Paroles et Portraits

Amadou Bâ, un Ministre de l’Économie bien en place

On le dit timide et rigoureux. C’est un fin politique, âgé de 56 ans, qui a su se créer un réseau et un carnet d’adresses assez large pour avoir exercé des responsabilités sous Abdoulaye Wade et sous Macky Sall. Portrait économique du grand argentier du Sénégal.

Par Dimitri Friedman - © AFP- 2018 ANADOLU AGENCY

Amadou Bâ est probablement celui parmi les proches du Président qui possède CV et entregent les plus probants et les mieux adaptés à l’exercice de ses fonctions. The right man at the right place. Qu’on en juge : à la fin des années 1980, il décroche une maîtrise de sciences économiques (gestion des entreprises) et est diplômé à l’École nationale d’administration et de magistrature (Enam, section Impôts et Domaines). Tout dans le curriculum de cet enfant du quartier populaire de la Médina, né en 1961, augurait du rôle de grand serviteur de l’État auquel il se prédestinait.
« L’économie, c’est un peu la science de vouloir régler des besoins illimités par des moyens limités », déclarait-il à Dakar midi lors d’une interview récente. Pragmatique, dirait-on. Assez pour avoir trôné à la tête des Impôts et Domaines durant tout le magistère de l’ex-Président Wade, avant d’être nommé Ministre en septembre 2013 par le nouveau Chef de l’État lors du changement de gouvernement, prenant la suite de l’ancien banquier Amadou Kane.
Pur produit de l’administration fiscale, nourri à la rigueur et doté d’un calme inébranlable, l’ex-boss de la Direction générale des impôts et domaines avait témoigné d’un soutien indéfectible à Macky Sall lors de sa traversée du désert. Manière de le remercier pour le Président élu en mars 2012 ? Pas uniquement, tant il est vrai que ce poste comporte des objectifs impérieux, fixés par la Stratégie nationale de développement économique et social (SNDES), dont l’un – et non des moindres – est de ramener le déficit public de 3,6 % à 3 %, tout en accélérant les réformes, en créant près de 150 000 emplois et en haussant le taux de croissance à 7 % ! Bref, un challenge comme il les aime.

Un homme clé du Président

L’homme bénéficie aussi d’un soutien populaire puissant dans son fief des Parcelles Assainies, que la coalition Benno Bokk Yakkar a remporté lors des législatives de juillet 2017 et dont il était tête de liste départementale. Cette victoire dans cette commune d’arrondissement qui totalise 120 000 électeurs a presque fait basculer le Grand Dakar dans l’escarcelle du parti présidentiel. Autant dire que son bilan politique est aussi brillant que son bilan économique.
En ce qui concerne ce dernier, ainsi se félicitait-il dès juillet 2016 de ce que le Plan Sénégal Émergent entré en vigueur en 2014 avait permis au Sénégal d’atteindre une croissance de 6,5 %, tirée, entre autres, par les bonnes performances de l’agriculture soutenues par le ministère. Dans le même temps le déficit budgétaire passait de 6,7 % à 4,7 % en vertu de la rationalisation des dépenses publiques. « Grâce aux efforts importants d’investissement, on a pu tirer la croissance vers le haut avec la création d’emplois », soutenait le Ministre, faisant état d’une « amélioration notable des comptes courants du pays ». Nul doute qu’il soit bien considéré par les agences de notation et les institutions financières internationales, comme en atteste l’organisation à Dakar (septembre 2017) par la Banque mondiale et la République populaire de Chine du 3e Forum « Investir en Afrique ». Et Amadou Bâ d’ajouter que « le Sénégal compte désormais parmi les économies les plus résilientes et les plus fortes du continent, avec les perspectives de croissance les plus élevées en Afrique ».
D’ailleurs, l’effort initié sous l’autorité avisée d’Amadou Bâ est impulsé et entériné par le Président de la République. « Le budget 2018 est évalué à 3 709 milliards [de francs CFA] », a-t-il déclaré lors de son adoption. Un budget qu’il qualifie de « très ambitieux, et axé sur le social ». Autant dire qu’on est aussi en phase au sommet de l’État.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 13