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Entretien avec Moussa Sylla, Président-administrateur général de Geomin

Moussa Sylla est l’un des meilleurs experts sénégalais du secteur minier, dont il a contribué à renforcer l’expansion dans son pays. Il nous précise l’évolution et les perspectives de cette branche, au Sénégal et plus globalement dans la sous-région.

Propos recueillis par Clément Airault - © DR

CAP ÉCO Africa : Monsieur Sylla, en quoi consistent les activités de Geomin ?

Moussa Sylla : Geomin fournit des services d’études et de conseil dans les domaines des géosciences, des mines, de l’énergie, des infrastructures et de l’environnement. Ces services sont adressés aux États, agences gouvernementales ou de coopération, organisations sous-régionales et internationales, ainsi qu’au secteur privé, national et international.
Pour le compte des États et organisations, nos interventions portent surtout sur les réformes des cadres législatif, réglementaire ou institutionnel, les diagnostics sectoriels, les études de filière, la formation et le renforcement des capacités.
Les services offerts au secteur privé couvrent l’identification et l’évaluation d’opportunités, la due diligence (vérifications faites par l’acquéreur ou l’investisseur potentiel avant une transaction, ndlr), le conseil stratégique, la résolution de litiges, l’assistance technique pour des travaux de recherche ou de développement minier, l’évaluation environnementale et la formation continue.
Le cabinet Geomin est aujourd’hui reconnu comme un des leaders en Afrique de l’Ouest dans la fourniture de services d’études et de conseil dans secteur minier.

Comment a évolué le secteur minier au Sénégal ces dix dernières années, et qu’est-ce qui a permis cette évolution ?

L’adoption du Code minier de 2003 a sans aucun doute joué un rôle décisif dans le développement du secteur observé ces dix dernières années au Sénégal, et ce grâce à la mise en place d’un cadre juridique, fiscal et douanier incitatif stabilisé.
Ce développement est surtout marqué par une diversification vers l’or, le zircon et le titane qui ont attiré l’essentiel des nouveaux investissements, mis à part le sous-secteur de la cimenterie qui a connu également une expansion remarquable avec le doublement des capacités et l’arrivée d’un troisième opérateur.

À quels défis est confronté le secteur minier national ?

Le défi du secteur minier sénégalais sera de continuer à tirer son épingle du jeu pour l’attraction des ressources financières, dans un contexte de baisse drastique du budget mondial d’exploration – qui, pour les non ferreux, a chuté de 66,4 % entre 2012 et 2016, passant de 20,5 milliards de dollars à 6,89 milliards pour un total de 1 580 compagnies minières.
A priori, la plupart des projets miniers devraient pouvoir lever les fonds nécessaires à leur développement et à la mise en exploitation de leurs gisements, car ils sont régis par des contrats attractifs qui ne sont pas remis en question par les nouveaux textes en raison des clauses de stabilisation des régimes juridique, fiscal et douanier qu’ils contiennent. C’est du reste la tendance indiquée par le classement 2017 des pays africains pour la répartition du budget annuel d’exploration du continent (1,08 milliards de dollars) publié par S&P Global Market Intelligence, où le Sénégal occupe la 8e place (4,8 %), derrière, entre autres, le Burkina Faso (10,4 %), la Côte d’Ivoire (7,3 %), le Mali (7,1 %) et le Ghana (6,9 %), et devant la Guinée (2,9 %) et la Mauritanie (2,2 %).
En réalité, vu sous l’angle de la « taille géologique », le Sénégal surclasse tous les pays du continent en matière d’investissement en exploration minière.

Pourquoi la Guinée ou la Mauritanie peinent-elles à encourager les investisseurs miniers à venir s’implanter ?

Selon toute vraisemblance, le rang mitigé de ces pays miniers dans le classement S&P Global Market Intelligence serait lié à un déficit d’attractivité. Parmi les causes relevées par les analystes on note les problèmes d’insécurité juridique, un manque de transparence, et plus spécifiquement, en Mauritanie, un risque sécuritaire jugé encore élevé, malgré les progrès enregistrés.

Quelle est selon vous à ce jour la plus belle réussite au Sénégal ?

À mon avis, la plus belle réussite du secteur minier sénégalais est d’avoir pu se diversifier de manière remarquable, tant au plan des ressources explorées et exploitées qu’à celui de l’origine et du profil de ses investisseurs, mais également d’avoir pu tirer jusqu’ici son épingle du jeu dans la répartition des budgets dédiés à l’Afrique. Et cela, encore une fois, est le résultat de l’adoption en 2003 d’un cadre légal attractif.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 13