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Les économies africaines sont-elles prêtes pour le tout-numérique ?

L’édition 2019 du salon Viva Tech se tiendra du 16 au 18 mai à Paris, porte de Versailles. À l’aube de ce grand rendez-vous planétaire qui rassemble la fine fleur de l’innovation mondiale, il convient de s’interroger sur l’avenir du numérique en Afrique.

Par Pius Moulolo - © Shutterstock - F8 Studio

L’Afrique a aujourd’hui les moyens de s’approprier la « révolution numérique » comme levier de sa croissance économique

Vrai. Comme l’indique la Banque mondiale dans sa publication d’avril 2018, l’Afrique est la région du monde qui a le plus à gagner dans la révolution numérique. Les nouvelles technologies peuvent en effet permettre aux pays africains de s’affranchir du processus de développement traditionnel et d’effectuer un véritable « saut technologique ». Face au boom démographique qui s’annonce, le principal enjeu consiste à dématérialiser les services pour les rendre plus accessibles et à moindre coût, afin de satisfaire le plus grand nombre, à l’exemple du service de paiements mobiles Orange Money. Il ne s’agit pas de choisir entre le numérique et les infrastructures traditionnelles, mais d’intensifier le développement du numérique afin de « réduire le besoin d’investissements en infrastructures physiques et atteindre le plus grand nombre de personnes », explique Bruno Mettling, président d’Orange Afrique et Moyen-Orient.

L’Afrique connaît le plus fort taux de pénétration internet au monde

Faux. Le rapport digital « Hootsuite » publié en janvier 2018 indique en effet que sur 1,272 milliard d’habitants, seuls 435 millions disposent d’un accès à internet, 191 millions sont réellement actifs sur les réseaux sociaux et 1,04 milliard possèdent une puce de connectivité. À peine 15 % de la population a un accès internet à domicile, contre 46 % en Asie-Pacifique et 84 % en Europe. Or, selon les experts, il est difficile pour les chercheurs du continent de développer des solutions numériques innovantes sans accès à internet. De plus, il est impossible pour les populations de bénéficier des usages de nouvelles technologies sans connectivité internet. Couvrir le continent d’un réseau de qualité revient prioritairement aux opérateurs téléphoniques installés sur place, à l’instar de MTN, Vodafone ou Airtel. Le secteur est porteur et attire de nouveaux investisseurs, notamment les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft).

Le boom du numérique attire de nombreux investisseurs en Afrique

Certes, mais… À l’exception du géant nigérian de l’e-commerce AIG (Africa Internet Group), qui dispose d’une capitalisation boursière d’environ 1 milliard de dollars et attire des investisseurs tels que Goldman Sachs, Rocket et Orange, l’épineux problème des financements demeure le principal obstacle à l’éclosion des start-up du numérique. En 2018, rapporte une étude du fonds d’investissement Partech Ventures, on a recensé 128 nouvelles opérations de levées de fonds sur le continent, pour un total de 560 millions de dollars collectés. On reste toutefois à des années-lumière des 20 milliards d’euros de capital-risque levés par les start-up européennes en 2017. La Banque mondiale a néanmoins recensé 443 incubateurs de start-up sur le continent, et ces dernières pourront bientôt bénéficier de nouvelles sources de financements. Des initiatives sont déjà initiées en Afrique par l’Agence française de développement (AFD) via sa filiale Proparco, consacrée au secteur privé.

Le continent africain est un véritable paradis pour l’éclosion des start-up du numériques

Évidemment. L’avènement des « Smartphone » a créé une véritable révolution numérique sur l’ensemble du continent africain. Des opportunités se sont ouvertes avec le développement de nouvelles applications high-tech. Celles-ci concernent aussi bien les domaines de l’éducation que de la santé, du commerce, de l’agriculture, de la gouvernance et des finances. L’édition 2018 du forum Viva Tech de Paris a ainsi permis de découvrir de nouvelles stars de l’univers numérique africain. C’est le cas du nigérian Jason Njoku avec son application IrokoTV, qui permet de visionner des films africains à la demande. L’application est aujourd’hui relayée par Canalsat et compte près de 10 000 utilisateurs sur l’ensemble du continent. C’est également le cas du camerounais Olivier Madiba avec son jeu vidéo « Aurion : l’héritage des Kori-Odan ». Les droits de cette création ont été rachetés par le studio hollywoodien Good Fear Films. On a également découvert la plateforme révolutionnaire d’e-learning « Andela » du nigérian Iyinoluwa Aboyeji. Le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, a décidé d’y investir 24 millions de dollars. On peut aussi citer « Drone Africa » de William Elong, qui fabrique des drones made in Cameroon. Des milliers d’initiatives fleurissent, et certaines régions du continent sont aujourd’hui considérées comme des futures « Silicon Valley » africaines.

Les États africains souhaitent intensifier les actions en faveur du développement de l’économie numérique

Totalement vrai. À l’image du Rwanda, considéré comme une véritable « start-up nation », l’avenir du continent se trouve dans le numérique. Partis de l’initiative « Connect Africa » en 2007, plusieurs États africains développent aujourd’hui des programmes nationaux de transformation numérique. C’est le cas du programme « Sénégal numérique 2025 » soutenu par le Président Macky Sall. Il porte sur « la mise en place de l’Université virtuelle du Sénégal, la facilitation des inscriptions au niveau des universités avec la plateforme Campusen, le projet "Un étudiant, un ordinateur", l’accompagnement des jeunes filles dans les TIC avec plus de 1 000 filles formées, l’installation des salles multimédias dans les écoles et les daaras, la mise en place d’incubateurs pour accompagner les jeunes entrepreneurs, mais aussi la facilitation de l’accès à internet », relevait le Chef de l’État lors du Forum du numérique du 15 mars 2018. Portée par d’énormes investissements sur les infrastructures (fibre optique, data centers), l’économie numérique est en passe de révolutionner le quotidien du continent. Le cabinet McKinsey Global Institute explique d’ailleurs qu’internet pourrait contribuer à hauteur de 318 milliards de dollars dans le PIB de l’Afrique d’ici 2025.

Orange Money

Orange Money est le porte-monnaie électronique du groupe Orange. Il offre à ses clients la possibilité d’effectuer des transactions financières allant du transfert d’argent au paiement de factures. Le service est disponible dans 13 pays en Afrique et au Moyen-Orient, pour un ensemble de 10 millions de clients. Il a été lancé au Cameroun en septembre 2011, en partenariat avec la banque Bicec. Disponible depuis le code #150#, il offre un univers de possibilités comprenant le dépôt et le retrait d’argent, les transferts de fonds, l’achat du crédit de communications, le paiement des produits et services, allant jusqu’à la possibilité de retrait de salaire.
Depuis novembre 2018, le service Orange Money est également disponible depuis la France et permet d’envoyer de l’argent vers quatre pays : la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Mali et Madagascar. Il comprend également l’utilisation d’une carte Visa qui permet d’obtenir des liquidités à tout moment, sur n’importe quel Guichet automatique de banque (GAB) Visa.