Feuilles de route

Transport aérien africain : les petites compagnies s’envolent

La concurrence dans le ciel africain ne cesse de croître. La multiplication des petites compagnies aériennes et leur politique volontariste tendent à modifier la hiérarchie existante.

Par Clarisse Laffarguette - © DR

Un vent de changement souffle sur l’Afrique. L’ouverture du marché depuis quelques années en fait un terrain propice à la création de nouvelles compagnies aériennes. Ces dernières profitent du relatif espace dans l’offre de transport pour tirer parti de leur flexibilité et faire valoir leurs avantages. Elles chamboulent les règles du jeu et rivalisent sur les prix et le service aérien, face aux transporteurs déjà bien implantés.

Trois compagnies offensives

Les grandes compagnies africaines ont vu arriver récemment des concurrentes. Des petites compagnies low cost comme RwandAir, Asky Airlines et Air Côte d’Ivoire ont pris en seulement quelques années une place importante sur le marché de l’aviation civile en Afrique, et consolident leur légitimité grâce à des arguments de choc. Les liaisons régulières et stratégiques entre capitales africaines et métropoles des autres continents assurent des échanges touristiques et d’affaires. La ponctualité remarquable des vols, l’accent mis sur la sûreté du matériel et les prix très concurrentiels attirent les clients, ce qui fait que ces compagnies se développent rapidement.
RwandAir, créée en 2002, est la compagnie aérienne publique du Rwanda. Elle en est une vitrine et sa bonne dynamique économique va de pair avec celle du pays. Elle dessert actuellement 19 destinations en Afrique, reliant toutes les régions du continent à partir de sa plateforme de Kigali. Cette petite compagnie a transporté 600 000 passagers en 2015 et ambitionne d’atteindre 1 000 000 de passagers en 2017, grâce aux nombreuses nouvelles destinations ouvertes.
La deuxième petite qui monte est panafricaine. Souhaitée par les pays de la Cedeao, Asky Airlines affiche la croissance la plus rapide du continent. Elle relie actuellement 22 capitales d’Afrique de l’Ouest et centrale grâce à sa plateforme régionale de Lomé. En 2016, elle a transporté un peu plus de 500 000 passagers au niveau de la région, avec 174 vols hebdomadaires. Sa principale concurrente, Air Côte d’Ivoire, créée en mai 2012, possède un réseau reliant actuellement 19 pays de la région depuis Abidjan et a transporté 700 000 passagers en 2016.
Ces compagnies font face à de gros transporteurs, leaders du secteur : Ethiopian Airlines, EgyptAir, South African Airways, Royal Air Maroc, Air Algérie, Kenyan Airways et Tunisair. Pourtant, d’autres compagnies ont vocation à se créer sur le même schéma d’ouverture à l’Afrique continentale et à l’Europe. Par exemple, Air Sénégal SA devrait entrer prochainement sur le marché aérien africain.

Développement de nouveaux hubs

La création de ces compagnies aériennes publiques s’inscrit souvent dans le cadre de plans de développement nationaux. Le transport aérien va de pair avec l’ouverture des pays à l’international, tant commercialement que touristiquement. Les retombées économiques sont prometteuses et la circulation vers les pays voisins, et même l’Europe s’en trouve facilitée.
La stratégie ? S’appuyer sur un hub qui, de national, deviendra international. Et les ambitions des petites compagnies vont même au-delà du continent africain. RwandAir souhaite relier bientôt d’autres grandes capitales, après Londres et Dubaï. Avec ce maillage important, elle ambitionne de faire de Kigali un hub régional de premier plan et a renforcé sa flotte par l’acquisition de nouveaux appareils. Le Rwanda veut atténuer son enclavement et surtout ouvrir davantage le pays au tourisme, stimuler les exportations locales et contribuer à faire de Kigali un hub en matière de services dans le cadre de la Vision 2020 de son Président Paul Kagame.
Les métropoles où s’installent ces compagnies, grâce aux aéroports souvent réhabilités aux nouvelles normes technologiques internationales, deviennent les vitrines des pays. Les compagnies aériennes valorisent donc leur image et sont le symbole de leur renaissance et de leur croissance économique. Asky Airlines, outre son partenariat stratégique et technique avec Ethiopian Airlines, son actionnaire de référence, jouit du bon positionnement de son hub de Lomé, à mi-chemin entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, qui permet une parfaite interconnexion entre les deux régions.
La concurrence est importante et pousse les pays à créer leur propre compagnie aérienne, vectrice d’ouverture et de savoir-faire technologique. Certaines misent sur leur flexibilité tandis que d’autres, comme Air Côte d’Ivoire, privilégient les partenariats. Le capital de cette dernière est détenu par l’État ivoirien à hauteur de 55,80 %, signe d’une volonté du gouvernement de faire d’Abidjan un hub aérien régional. Mais le reste est réparti entre d’autres investisseurs – 10,8 % reviennent à Air France - KLM, qui affiche son partenariat stratégique avec la compagnie.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 12