Investigation

Embellie économique : des pays pétroliers à la peine

Alors que le cours du baril de pétrole est à la hausse, les pays producteurs africains entr’aperçoivent la sortie d’une crise qui en quatre ans a mis à mal leur économie. Mais ils ne sont pas pour autant tirés d’affaire.

Par Clément Airault - © Shutterstock - TERESHCHENKO DMITRY

En 2014, avec la chute brutale du baril de pétrole (à moins de 30 dollars), pas un pays producteur de pétrole n’a été épargné. Et si les États du Golfe, disposant de réserves immenses (900 milliards de dollars en 2015 pour l’Arabie saoudite), se sont accommodés du déficit de leur PIB, il n’en fut pas de même pour ceux moins bien dotés financièrement. En Afrique subsaharienne, beaucoup n’ont eu d’autre choix que de réduire leurs dépenses, et emprunter.

Cruelle dépendance

En Afrique centrale, à l’exception du Cameroun, tous les États pétroliers sont dépendants des recettes tirées de la fiscalité pétrolière. Celles de la République du Congo se sont effondrées dès 2015. Entre 2014 et 2016, la baisse des revenus pétroliers fut d’environ 1 400 milliards de FCFA, ce qui a mis un frein à la politique de grands travaux initiée par Denis Sassou N’Guesso. Le pays tout entier a été affecté. Et aujourd’hui encore, les salaires des fonctionnaires tardent à être versés. Malgré ses demandes initiées en mars 2017, le Congo n’a toujours pas réussi à obtenir de financement de la part du FMI. Face à ce blocage, le Président congolais sollicite, encore et toujours, la Chine.
La Guinée équatoriale souffre elle aussi du manque de devises, et l’Angola, dont la façade clinquante s’est largement fissurée, peine également à surmonter la crise. À Luanda, la chute du secteur pétrolier a entraîné celle du BTP, second secteur économique du pays et grand pourvoyeur d’emplois. L’État a donc dû, fin août 2018, faire appel au FMI. Le « miracle économique » promis par Joao Lourenço, élu l’an dernier, n’a toujours pas eu lieu…
Le Nigéria, géant économique et démographique (50 % du PIB d’Afrique de l’Ouest et 60 % de sa population totale) n’arrive pas non plus à sortir de la récession, même si la croissance économique est estimée cette année à 2,1 %. Pour faire face aux dépenses publiques, l’État a ponctionné les réserves de la Banque centrale qui ont fondu de 20 milliards de dollars en deux ans.
Partout où le pétrole était prépondérant, des cures d’austérité et et/ou des plans économiques du FMI ont été initiés. Au Gabon, Ali Bongo ne cesse de rappeler la nécessité de réaliser des économies : « Nous ne pouvons pas continuer à dépenser plus que ce que nous gagnons », jugeait-il le 17 août à l’occasion du 58e anniversaire de l’indépendance du pays.

Impossible diversification ?

Si le Ghana a mieux résisté à la crise que les autres pays producteurs d’Afrique subsaharienne, c’est parce que le pétrole est loin de constituer sa principale ressource. Accra est le 2e producteur africain d’or (42 % des exportations en 2017) et le 2e producteur mondial de cacao (19,7 % des exportations). La résilience face aux crises pétrolières réside donc dans la diversification.
Le Congo en a bien conscience. En devenant en juin dernier le 7e pays d’Afrique membre de l’OPEP, il espère bénéficier, dans ses efforts de diversification, du Fonds de l’OPEP pour le développement international (OFID). « En devenant membre de l’OPEP, évidemment, les choses [seront] plus simples pour notre pays qui a tant besoin de ressources pour développer son agriculture », expliquait à RFI le Ministre congolais des Affaires étrangères, Jean-Claude Gakosso.
Le Gabon a également pris une orientation agricole. En mai 2017, selon le site Gaboneconomie.net, le pétrole ne contribuait plus que pour 27 % du PIB (contre 45 % avant 2014). La raison ? L’État a misé sur l’huile de palme comme alternative à l’or noir, ainsi qu’en témoigne l’ouverture sur le territoire, en avril 2017 par le géant singapourien Olam, de la plus grande usine d’huile de palme du continent.
Quant au Nigéria, avec son Plan de relance économique et de croissance (2017-2020), il a mis l’accent sur six secteurs prioritaires, avec l’objectif de « guérir le pays de sa dépendance au pétrole », comme le précise un rapport la Banque africaine de développement.
Avant la fin de l’année 2018, le baril de pétrole pourrait de nouveau atteindre 100 dollars. Au Congo, après des années de vaches maigres, le gouvernement prévoit une hausse du budget de l’État de 44 % pour 2019 (en se basant sur un prix du baril à 70 dollars). En un sens, la hausse des cours devrait permettre de booster la croissance des États pétroliers, et leur offrir une marge de manœuvre budgétaire pour la poursuite des réformes structurelles visant à diversifier leur économie. Mais face à l’afflux des recettes pétrolières, les belles promesses de diversification économique pourraient ne pas faire long feu.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 14