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Réforme budgétaire : le Cameroun à l’épreuve du FMI

Pris en flagrant délit de maquillage de ses comptes, le Cameroun doit procéder à un reprofilage de sa loi de finances afin de bénéficier des appuis budgétaires du FMI. L’ensemble des engagements pris lors du sommet spécial de la Cemac du 23 décembre 2016 n’a en effet pas été respecté.

Par Pius Moulolo - © Shutterstock - Mariusz Szczygiel

Du 27 avril au 14 mai, a séjourné à Yaoundé une délégation conjointe FMI - Banque mondiale, constituée du directeur adjoint du Département Afrique David Owen, de la cheffe de mission Corinne Deléchat et du représentant-résident au Cameroun Kadima Kalonji, pour le FMI, et de la directrice des opérations Elisabeth Huybens, pour la Banque mondiale. La mission a permis d’évaluer le programme économique et financier du pays en vue de valider la 2e revue du programme appuyé par la Facilité élargie de crédit (FEC) signée avec le FMI. Le 26 juin 2017, un accord triennal d’environ 666,2 millions de dollars en faveur du Cameroun a été approuvé. Ce dernier, présenté comme le pays le plus résilient de la sous-région, devait jouer son rôle de locomotive économique de l’Afrique centrale.
Selon le point de presse délivré par Corinne Deléchat le 14 mai, « la conclusion de la 2e revue permettra de procéder à un 3e décaissement de 55,2 millions de DTS (environ 78,8 millions de dollars) ». Le 20 décembre 2017, la 1re revue de l’accord approuvé par le FMI avait permis de débloquer 117,2 millions de dollars. Ce qui a porté le total des décaissements à 292,9 millions. La mise à disposition de ce financement est toutefois conditionnée par un certain nombre de réformes, au rang desquelles la limitation des dépenses exceptionnelles liées à la sécurité et aux subventions du prix du pétrole à la pompe, l’adoption des directives de la Cemac relatives à la gestion des finances publiques, et la réduction des exonérations fiscales qui « compromettent les recettes globales des États et affaiblissent la gouvernance ».

Rééquilibrage budgétaire

En 2018, le Cameroun espère ainsi mobiliser 334 milliards de francs CFA auprès de l’ensemble de ses partenaires. Tout en relevant les risques qui courent sur le programme, le FMI a recommandé d’ajuster les dépenses afin de disposer des hypothèses budgétaires les plus réalistes. L’ordonnance présidentielle du 4 juin 2018 qui modifie la loi de finances autorise le gouvernement à négocier des emprunts concessionnels et non concessionnels de l’ordre de 681 milliards de francs CFA. Le budget 2018 passe quant à lui de 4 513,5 milliards à 4 689,5 milliards, en prenant en compte les dépenses de sécurité liées à la crise anglophone et la guerre contre Boko Haram, la mise sur pied du processus de décentralisation, la création du Conseil constitutionnel en vue de l’élection présidentielle de novembre 2018, et l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations 2019.
Toutefois, le Cameroun avait jusqu’au mois de juillet pour appliquer le « Code de transparence et de bonne gouvernance » des finances publiques et six autres directives adoptées par la Cemac en 2011. Avec la création d’une Cour des comptes, cette internalisation des textes communautaires induira d’importants changements dans le processus d’élaboration, d’exécution et de contrôle du budget national. Toutefois, selon le Ministre des Finances Louis-Paul Motaze, « la transposition des directives entraîne une réforme institutionnelle délicate. Or l’agenda politique jusqu’ici n’était pas porté vers l’organisation institutionnelle mais plutôt sur la relance économique avec la mise en œuvre du DSCE (Document de stratégie pour la croissance et l’emploi, ndlr) et la marche vers l’émergence. » L’application de l’ensemble de ces réformes implique une révision de la Constitution.

Explosion de la dette

La position du FMI est d’autant plus tranchée que le Cameroun est à un niveau d’endettement élevé, soit 35 % du PIB contre 30 % en juin 2017. Et la question est de savoir comment on en est arrivé là. Selon l’économiste Bernard Ouandji, « le gouvernement camerounais est finalement rattrapé par ses pratiques de dissimulation du déficit budgétaire ». Et d’ajouter : «Pour ma part, j’ai toujours recommandé d’appliquer la sincérité budgétaire afin d’améliorer les relations avec les bailleurs de fonds. Si vous lisez l’actualité, Brazzaville abrite un autre gouvernement rattrapé par l’exigence de sincérité budgétaire, après avoir maquillé ses comptes suite à des opérations pétrolières pour le moins hasardeuses. En plus des subventions du prix du carburant, l’autre point à revoir, c’est les dépenses liées à la sécurité», révélait-il dans un entretien avec le quotidien Mutations en mai 2018. Avec les principaux moteurs de son économie en panne, le Cameroun traîne un déficit budgétaire de 30 % depuis 2012. La situation actuelle était donc prévisible. En un mot comme en mille, nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 13