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Macky Sall, bâtisseur du Sénégal émergent

Héritier d’un pays économiquement déficient, Macky Sall accède à la magistrature suprême le 25 mars 2012. Porté par la coalition Benno Bokk Yakkar, il devient ainsi le 4e homme d’État à présider aux destinées du Sénégal, après Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade. Son programme? Faire du Sénégal un pays émergent à l’horizon 2035.

Par Pius Moulolo - © AFP - MICHAEL KAPPELER

Six ans après la prise de fonction de Macky Sall, les perspectives économiques du pays sont durablement bonnes. C’est du moins la conclusion du rapport semestriel « Africa’s Pulse » 2018 de la Banque mondiale, présenté le 18 avril à Washington par l’économiste Albert Zeufack. Il classe en effet le Sénégal parmi les rares pays d’Afrique de l’Ouest à présenter un bon risque pour les investisseurs. Outre la soutenabilité de sa dette extérieure, « le taux de croissance du PIB [qui était de 1,7 % en 2011] devrait s’établir au-dessus de 6% pour la 3e année consécutive, une première au Sénégal au cours des 40 dernières années ». Jouissant d’une stabilité politique et sociale particulière, Dakar a bénéficié d’une conjoncture internationale favorable, portée par la chute des cours du baril de brut. Les performances macroéconomiques enregistrées ces dernières années sont surtout imputables aux grands projets d’infrastructures mis en œuvre dans le cadre du Plan Sénégal émergent (PSE).

Le challenge des infrastructures

Le 9 mai 2016, le Président Macky Sall procédait en effet au lancement des projets structurants dits de deuxième génération au Pôle urbain de Diamniadio. Ce chantier pharaonique fera certainement du Sénégal l’un des pays les plus modernes et les plus attractifs d’Afrique. La mise en œuvre du plan d’actions prioritaires s’est poursuivie avec la construction de l’autoroute Diamniadio-AIBD-Sindia, l’échangeur de l’Émergence, la 2e autoroute à péage et la 3e section de la Voie de dégagement nord (VDN). La politique de développement du rail vise quant à elle à construire 3 000 km de lignes ferroviaires afin de contribuer à l’exploitation des potentialités économiques des régions intérieures du pays. La nouvelle ligne ferroviaire Dakar-Tambacounda, de 460 km, permettra de développer davantage cette région qui accueille l’essentiel des industries minières du Sénégal.
Le 7 décembre 2017 fera partie des grandes dates du renouveau avec l’inauguration de l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD). Était présent à cette cérémonie un important panel, constitué des Chefs d’État gabonais Ali Bongo Ondimba, gambien Adama Barrow, bissao-guinéen José Maria Vaz et santoméen Patrice Trovoada. Le projet de construction de cette mégastructure remonte à décembre 2007. Les travaux ont toutefois pris de l’ampleur à partir d’avril 2016 avec le transfert de la maîtrise d’ouvrage de la compagnie Saudi Binladin Group (SBG) au groupement turc Summa-Limak. Bâti sur le site de l’ancien aéroport de Diass, l’AIBD a vocation à devenir un véritable hub sous-régional. Il bénéficiera de nouvelles infrastructures connexes à la périphérie de Dakar. Il s’agit entre autres de l’autoroute Ilaa-Touba, du port multifonctionnel de Ndayane, du port minéralier de Bargny-Sendou et du Train express régional (TER) qui entre dans sa phase opérationnelle.

Le train de l’avenir

Présenté comme le plus grand projet du PSE, le TER, qui doit relier Dakar à l’AIBD, a officiellement été lancé par Macky Sall le 14 décembre 2016. Plus qu’une révolution technologique, il s’agit, selon le Président, de « réaliser un chemin de fer à traction électrique, moderne, rapide, et à écartement standard, le premier en Afrique de l’Ouest ». Le montant global de l’investissement est estimé à 568 milliards de francs CFA. La première phase s’étend de Dakar à Diamniadio (36 km) et doit être livrée en janvier 2019. Le consortium constitué des entreprises françaises Engie, Thales et Alstom a été désigné pour conduire les travaux, pour un montant de 225 millions d’euros. Un protocole d’accord a également été signé avec la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) et la Régie autonome des transports parisiens (RATP) en vue de la mise en exploitation du projet. La deuxième phase, de Diamniadio à l’AIBD (19 km), est prévue pour durer 15 mois.
À terme, le projet permettra de relier la banlieue de Dakar au nouvel aéroport en environ 50 minutes, avec une vitesse de pointe de 160 km/h. D’une capacité de 500 places, le TER pourra desservir 14 gares et transporter jusqu’à 115 000 passagers par jour. Il permettra ainsi de désengorger la métropole de Dakar qui connaît une forte expansion. Le projet du TER sera complété par le réseau de transport de masse BRT, des bus rapides sur voies réservées, qui ralliera le nord et le sud de Dakar en moins de 45 minutes.

À l’heure du numérique

À l’instar du Next Einstein Forum qui met la révolution scientifique au cœur du développement africain, Macky Sall caresse le rêve d’un « Sénégal numérique en 2025 ». C’est tout le sens donné à « la mise en place de l’Université virtuelle du Sénégal, la facilitation des inscriptions au niveau des universités avec la plateforme Campusen, le projet "un étudiant, un ordinateur", l’accompagnement des jeunes filles dans les TIC avec plus de 1 000 filles formées, l’installation de salles multimédias dans les écoles et les daaras (écoles islamiques, ndlr), la mise en place d’incubateurs pour accompagner les jeunes entrepreneurs, mais aussi la facilitation de l’accès à internet », relevait-il lors du Forum du numérique du 15 mars dernier.
Il a fallu attendre l’arrivée de ce visionnaire pour que plusieurs projets, somnolents sous la présidence précédente, sortent de terre. Il en est ainsi de la gratuité des soins de santé des enfants de 0 à 5 ans à travers la Couverture maladie universelle (CMU), la gratuité de l’hémodialyse, de la césarienne et des antirétroviraux. À 57 ans, Macky Sall a réussi le pari de faire du Sénégal une destination prisée des investisseurs. En créant un environnement des affaires particulièrement incitatif, il s’est fixé pour but de faire figurer le pays au top 100 du Doing Business 2018. Sorti victorieux des batailles politiques qui l’ont opposé à son prédécesseur, Abdoulaye Wade, et au maire de Dakar, Khalifa Sall, c’est un Président serein qui prépare la prochaine échéance électorale du 24 février 2019. Conforté par les récentes découvertes pétrolières et gazières, Macky Sall active d’ores et déjà les forces démocratiques qui feront du Sénégal l’un des plus importants pôles économiques d’Afrique de l’Ouest.

Le second port de Bargny-Sendou

Les travaux de construction ont été lancés le 27 novembre 2017 par le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne. Bâti sur 500 ha, le futur port est situé à 32 km de Dakar, entre la baie de Gorée et la Zone économique spéciale (ZES) de Bargny. En plus d’être un port minéralier et vraquier, Bargny-Sendou permettra de désengorger le Port autonome de Dakar (PAD). Avec un tirant d’eau de 18 m et une capacité d’accueil de navires de 120 000 tonnes, le port sera l’un des plus profonds de toute la côte ouest-africaine. Il disposera d’un terminal minéralier, d’un dépôt pétrolier et d’une zone industrielle.
Le coût global du projet est estimé à 290 milliards de francs CFA. La réalisation a été confiée au groupement Sénégal Port Minergy, constitué d’investisseurs privés nationaux et internationaux. Le projet doit être livré en mars 2019, avec une capacité de traitement de 7 millions de tonnes dès sa mise en exploitation et 12 millions de tonnes à partir de 2021. À terme, ce port deviendra un pôle industriel de référence en Afrique de l’Ouest.