Edito

La manne pétrolière

Dimitri Friedman - © Shutterstock - Lukasz Z

Depuis octobre 2014, date de la première découverte de pétrole offshore, les acteurs du secteur de l’énergie au Sénégal (cf. notre dossier spécial) le proclament avec enthousiasme : le pays pourrait entrer dans le top 10 africain des producteurs de pétrole et de gaz. On parle de 100 000 barils par jour ! Dans la foulée de cet optimisme à tout crin, le pays de la Teranga attire les grandes compagnies pétrolières. BP, Total, Cairn Energy et, à n’en pas douter, d’autres opérateurs à venir se positionnent sur les champs et les blocs de Sangomar, Grand Tortue ou Rufisque. L’on sait les risques que cela comporte en matière d’environnement, de corruption et parfois de déstabilisation. Mais le Sénégal a besoin des compagnies étrangères pour assumer le risque d’exploration, car un forage peut coûter plusieurs dizaines de milliards de francs CFA.

Le Président Macky Sall a bien pris la mesure de ce mouvement, et oblige chaque major à s’associer avec la compagnie nationale Petrosen pour sécuriser l’exploitation de cette manne au mieux des intérêts du peuple sénégalais et de l’environnement. Le temps pour le pays, via Petrosen, de gagner en capacité financière et investir dans l’exploration. En filigrane, on peut lire la stratégie présidentielle qui se dessine à l’aune de l’échéance 2035 (Plan Sénégal émergent), et qui pourrait être effective plus tôt. En juin dernier, le Chef de l’État demandait que « chaque dollar qui reviendra au Sénégal [...] soit judicieusement utilisé ». En juillet, il enfonçait le clou en appelant le gouvernement à « bâtir une véritable économie du pétrole et du gaz et [...] élaborer, en relation avec le secteur privé national, une doctrine efficiente d’encadrement et de développement du contenu local ». Traduisez : au plus près des intérêts des entreprises et du peuple sénégalais. L’enjeu est énorme. Les économistes ont calculé que l’apport direct du secteur au budget de l’État (6 milliards de dollars par an) pourrait avoisiner les 20 %.

Les écueils de ce type de cadeau du ciel sont bien connus, et d’autres pays sur le continent, comme l’Angola ou le Gabon, s’y sont échoués. Le principal repoussoir étant l’installation dans une économie de rente en délaissant d’autres secteurs. Les réserves pétrolières sont pour le moment évaluées à une trentaine d’années et le Président doit faire vite pour cantonner cette exploitation dans les limites contraignantes de la loi. Dans ce sens, il a déjà instauré un arsenal pénal pour lutter contre la corruption.