A la une

Focus sur les opérateurs d’électricité du Sénégal

L’État sénégalais a choisi de faire appel au secteur privé pour électrifier l’ensemble du territoire, divisé en dix zones. Vingt ans après la modification du cadre réglementaire, les résultats sont là.

Par Clément Airault - © Shutterstock - PAN DEMIN

La loi d’orientation n° 98-29 du 14 avril 1998, qui fixait un nouveau cadre institutionnel et réglementaire au secteur de l’électricité, fut un jalon majeur.

Modifier le cadre

Tout à sa volonté d’assurer l’accès universel à l’électricité à l’horizon 2025, l’État sénégalais a compris qu’il ne pouvait atteindre cet objectif seul ; d’où la nécessité de réviser le cadre légal et réglementaire du secteur de l’électricité, qui n’avait pas été modifié depuis le décret n° 84-1128 du 4 octobre 1984 portant réglementation de la production, du transport et de la distribution de l’énergie électrique.
Les modifications introduites en 1998 avaient pour but d’attirer des investisseurs privés à même de développer le secteur et d’introduire de la concurrence sur le marché. Cette loi a apporté de nombreuses innovations, parmi lesquelles la mise en place d’un organe de régulation indépendant, la Commission de régulation du secteur de l’électricité (CRSE, cf. encadré), ainsi que la création de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER).
Vingt ans plus tard, le paysage du secteur de l’électricité n’est plus le même. Si la Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec), qui est l’opérateur historique, a conservé le monopole du transport sur l’ensemble du territoire, elle a perdu ses prérogatives concernant la production, la distribution et la vente de l’énergie électrique. Elle reste toutefois le plus important distributeur du pays avec une production totale de 3 920,54 GWh en 2017.

CER

Pour atteindre ses objectifs, l’État a lancé des appels d’offres internationaux afin d’attribuer des concessions à des opérateurs indépendants privés. En dehors du cas spécifique de la Senelec, et de celui de la société Eskom Énergie Manantali (EEM) – en charge de l’exploitation et la gestion des ouvrages électriques de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) –, plusieurs sociétés ont obtenu des Concessions d’électrification rurale (CER) – une dizaine sur le territoire.
Les opérateurs sélectionnés ont « la responsabilité des études techniques, de l’acquisition et de l’installation des équipements d’approvisionnement, l’opération, la maintenance et le renouvellement, aussi de la facturation et la gestion de la clientèle sur la durée de la concession (25 ans) », comme le précise la CRSE sur son site internet. Ces concessions constituent le cadre de mise en œuvre des programmes prioritaires d’électrification rurale de l’État, « avec la possibilité de soutenir des projets d’Électrification rurale d’initiative locale (ERIL) portés par les opérateurs locaux ». Six des dix CER ont déjà été attribuées par l’État dans le cadre de PPP.
Depuis 2008, la Compagnie Maroco - Sénégalaise d’électricité (Comasel) est chargée de l’électrification rurale des zones Saint-Louis-Dagana-Podor et Louga-Linguère-Kébémer. Fin 2010, c’est Énergie rurale africaine (ERA), née du partenariat entre le géant français EDF et la compagnie privée sénégalaise Matforce, qui obtenait la concession Kaffrine-Tambacounda-Kédougou, avec la mission de fournir de l’électricité à 180 000 personnes, notamment au moyen de kits photovoltaïques.
En 2012, le groupement sénégalo-espagnol Enco-Isofoton a signé un contrat avec l’État afin d’électrifier la zone Kaolack-Nioro-Fatick. L’année suivante, cette même société obtenait le droit d’électrifier la zone Kolda-Vélingara, comprenant 20 500 villages. L’énergie solaire a, là encore, été privilégiée. Quant à la société SCL Énergie Solutions SA, elle est en charge de la concession de la station balnéaire de Mbour. Les autres CER ont provisoirement été confiées à des Gestionnaires délégués transitoires (GDT).

Limites

Vouloir électrifier l’ensemble des villages ruraux est une intention louable, et semble déjà porter ses fruits. Quelques ajustements restent cependant nécessaires. En effet, le tarif du kilowattheure fixé par certains concessionnaires en milieu rural est plus élevé que celui proposé par la Senelec dans ses concessions situées en zones urbaines. À ce sujet, la Comasel est montrée du doigt. Afin de réduire les disparités, une harmonisation des prix devait entrer en vigueur en avril 2018. Mais alors que les tarifs de la Senelec ont encore baissé, comme cela a été annoncé le 21 septembre, l’harmonisation n’était pas encore à l’ordre du jour début novembre.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 14