Paroles et Portraits

Selma Elloumi Rekik : Ministre, directeur de cabinet du Chef de l’État tunisien

Selma Elloumi Rekik a été portée à la tête du cabinet présidentiel le 1er novembre dernier. Elle se retrouve ainsi au cœur de l’appareil institutionnel tunisien, à quelques mois du scrutin présidentiel de novembre 2019.

Par Pius Moulolo - © AFP - Natalia Seliverstova

Née le 5 juin 1956 à Tunis, Selma Elloumi Rekik est titulaire d’une maîtrise en marketing de l’Institut supérieur de gestion de Tunis (ISG). Membre de la puissante famille Elloumi, elle est P-DG de deux entreprises phares du Groupe, le sous-traitant automobile Cofat et la société agroalimentaire Stifen. C’est au lendemain des printemps arabes de 2011 qu’elle opère un virage pour passer du monde des affaires à celui de la politique. Elle rejoint le nouveau mouvement Nidaa Tounes de Béji Caïd Essebsi, avec son frère Faouzi Elloumi.
Le 23 octobre 2014, elle est élue députée Nidaa Tounes dans sa circonscription d’origine, à Nabeul. Elle occupe le poste de Ministre du Tourisme et de l’Artisanat entre 2015 et 2018, d’abord dans le gouvernement d’Habib Essid, puis dans celui de l’actuel Premier ministre Youssef Chahed. Le 1er novembre 2018, elle prend les commandes du cabinet présidentiel. À ce titre, elle doit animer l’équipe des conseillers spéciaux et assister Béji Caïd Essebsi dans sa prise de décision quotidienne.

Regain de l’activité touristique

Il convient de rappeler le bilan élogieux de Selma Elloumi Rekik, qui a su rebooster l’activité touristique et en faire un segment clé de l’économie tunisienne. Le 26 juin 2015, une attaque terroriste a faisait 38 morts à l’Impérial Marhaba de Sousse. L’établissement hôtelier était fréquenté par près de 500 touristes anglais, allemands et belges. Trois mois avant, l’attaque du Bardo faisait 22 morts, et en octobre 2013, la zone touristique de Sousse était la cible une attaque kamikaze avortée. Ces évènements ont plongé le pays dans l’horreur, entraînant une chute vertigineuse de l’activité touristique. Les principaux tour-opérateurs que sont Thomas Cook et TUI France ont notamment suspendu leurs activités en Tunisie.
Après l’adoption de mesures strictes sur le plan sécuritaire et une diplomatie active de l’ancienne Ministre, le tourisme tunisien a pu se redresser et retrouver son rythme de croisière. « Cette année, on a constaté une réelle reprise. Par rapport aux cinq premiers mois de l’année dernière, la fréquentation touristique a augmenté de 23 %, et de 54 % pour les Européens. Ce qui nous amène à dire que la Tunisie a enfin retrouvé le niveau de 2010 », annonçait Selma Elloumi Rekik dans un entretien pour Paris Match le 1er août dernier. Selon les statistiques de l’Office tunisien du tourisme, les recettes touristiques ont atteint 1 750 millions de dinars, soit 42 % de plus qu’en 2017 ! L’année 2018 devrait donc enregistrer plus de 8 millions de touristes, contre 7 millions en 2017 et 6 millions en 2016.

Sauver Nidaa Tounes

Cette nomination au cabinet présidentiel peut susciter de nombreuses interrogations au vu des crises profondes existant au sein du parti Nidaa Tounes. D’autant que Selma Elloumi Rekik hérite de ce poste après la démission le 13 octobre de Slim Azzabi, réputé très proche de Youssef Chahed. Pris en otage entre les partisans d’Hafedh Caïd Essebsi, le fils du Président, et ceux du Premier ministre, Nidaa Tounes est au bord de l’implosion. Au plus fort de cette guerre fratricide, s’invite aussi la lutte pour la succession du Président Béji Caïd Essebsi à l’élection présidentielle de novembre prochain. Cela peut d’ailleurs expliquer ce choix porté sur une militante de la première heure. Elle devra arbitrer la bataille entre les différents protagonistes qui s’accusent mutuellement de tentative de coup d’État.
Selma Elloumi Rekik est pressentie pour prendre la tête de Nidaa Tounes, au moment où le parti concurrent Ennahdha souhaite présenter une candidature féminine à la présidentielle. Il est donc urgent pour la nouvelle patronne de cabinet de s’acclimater aux couleurs feutrées du palais de Carthage. La fusion entre Nidaa Tounes et l’Union patriotique libre (UPL) du milliardaire Slim Riahi présage de futures luttes d’influence pour le contrôle du fauteuil présidentiel. Partagée entre les forces du changement et celles de l’argent, Selma Elloumi Rekik doit opérer un choix cornélien. « Notre division prépare notre défaite, notre union nous sauvera. Arrêtons la guerre fratricide, ouvrons le débat, même contradictoire, et construisons la plateforme de nos convergences », publiait-elle sur sa page Facebook le 16 septembre. Saura-t-elle désamorcer les guerres intestines du parti d’ici les échéances électorales ?

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 15