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Le Sénégal expérimente le Bus Rapid Transit

Après le projet du Train express régional (TER), qui constitue un véritable bond technologique, le gouvernement sénégalais s’est doté d’un système de Bus Rapid Transit (BRT) sur voies réservées comme solution à la mobilité durable dans la ville de Dakar.

Par Pius Moulolo - © DR

Le Ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement Abdoulaye Daouda Diallo a procédé le 18 septembre dernier au lancement officiel du Bus Rapid Transit (BRT). La cérémonie s’est tenue en présence de Louise Cord, représentante-résidente de la Banque mondiale au Sénégal, et Philippe Brown, de la Banque européenne d’investissement (BEI). Lors du conseil des ministres qui avait eu lieu au mois de juillet, le Président Macky Sall invitait déjà le gouvernement « à lever toutes les contraintes administratives et financières, afin d’engager, dans les meilleures conditions, le démarrage des travaux de la phase pilote du projet de transport collectif BRT ».
En janvier 2017, le Conseil exécutif des transports urbains de Dakar (Cetud), qui assure la maîtrise d’ouvrage de ce projet, a livré les études d’impact environnemental et social, avec le concours des bureaux d’études SCE Aménagement & Environnement et Safege (ingénieurs conseils). Des études technico-financières ont également été menées par l’Agence de gestion des routes (Ageroute) en vue de garantir la faisabilité du projet. De l’avis du directeur général du Cetud Thierno Birahim Aw, « la région de Dakar est caractérisée par une forte densité urbaine avec 3,5 millions d’habitants aujourd’hui (et une projection de 5 millions d’habitants à l’horizon 2030) sur une superficie correspondant à seulement 0,3 % du territoire national. Avec un taux d’accroissement moyen annuel de la population de près de 3 %, ajouté à l’augmentation du taux de motorisation des ménages, le volume des déplacements, notamment motorisés, sera doublé dans un horizon de 20 ans. »

Un projet novateur par excellence

Combinant vitesse de métro et flexibilité d’un système de bus classique, le Métrobus/BRT permettra, dans la région de Dakar, de relier la gare routière Petersen (dans le centre-ville) à la préfecture de Guédiawaye (au nord) en 45 minutes au lieu de 90 minutes actuellement. Le projet porte sur un total linéaire de 18,3 km couvrant 14 communes, 23 stations et 3 pôles d’échanges. Avec un volume record de 300 000 personnes transportées quotidiennement, le BRT permettra de décongestionner la métropole, en proie à des embouteillages interminables. Le projet a d’ailleurs été salué par la représentante de la Banque mondiale, qui pense qu’« en réduisant le temps de trajet, le BRT va aussi permettre à 69 % des résidents de Dakar d’accéder au centre-ville en moins d’une heure en transports publics, contre 57 % aujourd’hui ».
En plus de la réduction des coûts liés au transport et de l’amélioration du confort des voyageurs, le projet Métrobus s’inscrit dans la stratégie de développement durable du Sénégal. En misant sur la réduction des gaz à effet de serre et l’adoption de modes de consommation moins polluants, le projet BRT s’impose comme le seul engagement du pays dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat de 2015. Le Sénégal compte ainsi expérimenter une première flotte de 144 bus articulés, équipés de motorisations à consommation hybride ou électrique, ainsi que du diesel répondant aux standards internationaux. Le projet du Métrobus prévoit également un système de transport intelligent, des terminaux de transbordement avec panneaux solaires et des instruments de mesure de la qualité de l’air.

Démarrage imminent des opérations

D’un coût estimatif de 296 milliards de FCFA, le Métrobus a bénéficié du concours financier de bailleurs de fonds multilatéraux. « À cette date, le BRT est le plus grand projet financé par la Banque mondiale au Sénégal, avec un investissement de 300 millions de dollars de l’IDA approuvé en mai 2017, un appui-conseil de la SFI pour le recrutement de l’opérateur qui investira à hauteur de 54 millions de dollars, une subvention de 35 millions de dollars attendue du Fonds vert pour le climat, ainsi qu’un prêt de 80 millions de la BEI », expliquait Louise Cord à l’occasion du lancement du projet. Le gouvernement sénégalais contribue à hauteur de 15 millions de FCFA d’investissements, pour cette initiative qui va générer environ 4 000 emplois directs et indirects dans sa phase d’exécution.
La représentante de la Banque mondiale précise également que « le BRT ne va pas se substituer aux transports existants. Il va, au contraire, s’intégrer aux transports existants et permettre aux opérateurs locaux de prendre des participations au capital de l’opérateur du BRT ». Exécuté selon un modèle de partenariat public-privé, le BRT est le premier projet innovateur du genre en Afrique francophone. Les travaux, qui doivent débuter au 1er trimestre 2019, sont prévus pour durer 30 mois. Le Cetud, en tant que coordinateur, souhaite que ce « projet structurant » du Plan Sénégal émergent (PSE) garantisse une meilleure contribution des transports publics aux objectifs de croissance économique du pays.

Un projet en complément du TER

Plusieurs autres programmes entrent dans cette dynamique de modernisation des transports publics au Sénégal. C’est notamment le cas du Train express régional (TER) qui doit relier l’agglomération de Dakar à l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD), en passant par le Pôle urbain de Diamniadio. Présenté comme le plus grand projet du PSE, le TER a officiellement été initié par Macky Sall le 14 décembre 2016. Il s’agit de « réaliser un chemin de fer à traction électrique, moderne, rapide et à écartement standard, le premier en Afrique de l’Ouest », comme l’a expliqué le Président. D’une capacité de 500 places, le TER pourra transporter jusqu’à 115 000 passagers par jour et desservir 14 gares afin de désengorger la métropole. Le montant global de l’investissement est de 568 milliards de FCFA. La première phase doit être livrée en janvier 2019. Il est par ailleurs prévu que le BRT vienne compléter l’offre du TER. Avec un ticket unique, l’usager aura en effet la latitude d’utiliser le TER ou le BRT.
À ces initiatives viennent s’ajouter d’importantes offres aéroportuaire (AIBD), routière (autoroute Diamniadio-AIBD-Sindia), industrielle (Pôle urbain de Diamniadio), hôtelière (Radisson Blu), culturelle (Cicad) et sportive (Dakar Arena). Tous ces projets d’infrastructures engagés par Macky Sall changeront radicalement le visage du Sénégal, qui se prépare à accueillir de grands évènements internationaux. Le pays doit notamment abriter le Forum mondial de l’eau en 2021, le Forum de coopération Afrique-Chine (Focac), et les Jeux olympiques de la jeunesse en 2022.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 14