Feuilles de route

Corridor Congo-Tchad : l’union fait la force

Un axe routier, baptisé « Corridor 13 », devrait relier le Congo au Tchad, en passant par la RDC et la Centrafrique. Les quatre pays bénéficieront ainsi d’une voie de circulation moderne, susceptible d’améliorer leurs économies respectives.

Par Flore Thumm - © Shutterstock - R_D_R

Le 8 mai, les experts de la Banque africaine de développement (BAD), de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), et cinq ministres représentant le gouvernement congolais ont débattu à propos de deux projets intégrateurs en Afrique centrale. Ceux-ci ont été imaginés dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement en Afrique centrale (Nepad-AC), dont l’Agence de planification et de coordination a été créée en 2010 pour s’occuper des programmes et projets en cours.
Lors de cette réunion, le premier objet des débats a concerné la création d’un pont route-rail sur le fleuve Congo, reliant Brazzaville et Kinshasa, ainsi que ses raccordements. Le deuxième projet au cœur des discussions a été la construction d’une route moderne longue de 1 200 km, baptisée « Corridor 13 ». Elle reliera les villes de Brazzaville au Congo et Ndjamena au Tchad, en passant par Kinshasa en RDC et Bangui en Centrafrique.

Favoriser les flux

L’intérêt d’un corridor en Afrique semble évident quand on sait que, selon la plupart des économistes, les coûts élevés des échanges sont la cause principale du retard du continent africain en matière de commerce. Ce problème est essentiellement lié à l’enclavement de certaines régions. Financé par le fonds Africa50 de la BAD ainsi que par la CEEAC, le Corridor 13 devrait favoriser la circulation des biens et services des quatre pays concernés, et ainsi permettre leur développement économique et social.
Et ces régions en ont grand besoin : le secrétariat général de la CEEAC a établi que les flux économiques et commerciaux de ses pays membres représentaient actuellement moins de 5 % du total de leurs échanges, selon un article du magazine Les Afriques publié fin juin. La création du Corridor 13 est donc d’une importance capitale – d’autant plus que les flux d’investissements directs étrangers vers l’Afrique ont chuté à 42 milliards de dollars en 2017, d’après le « Rapport de l’investissement dans le monde » de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced).
Mais, selon la même source, les échanges interafricains devraient augmenter d’environ 20 % en 2018. Cette reprise serait notamment due aux efforts entrepris par les pays concernés pour créer une coopération interrégionale renforcée. C’est justement dans cette perspective que s’inscrit le projet du Corridor, l’établissement d’une interdépendance entre les quatre pays devant répondre au besoin d’intégration dans la sous-région. Le choix de la zone est également mûrement réfléchi : selon l’Union africaine, l’Afrique centrale est la moins intégrée du continent concernant les flux de personnes et de biens. Des mesures communautaires rendent difficile l’accès au passeport, et les États ont parfois cherché des solutions pour les outrepasser ; mais c’est bien le manque d’infrastructures qui est la principale entrave à la circulation des hommes et des marchandises.

Accès à la voie maritime

La Centrafrique et le Tchad, qui sont deux pays de l’hinterland, utilisent le port de Douala, au Cameroun, comme principal point de desserte. C’est d’ailleurs un lieu clé en Afrique centrale par lequel passent la plupart des échanges commerciaux. Grâce au Corridor 13, les deux nations pourront également profiter des ports de Brazzaville et Kinshasa, qui débouchent sur le fleuve Congo.
Dans le cadre du projet, des mesures ont été prises pour sécuriser ce dernier et en faire une voie de passage de premier choix. Le bassin ainsi que ses deux principaux affluents – l’Oubangui et le Sangha – ont donc été explorés en 2015 par des experts. Des relevés hydrauliques et hydrométriques y ont été réalisés dans le but de produire des cartes de navigation avec de multiples informations, telles que la profondeur de l’eau, le balisage, etc. Ceci dans le but de faciliter la navigation sur le fleuve. Un autre des objectifs était de trouver la cause de l’ensablement, problématique récurrente dans la région. Les précautions prises pour assurer la bonne réalisation du projet ont permis son approbation par les gouvernants des pays traversés. Le 20 février, à Kinshasa, le Ministre des Finances de la RDC ainsi que le gouverneur de la BAD ont signé les requêtes nécessaires à la réalisation du Corridor 13 et à la navigation sur le fleuve Congo et ses affluents – les autres États concernés s’étant déjà acquittés de cet exercice.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 13