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Biens publics : la lutte contre la corruption

À l’entame d’un nouveau septennat, le Président de la République du Cameroun affiche une fois de plus sa détermination à réduire à leur plus simple expression la corruption, le népotisme et les détournements de deniers publics.

Charles-Éric Bindzi - © Shutterstock - Atstock Productions

L’opinion publique camerounaise considère cette dernière prise comme un symbole. Pas moins. Edgard Alain Mebe Ngo’o, ancien directeur du cabinet civil – cabinet du Président de la République –, ancien délégué général à la Sûreté nationale – patron de la police camerounaise – et ancien Ministre délégué à la Présidence de la République chargé de la Défense, séjourne depuis le 8 mars à la prison centrale de Yaoundé. Le célèbre pénitencier du quartier Kondengui a accueilli cet ancien haut commis de l’État, à la suite d’un mandat de détention provisoire délivré par le procureur général près le Tribunal criminel spécial (TCS), après inculpation d’Edgard Alain Mebe Ngo’o, de son épouse Bernadette et de quelques anciens collaborateurs – notamment le lieutenant-colonel Ele Ghislain Joël Mboutou, ex-attaché de Défense auprès de l’ambassade du Cameroun au Maroc et ex-secrétaire particulier de Mebe Ngo’o au ministère de la Défense ; Maxime Léonard Mbangue, ex-conseiller technique au ministère de la Défense et ancien inspecteur du Trésor en service au ministère des Finances ; et Victor Emmanuel Menye, directeur général adjoint de la Société camerounaise de banque (SCB), filiale du groupe marocain Attijariwafa Bank. Des fils de l’ancien Ministre sont également dans le collimateur de la justice. Au moment où nous mettons sous presse, ils n’avaient pas été formellement inculpés.
Mebe Ngo’o est au centre d’une série de scandales de corruption et de népotisme (surfacturations et rétrocommissions) liés aux achats d’équipements militaires par l’État auprès de divers fournisseurs à l’étranger. Le cas le plus retentissant étant l’affaire MagForce, qui a déjà défrayé la chronique en France. Des transactions avec cette entreprise française de fourniture de matériel et d’équipements militaires révèlent des surfacturations scandaleuses au profit de l’ancien Ministre camerounais de la Défense et de ses proches.

Volonté politique

L’affaire Mebe Ngo’o est la première du 7e mandat de Paul Biya à la tête du Cameroun. La détermination affichée du Chef de l’État a été réitérée dans son projet de société à l’occasion de la campagne présidentielle. Paul Biya s’était alors engagé à poursuivre la lutte contre la corruption, qu’il considère comme un obstacle majeur à la prospérité et au partage équitable des fruits de la croissance. « Un pays comme le nôtre, qui ne dispose pas de ressources énormes, a intérêt à limiter les déperditions d’argent et de fonds. Nous sommes déterminés à aller de l’avant et nous avons non seulement procédé à des arrestations avec des traductions de responsables devant les tribunaux, mais nous avons aussi mis en place un certain nombre de structures », expliquait déjà en 2007 le Chef de l’État dans une interview à France 24.
Paul Biya a su trouver au fil des années des réponses à la mesure de la gravité du phénomène, quasi endémique. Dès ses premières heures en tant que Président de la République en 1982, il a fait de la « rigueur » et de la « moralisation » un diptyque fondateur de son action ; 36 ans après, l’homme n’a pas changé. Alors que la corruption et les atteintes à la fortune publique prenaient les formes les plus sophistiquées, le Président est resté en éveil pour adapter les remèdes au mal persistant.

Contrôle permanent

Ainsi, au niveau du gouvernement, le ministère en charge du Contrôle supérieur de l’État (Consupe) est l’institution supérieure de contrôle des finances publiques. Dirigé par un Ministre délégué à la Présidence de la République, le Consupe est placé sous l’autorité directe du Chef de l’État. Ce sont souvent ses missions de vérification qui déclenchent les procédures contre des gestionnaires indélicats.
À côté de cette institution gouvernementale, Paul Biya a initié – et soumis au Parlement sous forme de projet de loi – la création du Tribunal criminel spécial (TCS) en 2011. C’est une juridiction à caractère spécial, comme son nom l’indique, qui est compétente pour juger les atteintes à la fortune publique dont le préjudice est égal ou supérieur à 50 millions de francs CFA. Elle dispose également du pouvoir de procéder à la restitution du corps du délit contre abandon des poursuites.
La Commission nationale anticorruption (Conac) est un autre bras armé contre le détournement d’argent public. Cet organisme public indépendant, placé lui aussi sous l’autorité directe du Président de la République, a été créé en 2006. Ses missions l’amènent à évaluer le plan gouvernemental de lutte contre la corruption, à recueillir et exploiter les dénonciations de faits de corruption. Son numéro vert lancé en 2018 rencontre un franc succès. Mais au Cameroun, les gens pensent généralement que la Conac, qui s’est souvent montrée proche du terrain, devrait être renforcée par des pouvoirs élargis de répression.
Autre fleuron de la lutte contre la corruption et les atteintes à la fortune publique : l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF). Beaucoup plus discrète, elle traque les réseaux de blanchiment d’argent. Sa présence a notamment dissuadé les détenteurs d’argent « sale » de le déposer dans les banques.
Tout ce dispositif a permis depuis une quinzaine d’années de mettre la main sur un nombre impressionnant de responsables de la haute administration. Ancien Premier ministre, anciens ministres d’État, ministres et directeurs généraux de sociétés d’État sont aujourd’hui entre les mains de la justice. Le cas le plus récent a été dévoilé le 19 mars dernier. Gervais Mendo Ze, ex-directeur général de l’office de radio et télévision nationale (Cameroon Radio Television, CRTV), a été condamné à 20 ans de prison dans une affaire de détournement de plus de 18 milliards de francs CFA. Et ce cas, parmi tant d’autres, indique bien que Paul Biya est décidé à en finir avec l’impunité.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 15