Culture

Fatoumata Diawara, douceur malienne

Elle a su mener sa carrière en surmontant les obstacles qui se sont dressés sur sa route. Sa polyvalence et la diversité de ses créations et de ses collaborations lui ont permis de percer et de nous faire voyager en terre malienne.

Par Clarisse Laffarguette - © DR

« Fatou », comme tout le monde la nomme affectueusement, est une chanteuse aux nombreuses influences africaines. À 35 ans, elle chante avec douceur l’Afrique et le Mali, le pays de ses racines où elle est connue depuis son adolescence. Son parcours semé d’embûches lui a permis de s’émanciper, de se découvrir avant de se consacrer pleinement à sa véritable passion, la musique. C’est toujours avec modestie et finesse qu’elle se dévoile au détour de ses albums, de ses créations et représentations artistiques variées.

Au cœur de l’Afrique

Fatoumata Diawara possède sa propre empreinte musicale, entre tradition et modernité. Elle chante le plus souvent dans la langue de Wassalou, une région à cheval sur le Mali et la Côte d’Ivoire, son pays natal. Sa musique résonne de sonorités africaines et sa voix douce nous transporte instantanément jusqu’au Mali. Cependant, ses chansons sont parsemées de touches jazzy et folk, où instruments traditionnels se mêlent harmonieusement à la guitare, qu’elle a apprise en autodidacte. Cette femme, insoumise et artiste dans l’âme, parle aux gens au travers de sa musique, un art dont elle estime qu’il est le plus puissant vecteur de valeurs. « La musique est une forme de discours politique. La population accorde plus d’importance et de respect aux chanteurs Oumou Sangaré et Salif Keïta qu’au Président de la République. Aux artistes d’utiliser leur notoriété à bon escient », déclarait-elle à L’Express le 7 avril 2017.
La jeune femme s’est découvert un attrait particulier pour la chanson au moment de sa tournée théâtrale mondiale, et a commencé à se produire dans des bars parisiens, encouragée par l’accueil enthousiaste du public. Avec sa guitare comme accompagnement, elle a séduit Oumou Sangaré qui l’a présentée au prestigieux label World Circuit Records, où gîtent des personnalités ou des groupes célèbres comme Ali Farka Touré ou le Buena Vista Social Club. S’en est suivi l’enregistrement de son premier album, Kanou, d’une douceur où perce déjà un cri de révolte.
Dès le deuxième, Fatou, dans lequel elle chante dans sa langue natale et s’accompagne de divers instruments traditionnels africains, Fatoumata, également auteur-compositeur, montre qu’elle sait rallier à elle des artistes réputés comme Roberto Fonseca, Mulatu Astatke, Bobby Womack, Rocket Juice & The Moon ou encore Dee Dee Bridgewater. Elle s’implique aussi dans des réalisations telles qu’Imagine Project avec Herbie Hancock ou Afrocubism. Sans jamais se trahir, elle devient l’une des figures emblématiques de la musique africaine à l’international, comme le fut en son temps Youssou Ndour.

L’émancipation du carcan familial

Fatoumata a commencé sa carrière en tant qu’actrice. Elle a démarré dans le film Taafé Fanga d’Adama Drabo en 1996, alors qu’elle n’avait que 14 ans. Elle a accédé à la célébrité trois ans plus tard, en 1999, au Mali, grâce à son interprétation de Dina dans La Genèse de Cheick Oumar Sissoko. Sa beauté et son talent lui ont permis d’obtenir de nombreuses propositions de rôles. Son interprétation dans le film Sia Le rêve du python, en 2002, l’a érigée en symbole du personnage qu’elle incarnait : une femme qui n’accepte pas de se plier aux coutumes locales. Mais sa carrière naissante a été interrompue par les projets matrimoniaux que ses proches nourrissaient pour elle.
Refusant de se soumettre à ces desiderata, la jeune femme a été obligée de délaisser un temps sa carrière d’actrice, fuyant sa famille et son pays pour intégrer la troupe de théâtre de rue Royal de Luxe, installée à Nantes, en France, à l’âge de 20 ans. Grâce au directeur Jean-Luc Courcoult, elle a joué sur les scènes du monde entier et incarné le premier rôle dans L’Opéra du Sahel, en représentation à Bamako, la capitale du Mali, en 2006.
Fatoumata a obtenu le rôle très remarqué de Karaba, la sorcière dans la comédie musicale Kirikou et Karaba, mise en scène par Michel Ocelot en 2007-2008. Elle a alors pu mettre à profit à la fois ses qualités de comédienne et de chanteuse. « C’était un rôle difficile et une belle rencontre. Je chantais pour me libérer, je criais à chaque fin de spectacle, et j’ai appris à me soigner en criant dans la peau de Karaba », a-t-elle expliqué, faisant probablement allusion à ses relations difficiles avec sa famille.
La véritable consécration aux yeux du grand public et de la critique internationale, tant cinématographique que musicale, est arrivée en 2014 avec la sortie du film Timbuktu d’Abderrahmane Sissako, César du Meilleur film et du Meilleur réalisateur en 2015. Fatoumata y représente une femme prise en otage dans un village contrôlé par des djihadistes. Elle interprète une chanson dans une scène centrale. La portée du film lui a permis d’accéder au statut d’icône et de star de la chanson africaine, autant sur grand écran que sur les scènes de concerts ou de festivals.

Nouvelles collaborations

La consécration est venue presque à son insu, même si elle l’a ardemment désirée. Fatoumata a récemment rejoint l’entourage prestigieux de –M– (Matthieu Chedid), pour poser sa voix sur cinq des titres de son album Lamomali. Elle était bien sûr présente lors des premiers concerts de la tournée consacrée à l’album à Bamako, en janvier dernier. La venue du chanteur français au Mali, dans un contexte d’instabilité et de guerre civile larvée, l’a beaucoup touchée, comme elle a touché le cœur de nombreux Maliens. La tournée a rencontré un franc succès et onze dates supplémentaires ont d’ailleurs été ajoutées en novembre 2017, pour le plus grand bonheur du public. Fatoumata participe à la promotion de l’album dans les médias et sa notoriété en France ne fait plus de doute. En témoigne la remise en 2014 de la médaille de chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres.
Son engagement pour les causes qui lui sont chères a été appuyé par l’ambassadeur de France au Mali ; « vous incarnez aujourd’hui l’espérance et la confiance pour la jeunesse malienne, africaine, internationale », a-t-il déclaré à cette militante des droits des femmes et des enfants.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 11