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Un poumon économique pour l’Afrique centrale

Situé à la lisière de deux grands ensembles, l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest, le Cameroun affirme son statut de primat économique. Les réformes structurelles amorcées depuis 2009 balisent davantage sa marche vers l’émergence à l’horizon 2035.

Par Pius Moulolo - © PAK

Le nouveau Plan directeur d’industrialisation (PDI) adopté en décembre 2016 vise notamment à faire du Cameroun un futur « dragon d’Afrique », à l’instar des grandes puissances économiques d’Asie et d’Amérique latine. Il en ressort que « le Cameroun est doté d’importantes ressources agricoles, forestières, minières et touristiques, qui font de lui la première puissance économique de la sous-région d’Afrique centrale. Il convient cependant de relever que le taux de transformation de ses matières premières reste malheureusement très faible. » Le gouvernement a voulu sortir du décrochage industriel hérité des années de crise et rompre avec le spectre de l’économie de rente. La stratégie de l’État consiste donc à mettre en valeur l’énorme potentiel du pays pour en faire « l’usine de la nouvelle Afrique industrielle ». Des mesures de diversification des sources de production ont jusqu’ici permis à Yaoundé de garder la tête hors de l’eau.

Un leader naturel

Qualifié de « scandale géologique », le Cameroun dispose en effet d’un potentiel minier hors du commun, avec des gisements de classe mondiale. Ses réserves de bauxite comptent parmi les plus importantes d’Afrique après la Guinée-Conakry. Ses ressources en fer sont classées au 4e rang mondial. Le pays dispose également d’importantes réserves de cobalt-nickel-manganèse, d’uranium, de rutile, de pierres précieuses et de terres rares. Le potentiel gazier est estimé à plus de 500 milliards de mètres cubes. Les ressources forestières et en terres arables sont également très variées et significatives.
Le gouvernement compte de ce fait bâtir un véritable tissu industriel reposant sur trois principaux secteurs : l’énergie, l’agro-industrie et le numérique. En attendant la mise en service des barrages hydroélectriques de Lom Pangar, Memve’ele et Mékin, le Cameroun et le Congo poursuivent le projet intégrateur de la centrale hydroélectrique de Chollet. Située entre les deux pays, elle permettra d’électrifier des localités voisines au Gabon, en RCA et en RDC. Plusieurs autres projets d’électrification du Tchad et de la RCA existent dans le cadre du Pool énergétique de l’Afrique centrale (PEAC). Le Cameroun prévoit également la création de technopôles agro-industriels afin de garantir son autosuffisance alimentaire et servir de mamelle nourricière de la CEEAC.

Plaque tournante des échanges

« L’ouverture sur la mer facilite les opérations d’importations et d’exportations avec les pays transfrontaliers n’ayant pas d’ouverture sur la mer, à partir du Cameroun, en plus du transit. Des produits importés au Cameroun pour la consommation sont parfois réexportés vers le Tchad, la RCA, et même le Nigéria sur la pression de la forte demande. Les échanges commerciaux de la RCA et du Tchad dépendent à 80 % du Cameroun. Aussi, une bonne partie des produits en direction du nord du Congo transite par le Cameroun, tandis que le Gabon et la Guinée équatoriale se ravitaillent essentiellement en vivres au Cameroun », relève l’Institut national de la statistique dans une enquête de septembre 2014. Les marchés transfrontaliers de Kyé-Ossi (Cameroun - Gabon - Guinée équatoriale) et Mbaiboum (Cameroun-Tchad-RCA) constituent de ce fait de véritables laboratoires de l’intégration sous-régionale.

Les accords commerciaux signés en avril 2014 et mai 2016 avec le Nigéria contribuent à intensifier ces échanges. Cette volonté de faire du Cameroun un hub est portée par les ports autonomes de Douala et Kribi, qui « doivent ensemble constituer une plateforme logistique sûre et sécurisée au service de l’économie nationale, mais également des économies de la sous-région, voir au-delà », explique Edgar Alain Mebe Ngo’o, Ministre des Transports.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 13