Culture

Étudier en Afrique ? Faire le bon choix...

L’éducation est un enjeu majeur pour la jeunesse africaine, c’est pourquoi étudier en Afrique est un défi. L’enseignement supérieur se développe pour offrir un véritable choix aux étudiants du continent et éviter leur expatriation en Europe.

Par Clarisse Laffarguette - © Shutterstock - DANIEL M ERNST

Les défis sont nombreux pour une Afrique qui compte 1 650 établissements d’enseignement supérieur mais qui souffre d’une fuite des cerveaux (brain drain) au profit de l’Europe. Le taux d’accès aux études supérieures est encore trop faible et ne concerne que 5 % du groupe d’âge concerné. Cependant, depuis quelques années, l’éducation est devenue une des priorités des nombreux États africains qui investissent dans les universités et offrent des conditions avantageuses pour promouvoir les partenariats avec l’étranger.

L’essor de l’enseignement supérieur africain

La jeunesse africaine aspire de plus en plus à rester étudier dans son pays d’origine plutôt que de rejoindre l’Europe. C’est pourquoi des partenariats voient le jour avec des universités européennes, et que des modèles d’écoles de commerce européennes s’exportent sur le continent, comme c’est le cas par exemple de l’Essec au Maroc ou de l’université Paris-Dauphine en Tunisie. D’autres accords de partenariat, notamment entre universités, permettent la mobilité des étudiants au cours de leurs études, de même que pour les enseignants et les chercheurs. Ces ententes bénéficient aux étudiants de part et d’autre, et jouent un grand rôle sur leurs acquis culturels, linguistiques et personnels.
L’essor de l’enseignement supérieur africain est aussi permis par le renforcement des outils numériques, cruciaux dans la démocratisation de l’accès au savoir. En janvier, l’Afrique comptait 435 millions d’internautes, soit une augmentation de 20 % en un an. La formation digitale voit des portes s’ouvrir sur le continent, et d’autres enseignements s’offrent également pour les étudiants. Exemple ? La création d’écoles d’ingénieurs au Maroc permet de former de futurs cadres pour les besoins de l’économie locale. L’objectif est de garder les étudiants sur le continent, ce qui reste un véritable défi. L’enseignement supérieur est reconnu depuis peu en Afrique comme un moteur de développement économique. Les gouvernements ont aujourd’hui bien compris que les sociétés industrielles et extractives et leurs emplois non qualifiés ne perdureraient pas. La croissance est à chercher dans le secteur tertiaire, et l’essor des services nécessite une adaptation des compétences et des formations. Pour construire et développer de nouvelles filières de formation, le continent bénéficie de la philanthropie internationale et les universités deviennent des acteurs de plus en plus importants sur le marché mondial.

Des difficultés persistent

Les difficultés africaines en matière d’enseignement supérieur ou d’éducation en général ne sont pas pour autant résolues. La bonne dynamique enclenchée ces dernières années ne permet pas d’enrayer le fait que l’éducation est réservée à une élite, une poignée de privilégiés. La Banque mondiale rapporte qu’en 2015, « bien que la proportion des jeunes dans la population soit en augmentation rapide dans de nombreux pays africains, leur taux d’accès à l’enseignement supérieur n’est que de 7 % ».
La pérennisation des structures n’est pas assurée par manque de moyens, d’étudiants, et à cause de certains conflits qui abîment les infrastructures et condamnent des établissements. En cause également, l’inadéquation de l’offre de formations avec la demande de l’économie en matière d’emplois. Les spécialisations sont rares et manquent à certains secteurs d’activité, parmi lesquels la médecine (chirurgie, gynécologie, etc.).
Par ailleurs, le corps professoral est vieillissant et sous-payé, ce qui entraîne une instabilité sociale, des grèves, et représente une entrave à l’enseignement supérieur. Le manque de places dans les universités publiques et le prix trop élevé des établissements privés sont aussi des freins à un accès équitable à l’enseignement supérieur pour les jeunes Africains. En outre, tous les pays ne sont pas en mesure d’offrir des études supérieures à leur jeunesse, leur système éducatif étant trop peu développé en raison de différentes instabilités. L’hétérogénéité du continent est donc à souligner, les inégalités demeurant. C’est pourquoi la mobilité des étudiants reste essentielle, le choix des destinations étant principalement guidé par la langue natale.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 14