Culture

Jocelyne Beroard : la diva du zouk

L’ambassadrice du zouk, la chanteuse martiniquaise Jocelyne Beroard, a contribué avec son groupe Kassav à répandre la musique antillaise dans le monde entier.

Par Flore Thumm - © AFP - 2014 GETTY IMAGES

L’on a pu entendre la voix de Jocelyne Beroard lors de la 19e édition du festival Terre de blues sur l’île Marie-Galante, qui s’est déroulé du 18 au 21 mai derniers. La chanteuse tenait une place de choix au sein de cet évènement qui attire chaque année près de 15 000 personnes. Le Festival 2018, qui avait pour thème « Fanm doubout », était dédié aux femmes et à leurs combats pour l’égalité des sexes ; aussi beaucoup d’artistes féminines incarnant la force et la vitalité étaient-elles invitées. En ce printemps célébrant le 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, l’art fut célébré en un endroit symbolique, à l’emplacement d’une ancienne sucrerie. Et Jocelyne y a par exemple chanté « Eti La Yo Yé », un titre dédié aux ancêtres. Rappeler aux gens l’histoire des îles Caraïbes est aussi source de motivation pour la chanteuse.

Une carrière en groupe et une en solo

Arrivée à Caen à l’âge de 18 ans pour poursuivre des études de pharmacie puis dans les beaux-arts, la jeune Jocelyne va finalement s’orienter vers une tout autre carrière. En effet, après quelques semaines passées en Jamaïque afin de travailler pour le producteur Lee Scratch Perry, elle chante en 1980 avec le groupe Kassav, tout d’abord en tant que choriste – période qui marque le début d’un tournant dans sa vie. Elle interprète initialement un unique titre, « Soley », avant d’intégrer officiellement la troupe trois ans plus tard.
En 1986 Jocelyne décide de se lancer dans une carrière solo, et obtient un double Disque d’or pour son album Siwo et son single « Kolé séré », chanté en duo avec Philippe Lavil. Ce qui lui vaut le prestigieux titre de première personne antillaise à décrocher un Disque d’or en France. Depuis, elle est montée en solo sur de nombreuses scènes, comme celles du Zénith et de l’Olympia. On a pu par exemple la voir le 18 juin à La Cigale, à Paris. Et elle continue en parallèle à travailler au sein du groupe Kassav, dont elle est un des quatre chanteurs.

Kassav : les racines antillaises

Malgré son succès à l’international, Jocelyne Beroard n’a jamais cessé de prôner l’authenticité de ses productions musicales. Elle se bat pour la défense du patrimoine antillais. « Le zouk est multiple, avec différents tempos, il invite le rock, le funk, le reggae, la country, la biguine... tout en gardant son âme », lance-t-elle aux journalistes du Point Afrique en juin. « Beaucoup n’ont pas compris notre travail », se désole-t-elle, craignant que le zouk perde de sa richesse au fil des reprises. Et en effet, Kassav – qui vient du mot créole cassave (galette de manioc) – est considéré comme le créateur de ce style de musique. Il a su devenir l’un des groupes les plus influents du monde, jouant aux États-Unis, au Japon, et même en URSS où il fut le premier ensemble « noir » à se produire. Tout a commencé lorsque le musicien Pierre-Édouard Décimus a cherché à adapter la musique populaire de la Guadeloupe aux techniques musicales modernes. Les airs produits par Kassav mêlent plusieurs styles. Les rythmes viennent essentiellement du gwoka, instrument de percussion traditionnel de la Guadeloupe ; le makossa, issu des milieux populaires du Cameroun, est aussi utilisé dans plusieurs chansons.

Actrice et femme engagée

Celle qui est surnommée la « Diva du zouk » n’est pas uniquement connue pour ses chansons. Son premier essai au cinéma date de 1991, quand elle tourne dans le film Simenon et reçoit le Timi’s de la meilleure actrice Afrique-Antilles. Depuis, elle a joué de nombreux rôles dans des films et longs-métrages, comme Neg Mawon, Le Gang des Antillais, ou plus récemment en Le Rêve français et Passagers, sortis en 2017.
Si tourner pour le cinéma peut lui permettre de faire passer des messages, Jocelyne Beroard œuvre également en Afrique et en Haïti pour des causes humanitaires. Ainsi devient-elle marraine d’Enfance et Partage en Martinique en 1992. Elle est nommée quatre ans plus tard officier de l’ordre du Mérite par le Président du Sénégal Abdou Diouf, pour son engagement auprès des enfants défavorisés du pays. Jocelyne cumule d’ailleurs les titres reçus en reconnaissance de ses actions : elle est nommée chevalier de la Légion d’honneur en 1999, et officier en 2014. Forte de ses expériences, elle a également participé à de nombreux concerts à vocation caritative, comme par exemple à Abidjan où elle a chanté en 2014 dans le cadre d’un concert humanitaire en faveur de l’hôpital Mère-Enfant de Bingerville.