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Macky Sall érige une stratégie durable

Il faudra encore patienter quelques années avant que les premières gouttes d’or noir ne jaillissent des puits de pétrole, mais le Chef de l’État a d’ores et déjà mis en œuvre sa stratégie de développement pour le pays, axée sur les énergies.

Par Clément Airault - © AFP - LINTAO ZHANG

Le pétrole : on ne parle que de cela dans tout le pays depuis la découverte, le 7 octobre 2014, de gisements de classe mondiale au large des côtes sénégalaises. La manne financière que cela représente pour la nation va incontestablement permettre de booster le développement du pays. La découverte d’or noir suscite également critiques, rumeurs et jalousies de la part de l’opposition politique, autant que l’inquiétude des associations de protection de l’environnement et de lutte contre la corruption.
Macky Sall, qui a fait de l’exploitation des hydrocarbures, et plus largement de l’énergie, la pierre angulaire du développement du Sénégal, a de longue date pris en compte la question dans son ensemble. Il a développé une stratégie claire, et cela bien avant d’être nommé Ministre des Mines et de l’Énergie, au début des années 2000, puis élu Président de la République, à partir de 2012.

Une économie pétrolière

« Nos performances seront encore meilleures quand l’exploitation prochaine des ressources pétrolières et gazières de notre pays viendra en appoint aux autres secteurs stratégiques pour amplifier la croissance et le développement », considérait le chef de l’État lors de ses vœux du Nouvel An 2016. Avec la mise en production des exceptionnels gisements SNE et Grand-Tortue - Ahmeyim (GTA) – ce dernier étant partagé avec la Mauritanie, cf. encadré) –, le Sénégal peut en effet imaginer l’avenir sous un nouveau jour. Le potentiel estimé de ce bassin de classe mondiale est de plus d’un milliard de barils de brut, et 450 milliards de mètres cubes de gaz. « Ce qui est évalué est suffisant pour faire du Sénégal un eldorado gazier », assurait en mai 2017 Macky Sall. Selon les estimations, en juin 2018, de Mamadou Faye, directeur général de la Société des pétroles du Sénégal (Petrosen), l’exploitation des gisements d’hydrocarbures SNE et Grand-Tortue devrait permettre au Sénégal de tirer des revenus estimés à 150 milliards de dollars (soit environ 84 milliards de FCFA).
Force est de constater que le pays se prépare à devenir un État pétrolier. Lors du conseil des ministres du 4 juillet, le Président de la République a demandé aux équipes gouvernementales de tout mettre en œuvre pour « bâtir une véritable économie du pétrole et du gaz et élaborer, en relation avec le secteur privé national, une doctrine efficiente d’encadrement et de développement du contenu local ».

Un mot d’ordre : transparence

Pas un pays producteur de pétrole sur la planète n’a été épargné par les affaires de corruption, véritable « malédiction », mais Macky Sall entend bien être l’exception qui confirme la règle. La question de la transparence est centrale pour le Chef de l’État. « Ces ressources feront l’objet d’une gouvernance rigoureuse et transparente, pour le bénéfice des générations actuelles et futures », déclarait-il dans son adresse à la nation, à la veille du Nouvel An 2017. Depuis, les discussions se sont intensifiées sur le sujet.
Lors de la Concertation nationale autour de la gouvernance transparente et durable des ressources pétrolières et gazières, ayant eu lieu le 12 juin au Centre international de conférences Abdou-Diouf (Cicad) de Diamniadio, un certain nombre de recommandations ont été émises. Durant les consultations, le Chef de l’État sénégalais avait demandé au Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz (COS-Pétrogaz) de poursuivre les échanges avec tous les segments de la société, afin de pouvoir finaliser de manière « consensuelle » le projet de loi d’orientation relative à la gestion des ressources pétrolières et gazières.
Le 2 octobre, un communiqué de Petrosen annonçait la mise sur le marché de deux nouveaux blocs, Sénégal offshore sud (SOS) et Sénégal offshore profond (SOSP). Et pour la première fois, la procédure s’est organisée selon un appel d’offres. Il faut dire que les conditions dans lesquelles les premières licences avaient été accordées étaient relativement opaques et avaient suscité de nombreuses critiques envers le gouvernement.
À l’avenir, selon le Code pétrolier en cours de rédaction, « les blocs seront cédés par appel d’offres », a assuré le Président de la République lors des assises nationales sur les ressources naturelles de juin dernier. Il entend ainsi donner des gages de sa bonne gouvernance à ses détracteurs. Ceci est d’autant plus important que le pays prévoit d’attribuer des licences pour une dizaine de nouveaux blocs, une fois que le cadre réglementaire renforcé sera entré en vigueur. C’est ce qu’a précisé le directeur de Petrosen à la conférence Africa Oil & Power qui s’est tenue du 12 au 14 septembre au Cap (Afrique du Sud).
Macky Sall continue sa croisade pour la transparence. Ainsi le 31 octobre, à Dakar, il a jeté un pavé dans la mare, lors de l’ouverture de la conférence africaine de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), sur la transparence de la propriété effective. Il a en effet demandé que soient révélés les noms des bénéficiaires effectifs en Afrique des sociétés extractives.

Un avenir durable

Le Sénégal est en passe de devenir un pays producteur de pétrole, à l’heure de la raréfaction des ressources primaires, des grandes causes environnementales et des inquiétudes sur le réchauffement climatique. Le pays est d’ailleurs signataire des accords sur le climat de la COP21 de Paris. C’est une chance. En effet, à la différence de bon nombre d’États africains producteurs de pétrole embourbés dans une monoproduction et une dépendance extrême à l’or noir, le Sénégal sait qu’il doit jouer la carte du mix énergétique.
Macky Sall a fait des énergies renouvelables l’un des points forts de sa politique. La mise en service des centrales solaires de Bokhol (Senergy 2) et de Malicounda en 2016, de Santhiou Mékhé en 2017, puis de Ten Merina le 16 janvier 2018 fait incontestablement du pays l’un des leaders de la région en termes de production d’énergies renouvelables, avec plus de 100 MW pour le photovoltaïque. Cette ressource a permis au Président de la République de faire baisser le prix de l’électricité de 10 % depuis janvier 2017. Selon le gouvernement, cette décision a amélioré le pouvoir d’achat des ménages de 30 milliards de francs CFA additionnels.
S’il a cherché depuis le début de son mandat à maximiser l’exploitation des hydrocarbures, le Président n’en a pas pour autant oublié les urgences. Avec le renforcement des capacités de production et de commercialisation des hydrocarbures et de l’électricité, le pouvoir d’achat des Sénégalais ne peut qu’augmenter. Aux yeux de Macky Sall, le pétrole et le gaz, au même titre que l’électricité, sont des outils de développement, et non une finalité purement financière. « Notre sous-sol est généreux mais le pétrole que nous produirons n’est pas une ressource renouvelable et les barils ne seront jamais remplacés. Chaque dollar doit être judicieusement utilisé », déclarait-il le 12 juin, à l’occasion de la Concertation nationale sur la gestion des recettes issues de l’exploitation du pétrole et du gaz.
L’état de la production et de la distribution énergétiques sur le territoire était en 2012 catastrophique. La situation s’est largement améliorée. Jusqu’en 2014, le plan Takkal (« allume-toi » en wolof), conçu par le précédent gouvernement, a été maintenu. Par la suite, des moyens considérables ont été débloqués afin de financer l’électrification rurale ; 159 milliards de FCFA ont été mobilisés entre 2012 et 2017 : 43 milliards pour le Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC), et 116 milliards pour l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) dans le cadre du Programme national d’urgence d’électrification rurale (PNUER). Depuis 2017, un nouvel objectif a été fixé, à savoir atteindre 60 % d’électrification dans le pays, pour enfin obtenir l’accès universel à l’électricité en 2025. L’objectif est ambitieux mais l’électrification rurale est une priorité nationale. Pour y parvenir, Macky Sall peut compter sur ses partenaires. À titre d’exemple, le 30 octobre, un contrat d’électrification d’un montant de 120 millions d’euros a été signé avec l’Allemagne dans le cadre du Compact With Africa (CwA) ; il permettra d’électrifier 300 villages. Progressivement, la stratégie énergétique pensée par Macky Sall se déploie et porte ses fruits. Et lorsque les premières gouttes d’or noir jailliront des forages, le Sénégal pourra tirer un premier bilan.

Les États-Unis participent au financement de l’énergie au Sénégal

Le Premier ministre sénégalais Mahammed Boun Abdallah Dionne et le Secrétaire d’État américain Michael Pompeo ont signé le 10 décembre dernier à Washington DC le second programme Compact du Millennium Challenge Corporation (MCC). « Les efforts soutenus du Sénégal pour respecter les critères d’éligibilité stricts du MCC portent leurs fruits sous la forme d’un rare second Compact », s’est félicité Michael Pompeo.
D’un montant de 600 millions de dollars (plus de 347 milliards de francs CFA), ce financement sera exclusivement consacré au secteur de l’énergie, et bénéficiera à 12 millions de personnes. Le Compact se compose de trois projets majeurs que sont : le projet de renforcement du réseau de transport de la Senelec, le projet d’élargissement de l’accès à l’électricité dans les zones rurales et périurbaines, et le projet pour un environnement porteur et le développement des capacités du secteur de l’électricité.