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Paul Biya : sa vision du développement

Le Président Paul Biya a placé son nouveau mandat sous le signe des « grandes opportunités ». Un ambitieux programme de gouvernance qui mettra définitivement le Cameroun sur la voie de l’émergence.

Par Pius Moulolo - © AFP - 2018 Anadolu Agency

« Le septennat qui vient de commencer devrait être décisif pour notre pays. Il pourrait même être l’un des moments les plus importants de notre histoire depuis son indépendance », déclarait le Président Biya lors de son discours à la nation du 31 décembre dernier. Certes, les années qui viennent de s’écouler n’ont pas été de tout repos dans le processus de construction de l’édifice institutionnel du Cameroun. Parti d’une crise économique au début des années 1980, le pays a essuyé une première dévaluation du franc CFA, qui fut ponctuée par des plans d’ajustements structurels et une privatisation des principales sociétés d’État. À peine le point d’achèvement de l’initiative Pays pauvres très endettés (PPTE) atteint en 2006, le pays a subi les aléas de la crise financière internationale de 2008 et de la chute drastique du cours des produits pétroliers fin 2016.
Plus récemment, le Cameroun est devenu la proie des assauts répétés de la secte terroriste Boko Haram, qui a semé la désolation et le chaos dans la région septentrionale du pays. La région de l’Est est de temps à autre frappée par les incursions des miliciens Séléka de Centrafrique. Les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest continuent pour leur part de faire les frais des mouvements sécessionnistes qui prônent une partition du pays et la création d’un « État ambazonien ».
Malgré cette conjoncture particulièrement difficile, le Président Biya tient fermement le gouvernail du bâteau Cameroun. La mise sur pied du programme des « grandes ambitions » a ainsi abouti en 2009 à l’adoption du Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE), pour un Cameroun émergent en 2035. Le Président Biya souhaite ainsi consolider les acquis de son ouverture démocratique et parachever les projets d’infrastructures engagés sous l’ère des « grandes réalisations ».

Améliorer la gouvernance

Au premier rang des priorités, il y a une gestion saine et rigoureuse des finances publiques. À ce titre, le gouvernement a engagé une vaste opération de lutte contre la corruption et le détournement de deniers publics, baptisée « opération Épervier ». Plusieurs organismes spécialisés ont ainsi été créés, notamment la Commission nationale anti-corruption (Conac), l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF) ou le Tribunal criminel spécial (TCS). Cette opération commence à porter ses fruits. Le pays a d’ailleurs bénéficié en juin 2017 d’un appui budgétaire du FMI, au titre d’une Facilité élargie au crédit (FEC), de 666,2 millions de dollars. Ce programme économique et financier lui permettra à terme d’adopter des réformes structurelles, de procéder à un rééquilibrage budgétaire et de soutenir sa dette extérieure.
Grâce à l’atout de la diversification, l’économie camerounaise fait aujourd’hui montre de résilience malgré la situation de précarité dans laquelle se trouve la sous-région. Le pays affiche une croissance annuelle moyenne de 5,6 % depuis 2012, portée notamment par le secteur non pétrolier. Malgré le poids des dépenses de sécurité, le gouvernement Biya souhaite parachever le processus de démocratisation avec la mise sur pied du Conseil constitutionnel et du Sénat. Un ministère en charge de la Décentralisation a été créé afin d’accélérer l’autonomisation des collectivités territoriales décentralisées et de permettre aux populations de participer à la gestion quotidienne de leurs cités.

Les chantiers économiques

Paul Biya compte beaucoup sur le secteur industriel : « Une économie moderne ne saurait se concevoir sans l’existence d’un secteur industriel performant. Nous disposons d’un Plan directeur d’industrialisation (PDI) qui définit les contours et le contenu d’un projet d’envergure dans ce domaine. Sa réalisation sera une des tâches prioritaires du septennat. » Adopté en décembre 2016, le nouveau Plan vise à faire du Cameroun un « dragon » d’Afrique, à l’instar des grandes puissances économiques d’Asie et d’Amérique latine. Un ensemble de 360 projets prioritaires de transformation locale permettra ainsi de rompre avec le spectre de l’économie de rente, et de mettre en valeur l’énorme potentiel du pays, pour en faire « l’usine de la nouvelle Afrique industrielle ».
Malgré l’énorme potentiel du Cameroun en ressources naturelles, le taux de transformation des matières premières reste malheureusement très faible. Pour y remédier, le Président Paul Biya a exposé sa vision lors de sa prestation de serment du 6 novembre : « Nous allons réaliser une véritable "révolution agricole", en modernisant nos moyens de production et en transformant davantage nos produits agricoles. Cela devrait aller de pair avec la mise à disposition de nouveaux équipements, magasins de stockage et routes d’accès. Ainsi pourrait se conforter notre statut de grenier d’Afrique centrale. »
Tous ces projets ne peuvent toutefois se concrétiser sans un apport suffisant en énergie. C’est tout le sens donné à la construction des barrages hydroélectriques de Lom Pangar, Memve’ele, Mékin et Nachtigal. En plus des infrastructures portuaires, aéroportuaires et routières, le gouvernement compte lancer des projets structurants de 3e génération dans le cadre de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2021.

Promouvoir le vivre-ensemble

C’est dans cette perspective qu’a été créée la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme (CNPBM) le 23 janvier 2017, avec pour mission de favoriser la diversité culturelle et le vivre-ensemble. Il convient en effet de relever que la résolution de la crise anglophone demeure une priorité du gouvernement. Le Président Biya a d’ailleurs conclu son allocution du 6 novembre sur ce sujet : « Je veux souligner que je me suis attentivement penché sur les frustrations et les aspirations de la grande majorité de nos compatriotes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Un bon nombre de réponses à ces préoccupations et à ces aspirations sera apporté dans le cadre de l’accélération du processus de décentralisation en cours. Dans les meilleurs délais possibles, des mesures seront prises pour élargir le champ de compétences des collectivités territoriales afin de leur donner les moyens d’une plus grande autonomie. »
Le 30 novembre, le Chef de l’État a créé le Comité national de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (CNDDR) des ex-combattants de Boko Haram et des sécessionnistes des régions anglophones. Un décret autorisant l’arrêt des poursuites en faveur de 289 détenus dans le cadre de la crise dite anglophone a également été signé. Auparavant, en juin 2018, le Président avait ordonné la création d’un fonds spécial d’aide aux populations sinistrées, d’un montant de 12,7 milliards de francs CFA. Ce plan d’assistance humanitaire devrait permettre de relancer l’activité économique dans ces régions.

Les défis du numérique

Dans un monde en perpétuelle mutation, il se révèle urgent de s’arrimer aux nouveaux enjeux de dévelopement concernant les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Lors de la fête de la Jeunesse de février 2016, le Président appelait de ses vœux l’éclosion d’une « génération Androïde ». « Les jeunes Africains, notamment, constituent un atout majeur pour le continent. Ils doivent demeurer à l’avant-garde de la technologie, pour assurer à l’Afrique un bon arrimage à une économie dans laquelle l’innovation s’avère, aujourd’hui plus qu’hier, un facteur déterminant de compétitivité. » Les nombreux projets engagés dans l’élargissement du réseau de fibre optique et la création de technopôles favoriseront certainement l’éclosion d’une véritable économie numérique au Cameroun.
Lors du conseil des ministres du 16 janvier dernier, Paul Biya a notamment exhorté le nouveau gouvernement de Joseph Dion Ngute à accélérer l’exécution du programme politique, financier, économique et social présenté lors de la prestation de serment du Chef de l’État. Il convient en fin de compte de relever, avec le Président, que «l’objectif de l’émergence doit être érigé en véritable cause nationale qui mobilise l’ensemble des citoyens camerounais».

Paul Biya, la force de l’expérience

Paul Biya est né le 13 février 1933 à Mvoméka’a, dans la région du Sud. Successeur constitutionnel du Président Ahmadou Ahidjo le 6 novembre 1982, il cumule plus de 56 ans d’expérience au sein de la haute administration camerounaise. Nommé chargé de mission à la Présidence dès son retour de Paris en octobre 1962, il occupa successivement les fonctions de Directeur de cabinet puis Secrétaire général du Ministre de l’Éducation nationale, et Directeur du cabinet civil du Président de la République. En janvier 1968, il est propulsé Secrétaire général de la Présidence de la République, cumulativement avec sa fonction de Directeur du cabinet civil. Il a alors 35 ans. En juin 1975, il devient Premier ministre de la République unie du Cameroun, jusqu’à la démission d’Ahmadou Ahidjo le 4 novembre 1982. Président de la République pour la 7e fois consécutive, Paul Biya s’est ancré dans l’imaginaire collectif camerounais.