Culture

Forum Galien de Dakar : un évènement capital en Afrique

En novembre 2018, le Sénégal a été l’hôte du Forum Galien organisé pour la première fois en Afrique, ainsi que de la remise du prix Galien international, considéré comme le Nobel de l’industrie biopharmaceutique.

Par Clément Airault, envoyé spécial à Dakar. - © CLÉMENT AIRAULT

« Quand des vies humaines sont menacées, quand la dignité humaine est en danger, les frontières et les sensibilités nationales deviennent sans importance », déclarait Elie Wiesel alors qu’il se voyait remettre le prix Nobel de la Paix. Le président-fondateur de la Fondation Galien, disparu en 2016, aurait sans nul doute apprécié la tenue du 1er Forum Galien Afrique, les 27 et 28 novembre derniers au Centre international de conférences Abdou-Diouf (Cicad) de Diamniadio, et à l’issue duquel fut décerné le prix Galien 2018.

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« C’est le savoir qui détermine les pays qui avancent et ceux qui stagnent », assurait le Président Macky Sall lors de l’ouverture du Forum. Se tenaient notamment à ses côtés la prix Nobel de la Paix tunisienne Wided Bouchamaoui, la récipiendaire du prix Nobel de Médecine Françoise Barré-Sinoussi et la Ministre d’État Awa Marie Coll Seck, ces deux dernières étant responsables scientifiques du Forum.
Car si les nombreuses personnalités politiques et de la société civile présentes sur place ont apporté à cet évènement une visibilité majeure, l’importance du Forum tient surtout dans les échanges de haut niveau qu’ont eu durant deux jours des centaines de scientifiques, médecins, pharmaciens, juristes, et autres spécialistes de la santé, venus de toute l’Afrique de l’Ouest et du reste du globe.
Le Forum Galien, placé sous la thématique « Santé, femme, éducation », a fait la part belle aux jeunes leaders de demain, pour la plupart étudiants, qui avaient été invités dans le cadre de cet évènement. Ils ont su apporter leur contribution aux débats, en soumettant à l’issue des deux jours une liste de propositions sur l’ensemble des sujets abordés lors des réunions, tels que la santé et l’éthique, l’accès aux médicaments et la contribution de la médecine traditionnelle, les conséquences sanitaires du changement climatique, ou les financements pour la santé en Afrique.

Le Sénégal prouve son leadership

D’une manière générale, les maladies transmissibles préoccupent aujourd’hui moins les spécialistes que les maladies non transmissibles et guérissables, à l’image du diabète ou des maladies coronariennes, qui augmentent de manière exponentielle et causent la mort de centaines de milliers de personnes chaque année en Afrique.
Avec l’organisation du Forum Galien, premier du genre et amené à devenir récurrent, le Sénégal prouve qu’il est un pays moteur sur les questions de santé et de développement. La Couverture sanitaire universelle (CSU), mise en place dans le pays, a permis de passer en quelques années de 20 % de couverture sanitaire à près de 40 % aujourd’hui. Dans trois à quatre ans, la Couverture maladie universelle (CMU) sera effective. L’ouverture récente, à Diamniadio, de l’Institut de recherche en santé, de surveillance épidémiologique et de formation (Iressef) est un autre témoignage de l’effort présidentiel en termes de santé. La remise du Prix Galien et le Forum du même nom à Dakar confirment que l’Afrique est aujourd’hui au centre de l’échiquier. C’est en se réunissant et en partageant leurs expériences que les pays africains trouveront des solutions aux grandes problématiques de demain, particulièrement celles touchant à l’innovation et à la santé. Et le Sénégal devient l’un des pivots du continent sur ces questions.

3 Questions à Bruno Cohen, président de la Fondation Galien

Le président de la Fondation Galien nous expose l’histoire de cette récompense prestigieuse et l’importance de son implantation en Afrique.

Qu’est-ce que le prix Galien ?
Le prix Galien a été créé en 1970 par le pharmacien français Roland Mehl, qui avait constaté qu’il existait beaucoup de récompenses pour les chercheurs du monde académique mais que rien n’était fait pour les chercheurs travaillant dans le domaine privé, essentiellement dans l’industrie biopharmaceutique. Le prix Galien a essaimé ces 50 dernières années, pour devenir l’équivalent d’un Nobel de l’industrie biopharmaceutique. Il existe aujourd’hui dans 15 pays. Tous les deux ans, nous réunissons les gagnants de chacun des pays pour organiser la finale des gagnants, cette année à Dakar.

Que signifie la remise de ce prix au Sénégal, pour la première fois sur le continent africain ?
On ne peut parler de santé de manière globale sans parler des questions de santé en Afrique. Mais on se rend aussi compte que l’innovation naît aujourd’hui en Afrique. Certaines initiatives le prouvent, et peuvent beaucoup apporter au concert mondial des innovations biopharmaceutiques et aux médicaments. C’est pour cela qu’à l’occasion du prix Galien international à Dakar a été lancé le prix Galien Afrique, qui désormais, chaque année, sera remis à Dakar.

Comment pouvez-vous œuvrer à faire évoluer l’industrie biomédicale en Afrique ?
L’Afrique devient extrêmement stratégique. Dakar, pour des raisons de positionnements historique dans la santé, géographique, et évidemment de leadership politique est un lieu incontournable sur le continent.
Un nouvel écosystème est en train de naître : c’est celui des start-up. Ce sera l’une des nouveautés du Forum de l’année prochaine. Nous allons faire venir à Dakar les start-up les plus innovantes du monde dans le domaine biomédical, afin de découvrir celles qui auraient des applications ou des produits spécifiques aux besoins africains. Notre idée est d’amorcer un flux sur l’écosystème du jeune entrepreneuriat africain ayant un focus sur la santé.