A la une

Investissements, destination Cameroun

La ville de Yaoundé a accueilli du 17 au 18 mai 2016 la Conférence économique internationale sur le thème « Investir au Cameroun, terre d’attractivités ». Ce rendez-vous a permis de vendre la destination Cameroun comme véritable marché de l’investissement en Afrique centrale.

Par Pius Moulolo - © DR

Placé sous le haut patronage de Son Excellence Paul Biya, l’évènement a rassemblé plus de 800 participants du monde des affaires, des industriels, chefs d’entreprises, ministres et représentants de grandes institutions internationales. Y ont également pris part des personnalités telles que Chung Un-chan, José Manuel Barroso, Pascal Lamy, Donald Kaberuka, Aliko Dangote, Ade Ayeyemi et Tony Elumelu. La rencontre a permis de nourrir la réflexion autour du label « Cameroun » et des conditions propices à l’essor du business. « Le Cameroun se trouve à la jonction de deux grands ensembles économiques d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. Pourquoi n’ambitionnerait-il pas de devenir cette plaque tournante à laquelle la géographie le prédispose ? », s’est demandé le Président Biya. Nul doute que le principal enjeu pour l’atteinte de l’émergence réside aujourd’hui dans la transformation de ce potentiel en réalité gagnante.

Une Afrique en miniature

Pays de 475 442 km2 et de près de 25 millions d’habitants, le Cameroun est en effet situé dans le golfe de Guinée, au carrefour des routes commerciales qui traversent le continent. Limitrophe des cinq autres pays de l’espace Cemac, il est ouvert sur l’océan Atlantique et partage près de 1 800 km de frontières maritime et terrestre avec le Nigéria. Cette position géostratégique lui donne accès à un marché de plus de 350 millions de consommateurs. Le Cameroun dispose de plus d’énormes ressources naturelles allant du pétrole au bois, en passant par le gaz, l’uranium, la bauxite, l’or, le diamant, les terres rares, et un vaste potentiel non exploité d’énergies renouvelables.
Louis Paul Motaze, Ministre de l’Économie, analyse : « Le Cameroun dispose du 2e massif forestier d’Afrique, avec plus de 40 % du territoire national couvert, soit 22,5 millions d’hectares, ainsi que du 2e potentiel hydroélectrique d’Afrique. Aussi, la variété des zones écologiques favorise la pratique de plusieurs types de cultures et d’élevage, avec environ 40 millions d’hectares de terres arables dont seulement 20 % sont actuellement exploités. Nous avons 360 km de côtes maritimes et plusieurs barrages hydroélectriques favorables à la pêche. Nous avons par ailleurs le privilège de disposer de l’économie la plus diversifiée de la sous-région, ce qui offre des opportunités d’affaires en termes d’exportations et d’importations. »
Il s’agit donc pour l’État de vanter les avantages comparatifs que le Cameroun a sur les autres pays de la zone. Plusieurs plateformes d’échanges ont de ce fait été mises sur pied, appuyées d’un important dispositif législatif et règlementaire.

Des incitations à l’investissement privé

Du 9 au 10 novembre 2017 se tiendra la 2e édition du Cameroon Investment Forum (CIF). Cette rencontre qui réunit près de 300 entreprises locales et internationales permettra de « faire le point sur les relations d’affaires nouées lors du premier forum [de 2015] et renforcer les partenariats économiques et commerciaux à travers les joint-ventures », déclare Marthe Angeline Minja, directrice générale de l’Agence de promotion des industries (API). Des initiatives, telles que le Cameroon Business Forum (CBF) qui bénéficie de l’appui de l’Onudi, permettent de renforcer le dialogue public-privé et faire connaître l’arsenal des mesures incitatives mises à disposition des porteurs de projets.
C’est notamment le cas de la loi no 2013/004 du 18 avril 2013 fixant les incitations à l’investissement privé au Cameroun. Elle prévoit des exonérations fiscales et douanières de quinze ans, soit cinq ans pour la phase d’installation et dix ans pour la phase d’exploitation. Les investisseurs bénéficient également de facilités concernant les transactions financières en devises locales, l’obtention de visas et plusieurs formalités administratives. Marthe Angéline Minja explique que cette loi, mise en application depuis septembre 2014, a accru les opportunités : « Nous avons enregistré 66 entreprises qui ont déjà signé des conventions avec le gouvernement pour un niveau d’investissements projeté d’environ 893 milliards de francs CFA et 30 200 postes d’emplois permanents à créer. Ces résultats nous semblent a priori fort encourageants. »
Ces mesures sont accompagnées par l’API et le Centre de formalités de création d’entreprises (CFCE), qui permet de réduire les délais d’enregistrement des PME. Le Guichet unique des opérations du commerce extérieur (GUCE) permet pour sa part de réduire les délais et coûts de passage de marchandises au Port autonome de Douala. Le Cameroun a également ratifié l’Acte uniforme de l’Ohada régissant le droit des affaires en Afrique. Il est partie prenante à la convention de Washington de 1965 créant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi). Un cadre règlementaire de création des Zones économiques spéciales (ZES) est progressivement mis en place, ainsi qu’un autre concernant les partenariats public-privé.
Des codes spécifiques existent dans les secteurs pétrolier, gazier et minier. Les grands projets d’infrastructures actuellement en cours de réalisation aideront à lever les obstacles conjoncturels et structurels relatifs à l’amélioration du climat des affaires au Cameroun.

Des partenaires qui se bousculent

L’une des principales réussites de cette conférence de Yaoundé réside dans l’engagement de plusieurs grands groupes à accompagner le développement économique du Cameroun. La firme américaine William F. Clark & Co LLP a ainsi signé une convention de financement de 135 milliards de francs CFA avec la Cameroon Telecommunications (Camtel). Ce contrat porte sur la création de deux data centers et le développement du réseau de fibre optique, qui pourrait passer de 6 000 à 21 000 km.
Le groupe Castel, propriétaire de la Société anonyme des brasseries du Cameroun (SABC), s’est engagé à investir dans la production des céréales afin de réduire les coûts de production de la bière au Cameroun. Saidal, géant algérien de l’industrie pharmaceutique, a pour sa part exprimé son intérêt pour le marché camerounais du médicament. D’autres grands acteurs déjà présents dans le pays ont tenu à consolider leurs positions – notamment Cimencam, filiale de Lafarge Holcim, qui ouvrira une nouvelle cimenterie à Yaoundé, et Bolloré, qui a obtenu une concession de 25 ans pour la gestion du terminal à conteneurs au Port autonome de Kribi. La moisson est assez abondante, au vu du grand nombre de conventions à venir.

L’espoir dans le numérique

L’autre grande réussite de cette Conférence est sans doute l’organisation du « village numérique », qui a accueilli plus d’une cinquantaine de jeunes porteurs de projets. Le Président Biya l’appelait de tous ses vœux : « Les jeunes Africains, notamment, constituent un atout majeur pour le continent. Ils doivent demeurer à l’avant-garde de la technologie, pour assurer à l’Afrique un bon arrimage à une économie dans laquelle l’innovation s’avère, aujourd’hui plus qu’hier, un facteur déterminant de compétitivité. »
C’est le lieu de saluer l’activisme de plusieurs dignes représentants de l’univers des startups au Cameroun, notamment William Elong, avec l’application Drone Africa, Alain Nteff, avec Gifted Mom, et Arthur Zang, lauréat du prix Rolex 2014. Dans un écosystème constitué de plus de 700 startups du numérique, seule la transformation digitale de l’économie permettra de capitaliser les énormes ressources du Cameroun et de le hisser à hauteur de la place que lui permettent d’obtenir ses potentialités.

L’Agence de promotion des investissements (API)

Créée en septembre 2005, l’API a reçu pour mission de promouvoir l’image de marque de la destination Cameroun à l’étranger. Elle est placée depuis le 18 avril 2017 sous tutelle de la Présidence de la République. Elle a depuis lors procédé à la signature de conventions de financements avec quatre entreprises majeures : Siantou Africa Building, Nachtigal Hydro Power, SNC Hôtel Pullman et Equatorial Equipments & Industries SARL. À la clé, 705,64 milliards de francs CFA d’investissements pour 668 emplois attendus. Dirigée depuis 2010 par Marthe Angéline Minja, l’API contribue à l’amélioration du climat des affaires au travers de l’organisation d’un évènement économique d’envergure : le Cameroon Investment Forum (CIF).