Investigation

Présidentielle au Sénégal : pourquoi Macky Sall a-t-il remporté l’élection ?

Macky Sall a remporté très largement l’élection présidentielle de 2019, dès le premier tour de scrutin. Comment interpréter cette écrasante victoire ?

Par Clément Airault - © Présidence du Sénégal

Jeudi 28 février, après quatre jours d’attente, les Sénégalais ont enfin obtenu l’annonce des résultats provisoires de l’élection présidentielle par la voix du président de la Commission nationale de recensement des votes (CNRV), le magistrat Demba Kandji. C’est au palais de justice de Dakar qu’ont été examinés tous les procès-verbaux transmis par les commissions électorales décentralisées réparties dans les 45 départements du pays, ainsi que les votes des Sénégalais de l’étranger. La participation a dépassé 66 %, selon le gouvernement.

Une opposition faible

Ils étaient cinq candidats à s’affronter. Et Macky Sall, réélu dès le premier tour avec 58,26 % des suffrages, n’a laissé à son opposition réduite à la portion congrue que des miettes.
L’expérimenté Idrissa Seck, qui fut un temps Premier ministre de Macky Sall et qui comptait affronter le Chef de l’État sortant au second tour, n’a obtenu que 20,51 % des voix. Ousmane Sonko, ancien inspecteur des impôts devenu candidat antisystème, espérait créer la surprise. Avec 15,67 % des suffrages, ce nouveau venu en n’aura pas réussi à inquiéter Macky Sall.
Que dire des deux derniers candidats ? Madické Niang, qui s’était autodésigné candidat du Parti démocratique sénégalais (PDS) à la suite des tergiversations liées à la candidature de Karim Wade, a sans doute tout perdu. Il arrive en dernière position avec 1,48 % des voix et s’est fortement compromis au sein de son propre parti. Quant à l’universitaire Issa Sall, qui s’est déclaré en décembre dernier, il obtient 4,07 % des suffrages.
Avant même l’annonce des résultats provisoires de la CNRV, le camp présidentiel a revendiqué la victoire de Macky Sall au premier tour, annoncée par le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne. Les candidats de l’opposition ont tous rejeté «fermement» les résultats provisoires, mais aucun n’a toutefois souhaité introduire de recours devant le Conseil constitutionnel, qui a le dernier mot sur les résultats définitifs. Lors de sa séance du 5 mars, ce dernier a confirmé l’élection de Macky Sall à la présidence de la République.

Un bilan flatteur

Fallait-il réellement retenir son souffle, au lendemain du scrutin du 24 février ? Pas un candidat n’était réellement en mesure de rivaliser avec Macky Sall, devenu ces cinq dernières années le pilier d’un pays en plein renouveau. Le Chef de l’État jure qu’il porte Le Sénégal au cœur, titre de son ouvrage paru fin 2018 (éditions du Cherche midi). Il n’a pas ménagé ses efforts depuis le début de son premier mandat pour mettre en œuvre les mesures du Plan Sénégal émergent (PSE), et son bilan a parlé pour lui (cf. article « La première phase du PSE livre ses résultats »). Entre le début de sa campagne, le 3 février à Mbacké, et le grand meeting de clôture du 22 février au stade Léopold-Sédar-Senghor de Dakar, Macky Sall a sillonné l’ensemble du pays, tambour battant. Et dans chacun de ses meetings il a défendu son bilan.
Alors que le taux de croissance du pays a atteint 6,8 % en 2018 (contre 2 % en 2012), l’opposition a estimé que cette croissance n’était pas inclusive et ne profitait pas à la population. Faisant campagne sous le slogan « Un Sénégal pour tous », Macky Sall a beaucoup promis aux Sénégalais. Le 14 février, à Koungheul, il déclarait : « Les populations m’ont lancé un défi. Et je m’engage à multiplier par dix toutes les réalisations que je faisais. » Cette annonce est ambitieuse, mais au vu de l’importance des gisements de gaz et de pétrole qui ont été récemment découverts au large du Sénégal et qui apporteront d’immenses recettes au pays dès le lancement de leur production en 2022, le risque semble maîtrisé, d’autant plus qu’en décembre 2018, le Sénégal a levé auprès de ses partenaires financiers 14 milliards de dollars pour financer la seconde phase de son PSE.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 15