Eclairage éco

Les championnes de l’Afrique francophone

CAP ÉCO Africa a recensé quelques-unes des entreprises d’Afrique francophone qui, par leur poids, leur chiffre d’affaires, leur stratégie, leur nombre d’employés, leur capacité d’innovation ou leur secteur d’activité pèsent sur l’économie du continent.

Par Adamou Petouonchi - © DR

Le rapport « Pour une Afrique unie : le rôle clé des entreprises africaines à travers le continent » de juin 2018 du cabinet Boston Consulting Group (BCG) le confirme : les « champions africains » constituent les véritables locomotives de l’intégration du continent. Les classements successifs de ces dernières années des magazines Forbes et Jeune Afrique ont révélé le nom de ces sociétés qui réussissent de manière remarquable à hisser le continent dans l’économie mondiale. Si le secteur de l’énergie arrive toujours en tête dans le palmarès des meilleures entreprises en Afrique en général, notamment avec les géants algérien et angolais des hydrocarbures, Sonatrach et Sonangol, il faut cependant souligner que, pour le cas de l’Afrique francophone, l’on note une forte vigueur du secteur financier qui de plus en plus fait preuve d’agilité et de croissance dynamique. Le cabinet américain McKinsey a établi dans le classement du marché bancaire mondial publié début 2018 que le secteur bancaire africain est parmi les plus excitants et promoteurs au monde ; il est classé 2e, derrière l’Amérique latine et devant les autres régions de la planète. Dans les zones francophones du continent, à côté du secteur bancaire et financier que dominent les sociétés marocaines et le groupe panafricain Ecobank – récompensé lors de l’édition 2018 des African Banker Awards –, l’une des grandes satisfactions dans cette zone est l’émergence de groupes et conglomérats diversifiés, avec une présence dans plusieurs secteurs d’activité.

1 - Groupe Sonatrach (Algérie)

Quand la Sonatrach tousse, l’Algérie tout entière s’enrhume. La raison : elle emploie plus de 120 000 employés et participe à environ 30 % du PIB. Considérée comme la plus importante compagnie d’hydrocarbures en Afrique, la compagnie nationale algérienne est un fleuron économique du continent. Cette société, dirigée par l’un des hommes du cercle du pouvoir d’Alger, Abdelmoumen Ould Kaddour, n’est pas une entreprise comme les autres. Avec un chiffre d’affaires proche de 25 milliards d’euros, c’est un État dans l’État.

2 - Groupe Comilog (Gabon)

Avec une production de plus de 4 millions de tonnes de minerai et d’aggloméré, la Comilog a atteint en 2017 un record historique. Elle est le 2e producteur mondial de manganèse, avec 15 % du marché mondial. Ce Groupe est un acteur majeur de l’économie gabonaise. C’est d’ailleurs l’un des principaux employeurs privés au Gabon, offrant plus de 3 500 postes à travers ses filiales (Setrag, Maboumine et Sodepal). Cette compagnie exploite la mine de manganèse de Moanda – située sur le plateau Bangombé, dans la province du Haut-Ogooué, au Gabon –, qui représente aujourd’hui 25 % des réserves mondiales de minerai riche.

3 - Groupe Ecobank Transnational Incorporated (Togo)

S’il existe un groupe bancaire dont l’histoire, la marque et l’implantation portent une identité africaine, c’est bel et bien Ecobank, véritable success-story continentale. Créé en 1985, le Groupe est aujourd’hui le symbole du panafricanisme financier, avec une présence dans 36 pays du continent, et possède des filiales outre-Atlantique. Impulsé par l’économiste et entrepreneur togolais à succès Gervais Koffi Djondo, le Groupe Ecobank est le premier employeur dans le secteur financier en Afrique subsaharienne, avec plus de 20 000 personnes. Il compte environ 11 millions de clients, 1 265 agences, 2 773 GAB et 13 800 TPE.

4 - Groupe Attijariwafa bank (Maroc)

En Afrique du Nord, il y a les banques et il y a Attijariwafa bank. Ce groupe marocain qui emploie près de 20 000 personnes est le premier groupe bancaire et financier du Maghreb. La multinationale panafricaine est présente dans pas moins de 24 pays. En plus de l’activité bancaire, le Groupe opère aussi, au travers de ses filiales spécialisées, dans tous les métiers financiers. À New York, en février, lors de la prestigieuse cérémonie de remise des trophées « World Best Private Banks Awards 2018 » par le magazine américain Global Finance, le Groupe Attijariwafa bank a remporté le prix de la « Meilleure banque privée au Maroc pour l’année 2018 ».

5 - Groupe NSIA (Côte d’Ivoire)

Après plus de 20 ans d’activité, le Groupe Nouvelle Société interafricaine d’assurance (NSIA), dont l’aventure a débuté en 1995 en Côte d’Ivoire dans l’assurance-dommage, est devenu une référence dans le paysage financier africain. Leader en « bancassurance », il ne cesse de densifier son réseau. Il opère aujourd’hui dans 12 pays, avec 25 filiales, et a en 2017 acquis le réseau francophone de Diamond Bank SA.

6 - Groupe Orabank (Burkina Faso)

Le groupe panafricain Orabank fête ses 10 ans cette année, mais est présent dans l’activité bancaire depuis 30 ans via la holding Oragroup. Cette dernière, dirigée par la malienne Binta Touré Ndoye, a annoncé en octobre son introduction en bourse. Elle est considérée comme la plus grosse entrée de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) depuis sa création en 1998. Oragroup espère lever 56,92 milliards de FCFA. À l’issue de l’opération, 20 % du capital sera coté en Bourse. Cette augmentation de capital va permettre au Groupe de consolider sa croissance et accompagner son développement.

7 - Afriland First Group (Cameroun)

Fondé par le Dr Paul Fokam Kammogne, entrepreneur camerounais qu’on ne présente plus, Afriland est une holding financière et bancaire qui fédère des investissements africains. Sa filiale camerounaise, pilotée par Nafack Alphonse, banquier chevronné, arrive en 1re position dans le classement des meilleures banques du pays et 2e dans toute l’Afrique centrale. En 2017, China-Africa Development Fund, filiale de la Banque chinoise de développement, et Afriland First Group ont signé une convention stratégique globale pour promouvoir le développement des projets en Afrique.

8 - Groupe Coris (Burkina Faso)

Fondé en 2008 par le très discret homme d’affaires burkinabé Idrissa Nassa, Coris est un groupe financier qui s’est lancé à la conquête du continent, et qui est aujourd’hui solidement implanté en Afrique de l’Ouest, avec 6 filiales bancaires (bientôt 7 avec le Niger, où il vient d’obtenir son agrément pour y exercer). Il compte aussi 2 filiales d’assurance, 1 filiale de gestion boursière, 1 filiale de gestion d’actifs et 1 société apparentée. Fin 2017, le groupe bancaire a confirmé sa forte rentabilité sur le marché régional avec un résultat net d’environ 19 milliards de FCFA.

9 - Groupe BRVM

L’Afrique de l’Ouest a son Euronext. Il s’agit de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), dont le siège est à Abidjan. La BRVM est à la fois un succès économique, politique, institutionnel et technique. Fin juin, elle comptait 45 valeurs inscrites à la cote (compartiment actions) et 42 lignes obligataires. Disposant d’antennes dans chacun des pays de l’Uemoa et dirigée par Edoh Kossi Amenounvé, cette place financière est devenue le premier marché boursier en Afrique subsaharienne grâce à ses performances et à ses réformes innovantes pour la rendre plus accessible.

10 - Groupe BMCE Bank (Maroc)

L’Afrique n’a certainement pas la plus grosse banque au monde, mais elle peut se targuer d’avoir le Groupe Banque marocaine du commerce extérieur (BMCE Bank), dirigé par l’infatigable homme d’affaires marocain Othman Benjelloun, considéré comme l’homme le plus riche du Maroc. BMCE Bank est un groupe bancaire multimétier, multi-enseigne et multinational. Son Plan stratégique de développement 2016-2020, qui est en cours d’implémentation, encadre et illustre avec succès ses ambitions. La dynamique de croissance du Groupe, aussi bien au Maroc qu’à l’international, est soutenue par un réseau d’implantation parmi les plus denses du continent. Il compte 14 000 collaborateurs.

11 - Groupe BGFI Bank (Gabon)

Premier groupe financier de l’Afrique centrale, BGFI Bank est désormais bien implantée en Afrique de l’Ouest et est présente dans 11 pays. Fin 2017, malgré un contexte économique contrasté et timoré, le Groupe a affiché un résultat net consolidé de 29 milliards de FCFA, démontrant ainsi sa capacité de résilience. Ses solides performances forcent l’admiration. Conséquence, il a remporté pour la 2e fois le trophée de « Meilleure banque régionale d’Afrique centrale » lors des African Banker Awards 2018. Henri-Claude Oyima, son P-DG, pilote unambitieux projet dénommé « Excellence 2020 », dans le but de gagner le pari de la performance et de l’excellence. Fin 2017, le Groupe employait plus de 2 000 personnes, dont 51 % de femmes.

12 - Groupe Banque centrale populaire (Maroc)

Leader historique et 1re banque selon le trophée des Marocains du monde (MDM), Banque centrale populaire (BCP) augmente en permanence son pré carré pour s’ériger en groupe bancaire de premier ordre sur le continent. Avec plus de 15 000 employés, c’est un acteur important du royaume. Son nouveau P-DG, Mohamed Karim Mounir, nommé le 1er novembre, compte continuer l’œuvre de construction du Groupe basée sur un management visionnaire et une intelligente offensive internationale. Son plan Élan 2020 l’illustre parfaitement, avec en perspective la probable acquisition des filiales africaines du groupe français Banque populaire - Caisse d’épargne (BPCE), qui depuis décembre 2017 a annoncé son départ du continent fin 2018.

13 - Groupe Cevital (Algérie)

L’évocation du nom Cevital renvoie directement à deux images : celle d’un modèle de réussite africain ayant traversé les frontières du continent pour conquérir le monde, et celle d’un homme, Isaad Rebrab, un self made man des temps modernes dont la vision pragmatique et audacieuse lui a valu d’être sacré « Meilleur manager africain de l’année » en 2015 par le magazine américain Forbes. Première entreprise privée algérienne, ce géant agro-industriel impressionne à la fois par sa taille, ses chiffres, ses investissements et perspectives de développement. Le Groupe Cevital, c’est également un chiffre d’affaires de plus de 4 milliards de dollars, 26 filiales et 18 000 employés.

14 - Groupe Sifca (Côte d’Ivoire)

Premier employeur privé de la Côte d’Ivoire, Sifca, société immobilière et financière de la côte africaine, est le leader agro-industriel de l’Afrique de l’Ouest. Fondé en 1964 et installé dans 6 pays, le Groupe compte 33 000 employés répartis dans 11 filiales, dont certaines sont cotées aux bourses d’Abidjan (SAPH, PALMCI et Sucrivoire) et de Paris (SIPH). Avec environ 521 milliards de FCFA de chiffre d’affaires en 2017, ce groupe familial (famille Billon) s’approvisionne en matières premières auprès de plus de 110 000 petits planteurs.

15 - Groupe Mabrouk (Tunisie)

Un modèle de diversification. Centré au départ sur l’agroalimentaire, le Groupe fondé dans les années 1950 par Ali Mabrouk a progressivement intensifié et diversifié ses activités. En sus de l’agroalimentaire, et de la banque et la finance, la société, dirigée depuis 1999 par les trois fils du fondateur (Mohamed Ali, Ismaïl et Marouane), est présente notamment dans les domaines de la grande distribution (Monoprix, Géant Casino) et de l’automobile. Leader en Tunisie sur ses activités principales, elle emploie environ 20 000 salariés.

16 - Groupe Sipromad (Madagascar)

Parti d’une petite entreprise familiale et devenu un géant industriel, le Groupe Sipromad, fondé en 1972 par Sermamod Akbaraly, est aujourd’hui l’un des conglomérats les plus prestigieux de la région. Numéro 1 de la diversification industrielle à Madagascar, il est présent dans les secteurs de l’industrie, la technologie, les finances, l’immobilier, le tourisme, l’aviation et les énergies renouvelables, et emploie directement plus de 3 000 personnes. Ylias Akbaraly, arrivé à la présidence du Groupe début 2000, est l’artisan de cette expansion fulgurante. La société a généré une base d’actifs solide sur l’île grâce à une série de fusions et d’acquisitions stratégiques.

17 - Groupe Teyliom (Sénégal)

Être innovant, proactif et s’engager dans l’avenir économique de l’Afrique : voilà qui résume la vision de développement du Groupe Teyliom, du très discret milliardaire sénégalais Yérim Habib Sow. L’ambition du Groupe : être un investisseur de référence sur le continent africain. Et cela se traduit dans son expansion. Dix-sept ans après sa création, le Groupe Teyliom International comprend sept divisions, allant de l’immobilier à la finance en passant par les télécoms. C’est dans ce dernier secteur que Yérim Sow, 44 ans, s’est fait connaître dès 1994 en lançant à Dakar une société de commercialisation de services de paging. Peu après, il créait le premier réseau GSM de Côte d’Ivoire, vendu en 2005 à MTN pour 50 milliards de FCFA (76 millions d’euros). Le plan stratégique de Teyliom, initié en 2006 pour quatre ans, s’est traduit par la mise en œuvre de plusieurs opérations en Afrique de l’Ouest. Dans les télécoms, Teyliom a acquis l’opérateur GSM Intercel en Guinée et obtenu la seconde licence de téléphonie mobile au Cap-Vert. Un investissement de 15 millions d’euros. En Côte d’Ivoire, il s’est porté acquéreur de la Bridge Bank et de la Continental Beverage Company (CBC), qui a mis sur le marché l’eau minérale Olgane. Très discret sur les montants en jeu, le Groupe, basé à Genève, aurait réalisé un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros en 2007. Aujourd’hui, il réalise son développement à partir de sa holding Teyliom International, qui contrôle l’ensemble des entreprises par secteur. Le Groupe est constitué de 52 sociétés réparties dans 16 pays en Afrique, en Europe et au Moyen-Orient.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 14