Feuilles de route

Le Sénégal tient l’autoroute

Tout en élargissant son réseau routier classique, le Sénégal se donne pour ambition d’atteindre 520 km d’autoroutes à l’horizon 2025, ce qui ferait du pays un modèle dans la région ouest-africaine.

Par Oumar Baldé - © Ministère des transports du Sénégal

« Le Sénégal, comparé à ses voisins de l’Afrique de l’Ouest, est très loin devant avec un patrimoine routier dont le niveau de service est d’environ 80 %, des routes classées en bon et moyen état. » Ce satisfecit vient du directeur général de l’Agence des travaux et de gestion des routes (Ageroute) lui-même. Début mai, dans la ville touristique de Saly, Ibrahima Ndiaye mettait ainsi en avant les progrès considérables réalisés par le Sénégal dans l’extension et la mise à niveau de son réseau routier, qui atteint aujourd’hui 16 500 km. Il rappelait également que de « 2005 à aujourd’hui, les investissements sur les infrastructures routières ont été multipliés par dix ».
Au-delà de la réalisation de routes interurbaines, départementales, régionales et nationales, le cap est désormais mis sur un « schéma national autoroutier ». L’objectif affiché est de passer des 71 km d’autoroutes existant actuellement à 520 km à l’horizon 2025. Occupant une part non négligeable dans les projets phares du Plan Sénégal émergent (PSE), les infrastructures routières sont considérées, au Pays de la Teranga, comme un « préalable à l’essor économique ».

Corridors commerciaux

De ce fait, plusieurs chantiers autoroutiers sont en cours d’exécution ou en phase d’étude. En plus du premier tronçon reliant Dakar au nouvel Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD), l’autoroute à destination de Mbour (Petite-Côte) est déjà praticable jusqu’à Sindia. Elle devrait être terminée dès 2018, à l’instar de l’autoroute Thiès-Touba, longue de 115 km. Baptisé autoroute « Ila Touba » (à destination de Touba), cet axe, une fois terminé, sera le plus long du pays. Pour un investissement total de 418 milliards de francs CFA, il permettra de désenclaver le centre du pays, tout en facilitant considérablement les déplacements de millions de fidèles lors du Magal, pèlerinage annuel à Touba, berceau de la confrérie des Mourides.
Une fois ces chantiers réalisés, l’État entend, outre les tronçons devant relier l’AIBD aux villes de Mbour et de Thiès, en ouvrir deux autres actuellement en cours d’étude, à savoir les autoroutes Mbour-Fatick-Kaolack (125 km) et Thiès - Saint-Louis (175 km). Au total, ce ne sont pas moins de cinq autoroutes que le Sénégal compte réaliser durant les huit prochaines années. Elles permettront, à terme, de desservir les principaux corridors commerciaux du pays, notamment ceux à destination des États frontaliers tels que le Mali et la Mauritanie.

Chantiers tous azimuts

En dehors de ces grands chantiers d’infrastructures autoroutières, l’État accorde également un intérêt particulier au désenclavement des régions reculées. Ainsi, 33 projets ont été réalisés en 2015, soit 965 km de routes et 2 281 m de ponts, pour un coût total de 238 milliards de francs CFA. Ils sont suivis de 25 nouveaux projets, actuellement engagés, représentant 810 km de routes, 685 km de pistes rurales et 6 ponts de désenclavement à l’intérieur du pays. Dans la capitale, qui fait face à de sérieux problèmes de mobilité, l’ouverture complète de la Voie de dégagement nord (VDN) a permis de rapprocher le centre-ville de la grande banlieue, où réside l’écrasante majorité des Dakarois. Tous ces efforts font dire à la Banque mondiale, dans un récent rapport, que « l’état général [du réseau routier] s’est amélioré au cours de ces dernières années, avec notamment la mise en place d’un dispositif institutionnel et de financements dédiés à l’entretien ».

Et chez les voisins ?

Plus globalement, le Sénégal est cité en exemple dans la sous-région ouest-africaine. Bien que des pays comme la Côte d’Ivoire (221 km), le Ghana (500 km) et le Nigéria (4 150 km) disposent encore de réseaux autoroutiers plus longs, le Sénégal est très bien positionné et risque même de dépasser plusieurs de ses voisins une fois son schéma national autoroutier réalisé en 2025. D’ores et déjà, l’Ageroute sénégalaise estime que le pays « est en avance en Afrique de l’Ouest en ce qui concerne la construction d’autoroutes ». La précision est de taille, on parle bel et bien de « construction » et non pas de réseau déjà réalisé. Selon le gouvernement sénégalais, les efforts nationaux réalisés devraient contribuer à l’amélioration du réseau des États membres de la Cedeao, et par ricochet faciliter les échanges commerciaux entre les économies de l’une des sous-régions les plus intégrées du continent.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 13