Eclairage éco

Le Président Sassou N’Guesso attendu de pied ferme par le FMI

Le Congo est en phase de discussions avec le Fonds monétaire international (FMI), en vue d’obtenir un appui budgétaire et relancer son économie. Les négociations se focalisent également sur la dette, qui aurait explosé à 120 % du PIB.

Par Arsène Séverin. Avec Dimitri Friedman

Trois faits signent la volonté politique du Président Sassou de sortir de la crise grâce à l’aide internationale : 1) l’annonce le 14 août dernier que le pays est en crise et devrait soumettre un programme de sortie au FMI ; 2) la rencontre entre le Président et la directrice de l’organisation internationale, Christine Lagarde, en marge de la dernière assemblée générale de l’ONU à New York le 20 septembre (cette rencontre coupe court aux rumeurs de désaccord entre les deux parties) ; 3) la mise en place d’une task force, commission chargée des négociations avec l’organisation internationale dont le comité politique est dirigé par le Premier ministre et le comité technique par le conseiller spécial du Président aux financements extérieurs. Ajoutez à cela que les lieutenants de DSK – ex-directeur du FMI et consultant de certains États africains pour le redressement de leur dette extérieure, via sa société marocaine Parnasse International – ont été aperçus à Brazzaville, et vous aurez une idée claire des manœuvres en cours. Autant dire que le Congo n’a pas pris les choses à la légère et devance l’évènement.
Signer un accord avec le FMI est une voie de sortie de crise pour le pays, dont les indicateurs macroéconomiques sont au rouge. La crise est arrivée très vite et va crescendo pour ce petit État d’Afrique centrale d’environ 4 millions d’habitants, qui a engrangé pendant des années des milliers de milliards de francs CFA de recettes budgétaires. Le surendettement est en passe de succéder à la surliquidité tant vantée par les autorités bancaires. Malgré les conditions souvent difficiles et drastiques d’application des programmes du FMI, le Congo n’a plus le choix. Il est dans une situation de quasi-cessation de paiement. Il lui faut donc de l’argent frais pour financer son économie.

Lever des fonds sur le marché financier

Les premières tentatives consistant à lever des fonds sur le marché financier sous-régional ont certes été concluantes. Alors que le Congo recherchait, grâce un emprunt obligataire par appel public à l’épargne, 150 milliards de francs CFA pour financer plusieurs projets à l’arrêt, il en a collecté environ 194 milliards. Bien que la tentation soit grande de poursuivre dans cette voie, les risques d’un important endettement hantent toujours le pays. Le taux d’intérêt pour cet emprunt, par exemple, est de 6,5 % net par an !
Le FMI s’est engagé à accompagner le Congo dans son redressement. Abdul Wane Aziz, le négociateur en chef arrivé le 26 septembre à Brazzaville, a pour mission de faire le point sur la situation économique et financière du pays, et de « résoudre les incertitudes qui demeuraient encore sur le cadrage macroéconomique et financier ». Traduisez : le montant de la dette effective. Ces discussions ne sont encore que des préliminaires qui permettront de poser un vrai cadre de négociation. Et si le Congo coopère normalement, un accord pourrait intervenir à la fin de l’année.
De fait, les deux parties avaient entamé leurs discussions bien avant la rencontre entre le Président Sassou et Christine Lagarde. C’est certainement à l’une de ces occasions qu’il y a eu une fuite concernant les informations sur la dette extérieure du Congo, estimée à plus de 120 % de son PIB alors que le pays ne l’aurait déclaré que de 77 %. Au sein de la Cemac, à laquelle appartient Brazzaville, la norme d’endettement est fixée à 70 %.
À la demande de la partie congolaise, ces discussions préliminaires, encouragées par la Cemac pour l’ensemble des six États (Gabon, Guinée équatoriale, Cameroun, Congo, Centrafrique et Tchad), avaient été suspendues. Le pays entamait alors une phase délicate d’élections politiques. Il fallait passer cette période sensible avant de relancer les discussions pour épurer certaines zones d’ombre de cette lourde dette.
Les attentes des Congolais vis-à-vis du FMI sont importantes. Le pays a besoin d’argent frais pour relancer son économie. Dans les quartiers populaires, on estime que grâce à l’appui financier des institutions de Bretton Woods, le Congo pourra payer les arriérés de salaires, de pensions de retraites et de bourses d’études. Les factures des opérateurs économiques pourront également être soldées.
Le Congolais moyen comprend aujourd’hui que l’État ne peut plus faire face à certains engagements. Plusieurs chantiers sont à l’arrêt, tandis que d’importants projets annoncés depuis des mois n’ont toujours pas démarré.

Une mauvaise passe

Toutes les agences de notation ont abaissé la note du Congo, qui n’honore plus ses engagements sur le plan international. Cette dette semble être une nébuleuse. On sait cependant que la plus grosse part est constituée de créances chinoises. Les fins limiers de la finance nationale estiment à 85 % cette part. Pékin est actuellement le principal partenaire financier du pays. Les entreprises chinoises ont réalisé beaucoup de travaux de construction d’infrastructures au Congo.
Face au faible pouvoir de paiement du pays affiché à partir de 2015, le Président Denis Sassou N’Guesso avait personnellement obtenu, lors d’une visite officielle en Chine, auprès de son homologue Xi Jinping, le rachat de la dette congolaise contractée auprès des entreprises chinoises. C’est donc l’État chinois qui a effectué le paiement en lieu et place du Congo.
Le pays est également traqué par un homme d’affaires anglo-libanais, Mohsen Hojeij, qui réclame le paiement d’une créance de plus d’un milliard d’euros, soit environ 656 milliards de francs CFA. Cette dette remonte à une trentaine d’années, et est devenue un vrai boulet en termes d’image pour Brazzaville. Il s’agit d’une série de factures émises par Commisimpex dans le cadre de travaux d’infrastructures réalisées dans les années 1980, et que le Congo n’a jamais payées. Au départ, les autorités avaient engagé un bras de fer avec la société de BTP, ne reconnaissant pas la créance. Malheureusement, le temps perdu n’a pas permis d’oublier la dette. Au contraire, les intérêts n’ont cessé d’augmenter. Cela a finalement eu un effet domino sur la situation économique et financière du pays. Mohsen Hojeij a gagné tous ses procès contre le Congo dans les capitales occidentales, notamment à New York, Londres et Paris, où la justice l’a autorisé à mettre la main sur les avoirs du Congo.
C’est un fait, le pays traverse une très mauvaise passe économique. Avec un budget de 2 744 milliards de francs CFA pour 2017, il doit faire face à un service de la dette de plusieurs milliards. Une somme difficile à mobiliser en ces temps de crise. Les avoirs nets du Congo n’existent plus, ils se sont même creusés jusqu’à 45 %. La masse monétaire est également déficitaire – moins de 11 %. Le PIB constant connaît une variation annuelle de l’ordre de 3,8%, mais la part due au pétrole a drastiquement diminué (de 25 %).
L’encours est important, à tel point que plus de 89 % de la dette du Congo est constituée d’emprunts extérieurs. La dette intérieure, dont certains, comme le président de l’Union nationale des opérateurs économiques du Congo (UNOC) Djibril Abdoulaye Bopaka, réclament le paiement, est essentiellement constituée de la dette commerciale, et ne représente que 23 % de toute la dette du pays.
Une question se pose : comment Brazzaville s’est-il endetté en si peu de temps ? Il y a tout juste trois ans, d’importantes lignes d’épargnes étaient annoncées devant le Parlement, pendant le vote du budget… Selon les spécialistes, l’épargne budgétaire du Congo, appelée également « fonds des générations futures », était de l’ordre de 14 000 milliards de francs CFA. Le cheminement est simple : dès que la récession a commencé à toucher le pays, ces réserves d’argent ont été avalées pour le fonctionnement quotidien. À l’épuisement de cette épargne, l’État s’est mis à puiser dans la réserve de la Cemac. Il traîne aujourd’hui une créance permanente de 572 milliards de francs CFA.
Les choses ont empiré avec la chute des cours du baril, premier produit d’exportation, représentant quelque 90 % du commerce avec l’étranger. En 2014, ces exportations avaient déjà baissé de 36 %, soit un impact commercial de l’ordre de 72 %. Malgré tout, le Congo avait gardé espoir, misant sur la remontée des cours du pétrole pour pouvoir se relancer, notamment en développant son industrie minière. Mais pendant deux années consécutives la croissance a touché le fond (moins de 2,9 %, selon les conclusions du Comité monétaire national). Les banques congolaises, autrefois saluées pour leur surliquidité, ne manquent certes pas d’argent, mais on assiste à une régression inquiétante de leurs encours qui se sont établis à moins de 12,1 %.
Le Président Sassou a saisi l’urgence de la situation, et entend bien motiver le FMI. Par un effet domino, la situation économique des pays de l’Afrique centrale menace la valeur du franc CFA, la monnaie commune. La BEAC devra faire preuve de stratégie et de pertinence pour que cette devise ne chute pas comme en 1994, où elle avait perdu 50 % de sa valeur. Cela pourrait provoquer une double crise de ces pays qui ploient déjà sous la baisse du prix des matières premières.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 12