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Maghreb : la transition énergétique dans le viseur

Les avancées des pays du Maghreb dans les énergies renouvelables divergent : si le Maroc est connu pour ses efforts, la Tunisie tente de rattraper son retard, et l’Algérie est encore très dépendante des énergies fossiles. Des tentatives d’évolution sont en cours.

Par Flore Thumm - © AFP - Hu Qingming - IMAGINECHINA

En raison de la raréfaction de certaines énergies traditionnelles, de l’augmentation de leur prix – qui lui est souvent corrélée –, ainsi que du réchauffement climatique, les pays sont nombreux à se tourner vers les énergies renouvelables. C’est le cas de ceux du Maghreb, qui cherchent à diversifier leurs sources de production. Bien que plusieurs types d’énergies renouvelables soient utilisés dans la région, le solaire et l’éolien sont celles sur lesquelles les États misent le plus.

Le solaire et l’éolien mis en avant

Le Maroc, en bon élève, est le pays le plus avancé de la région dans ce domaine. Il produit très peu d’hydrocarbures, et a dû trouver une solution pour réduire ses importations. Il dispose aujourd’hui de la 7e centrale solaire thermodynamique la plus grande au monde, la centrale Noor, à Ouarzazate. Et le gouvernement souhaite aller plus loin avec son programme solaire Noor, qui prévoit une diminution de l’émission de CO2 de 3,7 millions de tonnes d’ici 2030. Trois autres centrales solaires, baptisées Noor II, III et IV, devraient également voir le jour.
En outre, le parc éolien du pays, situé à Tarfaya, est le plus vaste d’Afrique, et de grandes sociétés prennent des initiatives dans ce domaine. Nareva, une filiale du groupe Al Mada spécialisée dans la production électrique, a initié plusieurs projets sur le territoire, telle la construction d’un parc éolien au Sahara occidental, dont la mise en service est prévue pour décembre.
L’Algérie est plus à la traîne. Acteur mondial incontournable dans les hydrocarbures, le pays était en 2015 le 18e producteur de pétrole, le 10e producteur de gaz naturel et le 6e exportateur de gaz naturel au monde. La transition énergétique se révèle donc compliquée, d’autant plus que le prix du baril de pétrole a augmenté récemment et dépasse les 70 dollars (ce qui est tout de même une bonne nouvelle pour Alger). Cette source d’énergie lui a rapporté 10 milliards de dollars en exportations au 1er trimestre 2018. Mais au vu de la raréfaction des ressources en gaz et en pétrole du pays, la politique du dos rond ne peut continuer.
Compte tenu du temps d’ensoleillement en Algérie, qui peut atteindre 3 600 heures annuelles sur les Hauts Plateaux, le secteur de l’énergie solaire ne manque plus que d’investissements pour faire ses preuves. C’est pourquoi les autorités souhaitent accélérer la cadence. Nourredine Yassa, le directeur du Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), invité sur la radio nationale Radio algérienne le 21 juin, a fait part du programme «très ambitieux» du gouvernement, actualisé en 2015. Celui-ci prévoit de produire 22 000 MW, tirés principalement de l’installation de panneaux solaires et de l’énergie éolienne, à l’horizon 2030. Omar Aktouf, intellectuel algérien, expliquait l’année dernière aux journalistes de Maghreb émergent que, bien que le pays dispose de la matière première pour produire des panneaux solaires (la silice), les grandes unités de production coûtent très cher. Malgré tout, prendre ce virage « ne peut qu’être bénéfique pour l’avenir énergétique du pays ».

La Tunisie tente de rattraper son retard

Le secteur des énergies renouvelables est très peu développé en Tunisie : il ne représentait que 3 % du mix énergétique en 2017, selon le rapport de l’ambassade de France en Tunisie. Le pays a peu d’hydrocarbures, et sa consommation énergétique est particulièrement dépendante du gaz naturel, dont il importe une partie. Or les prix sont en augmentation. Si le développement des énergies renouvelables y est modeste, c’est en raison de ses difficultés financières dues à la baisse du tourisme depuis 2015 – secteur qui enregistre actuellement une hausse. De surcroît, le pays a d’autres projets en termes d’énergies : il tente de développer son secteur nucléaire.
Le gouvernement annonce pourtant l’objectif ambitieux de passer à 30 % d’énergies renouvelables d’ici 2030. La Tunisie a en effet de bons potentiels dans le solaire et l’éolien, d’où la démarche d’appel à projets, qui a débuté en novembre 2017. La Tunisie pourrait en outre profiter de la baisse du coût de fonctionnement des technologies solaires photovoltaïques qui se poursuit depuis 2009.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 13