Feuilles de route

Le port d’Oyo, charnière entre le nord et Brazzaville

Les autorités congolaises ont procédé le 10 août 2017 à l’inauguration du port d’Oyo, dans la Cuvette (nord). Cette infrastructure, construite par l’entreprise chinoise CRBC, joue un rôle clé dans la desserte de la partie septentrionale du Congo.

Par Arsène Séverin. Avec Dimitri Friedman - © DR

L’ouvrage mis en service a coûté quelque 48,18 milliards de francs CFA. Le gouvernement congolais a apporté 20 % des financements et les 80 % restants sont venus du gouvernement chinois, dans le cadre de l’accord-cadre sur l’arrangement spécial de coopération commerciale et économique entre les deux pays. Le port est construit dans la ville d’Oyo, une contrée carrefour dans le nord du Congo. La nouvelle infrastructure est bâtie sur les berges de la grande rivière Alima, navigable toute l’année, et qui permet arriver jusqu’au Gabon par le port de Lékety, dans la Cuvette-Ouest.
À Brazzaville, les autorités estiment que ce port est un maillon essentiel dans la mise en place de la Zone économique Ollombo-Oyo. C’est la deuxième zone économique que le Congo entend créer – après celle de Pointe-Noire –, dans le but d’y développer des activités qui contribueront à l’industrie agroalimentaire. Le pays compte sur ces Zones économiques spéciales (ZES) pour renverser la tendance d’une croissance essentiellement dépendante du pétrole, principale ressource nationale.
Le port d’Oyo, dont la longueur totale est de 494m, est équipé d’un quai de passagers de 194 m linéaires composé de deux débarcadères, conçus avec des passerelles mobiles sur des pontons flottants en structure métallique permettant l’accostage des bateaux. Le quai de marchandises, de 200m de long sur 15 de large, permet aussi l’accostage de bateaux de 3,5m de tirant d’eau, et il est dimensionné pour supporter des charges de 6 tonnes par mètre carré.
Le gouvernement congolais estime que ce port est à un endroit géographique stratégique, non pas seulement pour le Congo mais également pour toute la sous-région Afrique centrale. Les autorités soulignent donc les atouts de cette nouvelle infrastructure, notamment en termes de temps, de coût et de transit. L’élaboration en cours de son cadre juridique lui permettra d’être érigé en port autonome, avec compétence administrative sur le port de Lékety.
Les usagers du port de Mossaka, une ville enclavée de la Cuvette, se servent de la bretelle fluviale Mossaka-Oyo sur l’Alima (6 heures de voyage) pour rallier Oyo, puis Brazzaville. Le port d’Oyo est une infrastructure qui renforce la jonction entre la RN2 et la voie fluviale.
Avec ce nouvel investissement, l’importance économique du port d’Oyo gagne en envergure. Les commerçants pourront renforcer leurs cargaisons de poissons, de manioc, de bananes, et autres produits agricoles. Des localités comme Tchicapika, Tongo ou Mossaka seront régulièrement desservies en produits manufacturés. Grâce au port d’Oyo, le bois quittant les départements de la Sangha et de la Likouala transitent par le port de Mossaka avant arriver à Brazzaville. Avant, il parvenait au port de Pointe-Noire via Brazzaville par la dorsale Ouesso - Brazzaville - Pointe-Noire. À Oyo, les services de douanes et d’impôts voient leurs recettes augmenter grâce à un trafic routier et fluvial de plus en plus dynamique.

Un environnement économique difficile

La dynamisation du port d’Oyo se fait dans un écosystème de l’économie fluviale très morose. Le Port autonome de Brazzaville et ports secondaires (PABPS) est une entité économique dont fait partie le port d’Oyo. Pour l’année 2017, un budget de plus de 2,1 milliards de francs CFA a été adopté. Des moyens très insuffisants pour permettre un décollage significatif de ce secteur en faillite depuis de nombreuses années.
Un vaste programme de réhabilitation des ports et voies navigables est en cours au Congo. Le gouvernement veut redonner au secteur fluvial sa vraie place dans le rôle de pays de transit que le Congo joue en Afrique centrale. Car l’état actuel de déconfiture du PABPS freine le trafic régulier sur le fleuve Congo et ses affluents, dont l’Oubangui, le plus important.
Le port de Mossaka, à environ 700 km au nord de Brazzaville, n’est plus que l’ombre de lui-même. Des carcasses de grues ayant servi il y a longtemps à la manutention des grumes gisent encore sur le quai, alors que les nénuphars et les mousses gagnent les berges ainsi que les passerelles croulantes du port. Depuis son inauguration en 1978, l’ouvrage n’a connu aucune réhabilitation.
Le Congo compte 11 ports secondaires disséminés dans le Pool, les Plateaux, la Cuvette, la Cuvette-Ouest, la Sangha et la Likouala, départements arrosés par le fleuve Congo et ses affluents. Le port de Liranga, pourtant très actif, n’est pas encore officiel. Le débarcadère de Yoro où accostent des baleinières descendant le cours du fleuve Congo et en provenance de RDC est presque considéré comme le port de pêche de Brazzaville.
Le port de Ouesso n’arrive pas à se reprendre le dessus malgré les 4,7 milliards de francs CFA injectés dans sa réhabilitation en 2014. La concurrence de la RN2, désormais entièrement bitumée et opérationnelle, l’étrangle. Les usagers préfèrent la route au bateau, pour arriver plus vite à destination, explique un inspecteur de la Direction générale des voies fluviales.

Un ambitieux programme de développement en préparation

Mais la bonne nouvelle, c’est que l’État s’est lancé dans la construction de nouveaux ports et la réhabilitation des voies navigables. Un Département de l’économie fluviale a même été créé au sein du gouvernement pour mettre cette politique sur orbite. Financé à hauteur de 6,7 milliards de francs CFA, le port de Lékety, qui a l’avantage de favoriser un commerce frontalier avec le Gabon, n’attend plus que d’être viabilisé.
À Brazzaville, le port autonome a été mis en concession pour 15 ans. Le coût de l’opération est évalué à 24 milliards de francs CFA, et c’est la société Necotrans qui les déboursera. Selon les clauses contractuelles, le port fluvial de la capitale devait être totalement réhabilité fin 2016. Or, il ressemble toujours à un terrain vague. Dans le cadre du 10e Fonds européen de développement (FED), l’Union européenne apporte un appui additionnel de 5 millions d’euros, soit 3,28 milliards de francs CFA, pour cautionner le Plan national des voies navigables au Congo. Il s’agit de dégager les voies fluviales de Brazzaville jusqu’en Centrafrique.
Le transport de voyageurs sur le fleuve Congo reste cependant un vrai calvaire pour les passagers. Ces derniers passent en effet des journées sur des barges, à la merci des intempéries. Les luxueuses cabines de voyage qu’offraient dans les années 1980 des navires comme 5-Février, Ville-de-Mossaka ou Ville-d’Impfondo ne sont plus que souvenirs. Les bateaux sont aujourd’hui bons uniquement pour le transport de marchandises, témoignent les usagers.

Oyo, la pépite économique du nord du Congo

Oyo, considérée comme la ville natale du Président Denis Sassou N’Guesso (au lieu d’Edou, située à 5 km), est l’une des nouvelles communes autonomes du Congo. Bâtie au bord de l’Alima, elle est au carrefour des cités du nord du Congo et des voies fluviales. Avec plus de 5 000 habitants, la ville dispose d’infrastructures sociales très modernes, dont un hôpital spécialisé d’une capacité de 600 lits.
À quelque 400 km de Brazzaville, Oyo est desservie par un trafic routier très dynamique sur la RN2. L’aéroport international d’Ollombo, à une quinzaine de kilomètres de la ville, est également un moyen d’accès à Oyo par avion. Denis Christel Sassou N’Guesso est le député de la cité.