions nationaux (à l’exemple de Dangote au Nigéria), tel est le nouveau challenge des autorités de Yaoundé. Afriland First Bank, Biopharma, Bocom, Express Union, Tradex et plusieurs autres entreprises de gros calibre bénéficieront ainsi de l’accompagnement du ministère de l’Économie. Objectif : devenir plus compétitives à l’export et mieux résister à la concurrence farouche des entreprises étrangères. Comme gage de bonne volonté, l’État s’est engagé à débloquer à partir du 21 août 2017 une enveloppe de 180 milliards de francs CFA pour régler sa dette intérieure vis-à-vis des entrepreneurs locaux.
L’entrée en vigueur depuis le 4 août 2016 de l’Accord de partenariat économique (APE) d’étape avec l’Union européenne est surtout perçue comme « une approche stratégique qui traduit l’ambition du Cameroun de conquérir des parts de marchés sur la scène internationale, et surtout préserver l’accès préférentiel de ses produits sur le marché européen », explique l’ancien Ministre de l’Économie Emmanuel Nganou Djoumessi. Plus de 200 opérateurs économiques camerounais ont ainsi bénéficié de préférences commerciales de la part de l’UE, pour une valeur marchande de plus de 25 milliards de francs CFA. Reste attendue la signature d’un APE formel avec le Nigéria, lequel ouvrira un marché de plus de 150 millions des consommateurs.
Sur ce dernier point, citant le Président Biya, le gouvernement s’est engagé avec ses partenaires à mener « tous les efforts nécessaires pour [donner à l’économie camerounaise] les meilleures chances de renouer avec la croissance ».