Paroles et Portraits

Général Cheikh Gueye, Chef d’état-major général des forces armées du Sénégal

Le Sénégal a à faire face à de nombreux défis militaires et de maintien de l’ordre. Par son parcours et son engagement, le général Cheikh Gueye possède tous les atouts pour mener à bien ces missions.

Par Dimitri Friedman - © DR

L’une des tâches les plus importantes du Chef d’état-major général des armées (CEMGA), mais probablement la moins connue, sera d’unifier les stratégies militaires du Sénégal en une doctrine. En l’absence d’un document écrit, d’un livre blanc sur la stratégie de sécurité nationale, les problèmes qui se posent au pays risquent de n’être traités que de manière séparée. Exemple ? Le conflit de basse intensité qui oppose depuis longtemps les autorités centrales aux séparatistes du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) a des liens étroits avec les pays voisins, la Guinée-Bissao et la Gambie, partageant les mêmes groupes ethniques Diola que la Casamance. Or les bonnes relations entre le Sénégal et ses voisins sont dans une certaine mesure déterminées par la confrontation avec ce mouvement sécessionniste. Bien sûr, le discours officiel sur ce sujet est nuancé depuis que le Président Macky Sall a signé un accord de paix avec les dirigeants du MFDC. Il n’empêche, le massacre de Boffa Bayotte en Basse-Casamance en janvier (14 coupeurs de bois abattus de sang-froid) montre que des forces irrédentistes sont toujours sous-jacentes en Casamance. « Ce qui est important pour nous, c’est, au-delà de ces criminels qui ont eu à commettre cet acte, de nettoyer cette zone pour que les populations puissent faire normalement leur travail », déclarait le CEMGA lors d’une visite sur les lieux au lendemain de la tuerie. Une opération soutenue par l’armée de Guinée-Bissao qui a vite bouclé sa frontière pour empêcher les tueurs de s’échapper…
S’agissant des défis qui se posent au Sénégal dans la politique de sécurité de l’Afrique de l’Ouest, Cheikh Gueye quadrille large : « Nous devons participer à la sécurité intérieure du Sénégal, ce qui est normal, mais le 2e volet de notre mandat c’est la participation à la sécurité collective, au niveau sous-régional dans le cadre de la Cedeao, au niveau de l’UA et au niveau des Nations unies. Nous avons le défi de maintenir les capacités de défense de nos armées », déclarait-il lors d’une interview au Geneva Centre for Security Policy (GCSP) en septembre. Qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas uniquement de la rhétorique servie après les évènements survenus ces deux dernières années, et l’on comprend mieux les multiples challenges auxquels ont à faire face les forces armées sénégalaises quand on connaît leur engagement aux côtés de la Minusca en République centrafricaine, notamment à Bangassou, dans le sud-est du pays. Le 4 avril, les policiers et militaires sénégalais étaient d’ailleurs à l’honneur lors d’une cérémonie de remise de médailles à Bangui pour les services rendus par le contingent du pays de la Teranga dans le maintien de la paix. Mais, a poursuivi le CEMGA, « l’autre défi [auquel nous devons faire face] est d’harmoniser au niveau de la quinzaine de pays de la Cedeao nos doctrines militaires et travailler sur l’interopérabilité ». Entendez par là, et ce n’est pas l’un des moindres chantiers, harmoniser la transmission des informations entre les espaces lusophone, anglophone et francophone de la sous-région.

L’homme de la situation

Le général Cheikh Gueye a pris ses fonctions à l’âge de 57 ans, après que le Président Macky Sall l’a nommé à la tête des armées en janvier 2017. Né près de Coki – dans la région de Louga, au nord-ouest –, petite ville célèbre pour son école coranique et haut lieu de la résistance à la conquête coloniale au XIXe siècle, il est issu de l’infanterie. Sa carrière est marquée par plusieurs actions concrètes dans le sud du pays, une expérience onusienne et la fréquentation du monde de la politique lors de ses passages à la présidence. Sa promotion rapide illustre la volonté du Président de récompenser les officiers qui ont servi sur le terrain. De fait, il faut voir dans cette arrivée au sommet des responsabilités militaires du pays, le couronnement d’une carrière bien remplie au service de l’État. Le cursus de Cheikh Gueye est irréprochable. Qu’on en juge : il a été formé à l’Académie royale militaire de Meknès (Maroc), a suivi les cours de l’École supérieure de guerre en Allemagne, et parle couramment l’allemand. Il est le second CEMGA, après Abdoulaye Fall, à avoir ce cursus. En 2004, il a suivi les cours de l’École de maintien de la paix au Mali. Ses états de service sont aussi étoffés. Il a servi notamment dans le sud dans les années 1995-1996, comme adjoint des opérations au Groupement en renforcement à Zinguinchor. En RDC (2005), il a été chef des opérations à la mission des Nations unies. En 2013, le voilà chef d’état-major de l’armée de terre ; en 2015, chef d’état-major particulier du Président de la République ; avant d’accéder en 2017 à la tête des forces armées. Autant dire que son expérience est protéiforme. Cheikh Gueye est donc un pur produit de ce pays fort, qui n’a jamais connu de coup d’État militaire contrairement aux autres nations de la sous-région, et qui possède des institutions démocratiques solides. Nul doute qu’il saura unifier les stratégies sur différents fronts en une doctrine achevée.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 14