Paroles et Portraits

Entretien avec Awa Marie Coll Seck, Ministre d’État auprès de la présidence de la République du Sénégal

Awa Marie Coll Seck est une personnalité sénégalaise, ayant passé sa vie à améliorer le quotidien des populations. Aujourd’hui Ministre d’État, elle répond à nos questions.

Propos recueillis par Laurent Taieb - © AFP- LEON NEAL

CAP ÉCO Africa : Madame la Ministre, le Président Macky Sall assure que « la lutte contre les inégalités sociales reste au cœur de [ses] priorités ». Comment cet engagement se manifeste-t-il aujourd’hui dans l’action gouvernementale ?

Awa Marie Coll Seck : La lutte contre les inégalités sociales est une préoccupation constante de Son Excellence Monsieur Macky Sall, Président de la République. En lançant le Plan Sénégal émergent (PSE) en 2012, il disait vouloir « lancer, en concertation avec les acteurs concernés, un programme de Couverture maladie universelle et une sérieuse réflexion sur la gouvernance sanitaire ».
L’analyse de l’offre et de la demande l’avait amené à décliner une ambition de « permettre à tous les Sénégalais, au moment où ils en ont besoin, d’accéder à des soins de santé de qualité, sans aucune entrave financière, et sans aucun risque financier ». Ainsi, les mesures prises pour les endiguer sont nombreuses, et je citerai les bourses familiales pour les foyers les plus pauvres, la Carte d’égalité des chances pour les personnes handicapées, les programmes comme le PUDC et le PUMA qui ciblent spécifiquement les zones enclavées, éloignées et frontalières.
Dans le cadre de la couverture sanitaire, nous pouvons distinguer les stratégies qui visent à réduire la charge de morbidité, centrées sur l’amélioration de la disponibilité de services de soins de qualité sur tout le territoire et la promotion d’actions multisectorielles à haut impact sur la santé, et les stratégies qui visent la solvabilité de la demande par la réduction du risque financier, à savoir le Programme d’assurance maladie, avec un accent particulier sur les mutuelles de santé communautaires et le Programme d’assistance maladie, qui comprend des initiatives de gratuité.

Vous êtes médecin de formation. Êtes-vous satisfaite du fonctionnement de la Couverture maladie universelle (CMU) ?

À ce jour, dans une certaine mesure, je suis satisfaite du fonctionnement de la CMU. D’importants progrès ont été réalisés depuis 2013. Il y a eu la création de l’Agence de la CMU, et on peut noter une évolution positive de la couverture tous régimes confondus, qui est estimée à environ 47 %.
Ainsi, dans le cadre de l’assurance maladie, on peut noter la mise en place de 675 mutuelles de santé dans les 552 communes du Sénégal, et l’enrôlement de 2 428 258 bénéficiaires dans les mutuelles de santé à la date du 30 juin 2017, y compris les ménages bénéficiaires du Programme national de bourses de sécurité familiale (PNBSF) et les personnes handicapées détentrices de Cartes d’égalité des chances. La collaboration avec le ministère de la Culture pour la mise en place de la CMU des acteurs culturels et celle avec le ministère de l’Éducation nationale pour la mise en place de la CMU élèves sont des pas importants dans ce volet.
Dans le cadre de l’assistance médicale, on peut citer aussi les efforts importants réalisés pour le remboursement des prestations de services avec des initiatives de gratuité (enfants de moins de 5 ans, césariennes des femmes enceintes et dialyses).
Il s’y ajoute que l’État du Sénégal a alloué à l’Agence depuis 2015 un budget de près de 31 milliards de francs CFA. Les partenaires techniques et financiers comme la Banque mondiale, l’USAid, l’OMS, la JICA et la Coopération technique belge (CTB) accompagnent l’État dans la politique d’extension de la couverture.

Le Président de la République a pointé à de multiples reprises l’importance de la formation et de l’éducation. Où en sont aujourd’hui les avancées dans ce domaine ?

Le développement du capital humain étant l’élément essentiel du PSE, l’éducation est devenue une priorité pour le gouvernement.
D’importantes mesures sont prises. Personne ne peut contester les efforts consentis : 302 milliards de francs CFA sont en train d’être investis. La construction de la deuxième université – Amadou-Mahtar-Mbow – avance, celle du centre du pays – Cheikh-Ibrahima-Niasse de Kaolack – se prépare. Coût global : 130 milliards de francs CFA pour les deux, soit 65 milliards de francs CFA par université. De nouveaux bâtiments sont érigés dans toutes les universités du pays. Afin d’offrir des formations courtes et professionnelles aux étudiants, des ISEP sont construits.
Avec l’Université virtuelle du Sénégal (UVS), des Espaces numériques ouverts (ENO) sortent de terre alors que sont essaimés partout des Centres de recherche et d’essais (CRE). Le corps enseignant des universités étant vieillissant, l’État, il y a deux ans, en a recruté 200.
Suite aux assises nationales de 2001 sur l’enseignement technique et de la formation professionnelle, le Président de la République a mis l’accent sur la « promotion de la formation professionnelle et technique et sur son orientation vers le marché du travail ». Une nouvelle loi d’orientation de la formation professionnelle et technique a été adoptée.
L’une des plus grandes mesures de satisfaction est la reconnaissance du baccalauréat en langue arabe. Il s’y ajoute que les arabisants peuvent désormais accéder à l’École nationale d’administration (ENA) et en sortir hauts fonctionnaires. En outre, le programme des daaras modernes est lancé. Talon d’Achille du système éducatif, la question de la qualité est au cœur des préoccupations.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 13