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Pourquoi Macky Sall a remporté les législatives ?

Macky Sall, doté d’une vision politique claire et d’une dimension internationale incontestée, est en train de mener le Sénégal vers l’émergence. La victoire de sa coalition aux élections législatives de juillet dernier est la preuve que c’est possible.

Par Dimitri Friedman - © AFP - PATRIK STOLLARZ

L’image est forte : la chancelière allemande Angela Merkel, au top de sa maîtrise politique, recevant le Président sénégalais Macky Sall lors du sommet du G20 les 7 et 8 juillet 2017 à Hambourg. Invité en tant que président du Comité d’orientation du Nepad, élu en 2013, puis réélu en 2015. En tant que leader d’un pays stable et démocratique d’à peine plus de 15 millions d’âmes et qui affiche une croissance annuelle de 6,5 %. Pourquoi celui qui déclarera à l’Assemblée générale de l’ONU (septembre 2017) que « le monde doit écouter l’Afrique », est-il promu interlocuteur privilégié de la puissante Allemagne, lui dont le pays fait encore partie des plus pauvres de l’Afrique de l’Ouest ?
La réponse est peut-être à chercher dans les évènements qui se déroulèrent quelques jours plus tard, quand la majorité de ce Chef d’État emblématique du continent africain va remporter une victoire confortable aux élections législatives de juillet 2017. Car c’est de là que le Président sénégalais tire sa légitimité sur bien des plans. Et quand on parle de légitimité, on ne pense pas uniquement à la sortie des urnes, mais aussi à la stature. C’est une des prérogatives de ce pays d’avoir nourri en son sein des hommes politiques de dimension internationale (Senghor, Diouf, Wade…). Des sages, dit-on parfois.

Le volet politique de la victoire

Jamais dans l’histoire du Sénégal une coalition n’a pu tenir pendant cinq ans. Les analystes politiques ne s’y trompent pas, qui voient la longévité de la majorité présidentielle Benno Bokk Yakaar (BBY, « Unis par l’espoir ») comme la démonstration du génie politique de Macky Sall, en passe de réussir à mener le pays vers l’émergence, là où Abdoulaye Wade avait échoué.
Comment ? En fédérant une majorité alternative qui pourrait lui permettre de gagner l’élection présidentielle en 2019 pour un nouveau mandat de cinq ans. En dépit d’incertitudes politiques récurrentes, l’Alliance pour la République (APR), parti du Président, est allée aux élections législatives au sein de BBY, coalition composée d’une centaine d’organisations.
Toute coalition politique en démocratie se fixe comme objectif la prise et la conservation du pouvoir par la fédération du plus grand nombre de personnes venues des partis traditionnels et de la société civile. Le Sénégal ne fait pas exception. Cette coalition a été bâtie autour des grands partis : PS (socialistes), APR (républicains), AFP (progressistes), LD/MPT (démocrates et travaillistes), PIT (cryptocommunistes). On ne pouvait rêver mieux comme dominance électorale et exemple de stabilité. Et le résultat (125 sièges sur 165) est éloquent.

Le volet économique

Il n’y a pas de pourquoi sans comment. Le Sénégal revient de loin. Quand Macky Sall a été élu en 2012, avec plus de 65 % des suffrages, le pays était plus au bord de la faillite que du développement. Seydou Guèye, Ministre et porte-parole du gouvernement et de l’APR, déclarait devant la Convergence des jeunes républicains (Cojer), à l’occasion des cinq ans de présidence de Macky Sall (mars 2017) : « Des avancées notoires ont été faites dans tous les domaines. […] En 2012, la croissance était de 2 %. Aujourd’hui, elle est à 6,7 %. Le taux de Couverture maladie universelle est passé de 20 % à à peu près 60 %. Le système de solidarité, qui était à 0 % de ressource des droits à la solidarité en 2012, est aujourd’hui à peu près de 300 000 femmes qui bénéficient de la Couverture maladie universelle. Avec le Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC), le Sénégal, pour la première fois de son histoire, a mis le monde rural au cœur de ses priorités. »
D’ailleurs, la récente tournée effectuée par le Président dans les régions de Kaolack, Kaffrine et Tambacounda est un baromètre de sa vision économique. Les bonnes performances de l’agriculture, secteur moteur du Plan Sénégal émergent (PSE), sont le fruit d’une politique mûrement réfléchie. À cette occasion, le Président a demandé au gouvernement de travailler autour de l’amélioration de la productivité agricole, du stockage et de la conservation des productions, ainsi que de leur commercialisation dans les meilleures conditions. Objectif : gagner rapidement le pari de l’autosuffisance alimentaire.
Autre domaine, l’énergie. Avec l’éclairage public du village de Dialacoro, réalisé dans le cadre du PUDC, et l’inauguration de la centrale solaire de Bokhol, une première en Afrique subsaharienne, le Président a comme objectif d’atteindre un taux d’électrification rurale de 60 % dans les trois années à venir, et en même temps de réussir sa révolution verte grâce au développement des énergies renouvelables dans le mix énergétique.
La construction des routes qui mènent à cette émergence n’est pas en reste : 221 km d’autoroutes sont programmés pour 2019. Sans parler du pétrole et du gaz (5e réserves mondiales). L’économie prend un visage différent chaque jour, la croissance devient inclusive, renforcée par un fort contenu social et une gouvernance aux normes internationales.
Ajoutez à cela une diplomatie économique dynamique, au service des entreprises et de l’investissement au Sénégal, et vous aurez une des raisons de la victoire de BBY, qui a séduit les Sénégalais de la rue.

L’émergence avant 2035 ?

Le Sénégal est sur tous les fronts de la scène internationale où les enjeux de développement et d’investissement sont prégnants, et Macky Sall en est le messager. Exemples : de la rencontre récente avec Angela Merkel dans le cadre du « Compact with Africa » lors du G20, au Sommet pour le développement durable (septembre 2015), en passant par la Conférence de Paris sur le climat (COP21), le discours est caractéristique de la méthode que Macky Sall entend conférer à la diplomatie sénégalaise. Promouvoir la destination Sénégal aboutit notamment à une constante progression des Investissements directs étrangers (IDE) depuis deux ans. Ces bons chiffres sont corroborés par l’évolution à la hausse du classement du Sénégal par les différentes entités et agences internationales – Banque mondiale, FMI –, ainsi que par les agences de notation Standard & Poor’s ou Moody’s (qui a procédé au rehaussement de la note du crédit souverain du Sénégal de B1 positif à BA3 en avril dernier). Il en est de même pour les indices Doing Business, Mo-Ibrahim et Forum mondial. Donc, si la cadence actuelle est maintenue et si elle est articulée avec les recettes attendues de l’exploitation du pétrole et du gaz en 2020, l’émergence du Sénégal se fera bien avant 2035, et de manière inclusive.
Le Président déclarait récemment à l’un de nos confrères sénégalais, dans le cadre de sa rencontre avec la chancelière allemande : « On sait très bien que l´investissement public ne suffit pas à assurer les bases du développement et du décollage économique de l´Afrique. […] Pour attirer l´investissement privé, il faut améliorer le cadre de l´investissement, l´État de droit, la justice... bref, sécuriser les investissements privés pour que les gens puissent venir dans le pays. »
Selon Seydou Guèye, cette perspective est encourageante pour les jeunes Sénégalais, qui « ont droit à rêver que l’émergence sera au rendez-vous, peut-être même avant la date qui a été indiquée ». Et de préciser : « Il y a des choses à parfaire, nous devons encore être plus présents sur le terrain de l’emploi des jeunes. Même si en cinq ans plus de 236 000 emplois ont été créés. Je parle d’emplois durables. Notre objectif reste d’arriver à 500 000, et avec le phénomène d’accélération on n’en sera pas loin. »

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 12