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Mouhamadou Makhtar Cissé - Senelec

La Senelec peut s’enorgueillir d’un atout de taille. Son directeur général. Il s’appelle Mouhamadou Makhtar Cissé. À 51 ans, l’homme allie une efficacité quasi militaire à une discrétion exemplaire.

Par Dimitri Friedman - © DR

Il faut croire que le plan stratégique mis en œuvre depuis plus d’un an (le plan Yeesal, « Rénover, transformer, reconstruire » en wolof) par Mouhamadou Makhtar Cissé a porté ses fruits. Rappelons que selon les mots mêmes du DG de la Société nationale d’électricité (Senelec), « les investissements importants contenus dans le plan stratégique vont permettre à la Senelec d’être aux normes d’ici 2020 ». La promesse « ferme, rationnelle et raisonnable » est donc en passe d’être tenue. De fait, pour un pays qui a une économie encore dépendante de ses importations pétrolières, mais où les récentes découvertes de gaz et de gisements de pétrole changent radicalement le paysage énergétique, « grâce à la planification mise en place et les solutions de substitution, nous arriverons à avoir une production suffisante, assurer une meilleure qualité, mais surtout généraliser l’accès », assure Mouhamadou Makhtar Cissé. Mais qui est donc ce DG de cette entreprise majoritairement publique, vieille dame de plus de 50 ans, jouissant désormais d’un réel potentiel, tant dans la gestion que dans les ressources du pays ?

Le service de l’État

En langage trivial, celui qui déclarait : « En 2020, nous voulons faire de Senelec une entreprise performante, attractive, toujours au service de la satisfaction de ses clients et du développement économique, social et environnemental du Sénégal », fait le job. Avec efficacité.
À lire son CV, au premier coup d’œil on opterait pour un haut fonctionnaire mâtiné de grand technocrate multi-capé. Au service de l’État depuis 18 ans, il est titulaire d’une maîtrise en sciences juridiques, option droit des affaires, de l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar ; il a été membre du Barreau de Dakar pendant deux ans avant de réussir le concours d’entrée de l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM). Après deux ans de formation, il en est sorti avec le brevet d’inspecteur des Douanes, major de sa promotion. Il a tout logiquement occupé le poste de directeur général des Douanes de 2009 jusqu’à sa nomination à la Direction de la Senelec en juin 2015. En outre, Mouhamadou Makhtar Cissé est titulaire d’un DEA en droit privé, d’un DEA en sciences politiques et d’un master en finance et gestion publiques. Ajoutez à cela que notre chevalier dans l’ordre national du Mérite sénégalais est issu du Prytanée militaire de Saint-Louis, où il a obtenu son brevet de préparation militaire supérieure, son brevet de parachutiste, et vous aurez un tableau quasi complet de la gamme des compétences dont il pourrait se targuer, s’il n’était d’une exemplaire modestie. Voilà pour la formation.
Mais l’homme originaire de Dagana, au nord du Sénégal, sur le fleuve du même nom dans la région de Saint-Louis, à la frontière mauritanienne, a aussi hérité de quelques qualités sahéliennes, parmi lesquelles l’abnégation, la retenue et la rigueur. À peine nommé en 2015, par exemple, il a montré qu’il avait non seulement le sens du service de l’État, mais aussi celui du bien commun en demandant un surcroît d’investissement de 19 milliards de FCFA pour la location de groupes électrogènes, car « ne voulant pas prendre le risque de commencer [à son nouveau poste] par des délestages ». Un service aux consommateurs qu’il ne faut pas prendre pour du laxisme. Il est revenu récemment sur son mode de management à la tête de la Senelec. Pour expliquer son intransigeance envers les mauvais payeurs, Mouhamadou Makhtar Cissé, réputé pour sa fermeté, a déclaré dans les colonnes du quotidien L’As : « Je ne suis pas méchant. Je suis seulement rigoureux et intransigeant avec les intérêts de la Senelec. Ceux qui peuvent payer n’ont qu’à payer. » Il faut dire que le vol d’électricité coûte annuellement 25 milliards de FCFA à la Senelec, soit une grosse perte pour la société qu’il dirige.

Un budget bien équilibré

Ainsi, aime-t-il à rappeler qu’en 2011, l’État mettait la main à la poche pour subventionner la Senelec à hauteur de 103 milliards de FCFA, pour une perte de… 5 milliards.
Cette perte atteindra 9 milliards en 2012. Un an après sa nomination, le bénéfice atteignait 30 milliards de FCFA. Même si on n’attribue pas tout le mérite de cette remontée au DG, force est de constater qu’il y a un « effet » Makhtar Cissé dans la gestion de l’entreprise. Pour preuve, « on est passé de 38 jours sans avoir de courant en 2012, à 3 jours aujourd’hui, avec comme objectif de réduire à 24 heures d’ici 2020 ».
Les opérateurs internationaux pour leur part ont adoubé la nouvelle politique. En avril 2018, la Senelec a obtenu un appui financier de taille pour le développement et la consolidation de son réseau de transport et de distribution de l’électricité : BNP Paribas et Vinci Énergies ont mis à sa disposition une enveloppe de 197 millions d’euros, soit 130 milliards de FCFA.
Les projets de la Senelec sont à la mesure de ses nouveaux moyens. Comme le dit le DG : « [Pour ce qui est des énergies renouvelables], aujourd’hui, nous avons 40 MW de solaire, nous aurons trois autres centrales qui seront inaugurées à la fin de l’année. En fin 2017, nous avions 21 % de notre parc de production avec de l’énergie propre, de l’énergie solaire. La statistique moyenne mondiale en termes de renouvelable c’est 5 %, la France est à 15 %. On dépasse le Maroc qui est à 18 % en 2018. On ne sera pas loin de 30 % en énergie renouvelable. » S’agissant du coût : « C’est ce type de diversification qui permet de baisser le coût de l’énergie. Nous voulons nous inscrire dans une baisse structurelle, pas dans une baisse conjoncturelle. On n’a pas suivi le coût du baril de pétrole. Si on l’avait suivi, peut-être que la baisse aurait pu être plus importante, mais elle aurait
Gageons qu’avec le lancement réussi de l’emprunt obligataire par appel public à l’épargne dénommé « Senelec 6,5 % 2018-2025 » sur le marché financier régional de l’Uemoa, pour un montant de 38,25 milliards de FCFA, 2019 devrait être une année faste pour l’entreprise et son DG. Une confiance des investisseurs saluée par Mouhamadou Makhtar Cissé d’une boutade : « La vieille Senelec rassure. » Cette levée de fonds devrait lui donner les moyens de son ambition.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 14