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Le Cameroun : hub économique sous-régional

Situé à la jonction des deux grands ensembles économiques que sont l’Afrique centrale et de l’Ouest, le Cameroun ambitionne de devenir un hub. Les avantages liés à sa position géographique en font un carrefour incontournable des échanges.

Hub économique sous-régional Par Pius Moulolo - © DR

Limitrophe des cinq autres pays de la zone Cemac (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad), le Cameroun est ouvert sur l’océan Atlantique et partage près de 1 800 km de frontières maritimes et terrestres avec le grand voisin nigérian. Situé au cœur du golfe de Guinée, haut lieu pétrolier, le pays se trouve à la jonction des principales routes commerciales en direction d’Europe, d’Asie et d’Amérique. Cette position stratégique lui confère des atouts non négligeables pour être un véritable leader économique en Afrique centrale. Le Cameroun concentre de fait plus de 90 % du trafic marchandises du Tchad et de la Centrafrique, deux pays enclavés. L’essentiel de leurs opérations de commerce extérieur transite par le Port autonome de Douala (PAD).
Il en est de même du Congo, qui partage des projets communs d’exploitation minière avec le Cameroun. Une ligne de chemin de fer permettra notamment d’exporter l’énorme production de fer de la région transfrontalière de Mbalam-Nabeba vers le port en eau profonde de Kribi. «Ce petit paradis touristique va devenir l’une des grandes ouvertures sur le golfe de Guinée, pour nous-mêmes mais aussi pour les pays frères du Tchad, de la République centrafricaine, du nord de la Guinée équatoriale, du Gabon, du Congo et de la République démocratique du Congo», déclarait Paul Biya lors de la pose de la première pierre du complexe industrialo-portuaire le 8 octobre 2011. Le Cameroun s’est donc lancé dans un vaste programme d’infrastructures lui permettant de désenclaver ses principaux bassins de productions agricole, énergétique et minière, de doper sa croissance et de s’ouvrir au monde.

Les routes de l’intégration

C’est dans cette optique qu’a été créé un Comité national de pilotage des programmes routiers intégrateurs, chargé de faciliter les transports et le transit en zone Cemac. Les 6es assises de ce Comité se sont tenues le 20 avril 2018 à Yaoundé, sous le patronage du Ministre des Travaux publics Emmanuel Nganou Djoumessi. Elles ont permis d’évaluer l’état d’avancement des 13 projets identifiés en 2014 et financés par divers partenaires internationaux, dont la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque mondiale. Sur les 1 600 km de routes à construire avant 2020, le Cameroun a identifié un premier groupe de projets entrant dans le Programme économique régional (PER) de la Cemac. Il s’agit entre autres des axes Maroua-N’Djamena (Tchad), Sangmélima-Ouesso (Congo), Bertoua-Berbérati (RCA) ou Kribi-Bata (Guinée équatoriale).
D’autres projets routiers ont été adoptés en 2004 dans le cadre du Plan directeur consensuel des transports en Afrique centrale (PDCT-AC). Les Chefs d’État de la CEEAC s’étaient notamment engagés à connecter les 11 capitales d’Afrique centrale par une route entièrement bitumée. Le corridor routier Kribi-Bangui-Kisangani fait partie de ce tracé ; sans oublier l’axe Nord-Sud ou la route Bamenda-Enugu entre le Cameroun et le Nigéria, laquelle fait partie intégrante de la transafricaine Lagos-Mombasa. En juillet 2015, les Présidents Buhari et Biya se sont engagés à intensifier leurs relations en vue de construire un pont frontal sur le Mayo Tiel (au nord du Cameroun), à la lisière entre les deux pays. Le Cameroun pourrait ainsi bénéficier d’une ouverture sur un marché de plus de 200 millions de consommateurs.

L’aéroport de Douala se met au vert

Cette dynamique de mise à niveau s’est poursuivie à l’Aéroport international de Douala qui a procédé le 10 janvier dernier à l’inauguration d’une centrale photovoltaïque de 3 840 panneaux solaires. Bâtie sur une superficie de 24 000 m2, l’initiative « Solar-at-Gate » entre en droite ligne des objectifs de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) en matière de lutte contre les changements climatiques. Financée à hauteur de 1,3 milliard de francs CFA par l’UE, la centrale aura à terme une capacité de production de 1,5 MW, permettant à l’aéroport de réduire de près de 2 600 tonnes par an ses émissions de CO2. L’énergie produite permettra d’alimenter les avions en stationnement ou en passerelles. C’est le 3e projet de ce genre en Afrique, après l’aéroport de George en Afrique du Sud et celui de Mombasa au Kenya.
En 2016, l’autorité aéroportuaire a engagé un vaste projet de modernisation, avec l’appui de l’Agence française de développement (AFD). Près de 30 milliards de francs CFA ont ainsi été mobilisés pour les travaux de réhabilitation de la piste 12-30, la rénovation de la salle d’attente, l’acquisition d’équipements d’assistance au sol et de marquage des chaussées, le renforcement des pistes d’atterrissage et des voies de circulation des aéronefs. Réalisés par l’entreprise française Sogea-Satom du groupe Vinci, ces travaux ont permis à l’aéroport de Douala de gagner en compétitivité et de s’arrimer aux normes internationales. Avec l’obtention de la certification OACI, l’aéroport est aujourd’hui capable d’attirer des compagnies internationales d’envergure et d’accueillir les plus grands avions gros-porteurs.

Modernisation du port de Douala

Poumon de l’économie camerounaise, le PAD s’est lancé depuis avril 2018 dans un vaste programme de modernisation de ses infrastructures. Les travaux de sécurisation physique ont été confiés à l’entreprise Portsec. Celle-ci devra construire une clôture sur un périmètre sécurisé de 20 km, bardée d’équipements de surveillance de dernière génération. « Le port de Douala-Bonabéri jouera ainsi véritablement son rôle de frontière maritime et de zone à circulation règlementée. La sécurisation physique du périmètre et le contrôle des accès du port, au-delà de la modernisation, la sécurité, la sûreté des navires, des marchandises, des recettes et des hommes, constitue un puissant dispositif de lutte contre la corruption et toutes les pratiques frauduleuses qui ont sérieusement écorné l’image de marque de notre entreprise. Il s’agit donc d’un enjeu de performance, d’attractivité et de compétitivité », explique le service de communication du PAD.
Le directeur général Cyrus Ngo’o annonçait notamment un ensemble de travaux visant à décongestionner le port. Outre l’enlèvement de 25 épaves de navires, l’autorité portuaire a passé des conventions de dragage du chenal avec la compagnie chinoise CHEC. Le nouveau plan de modernisation prévoit également la reconstruction du débarcadère de navires pétroliers sur ducs-d’Albe (poteaux pour ancrer les navires, ndlr) et la création de nouvelles voies de circulation dans l’enceinte portuaire. Bousculé par la concurrence des pays voisins, le PAD souhaite ainsi conforter sa position de hub, au moment où le port en eau profonde de Kribi démarre ses activités en grande pompe.

Port de Kribi : le décollage

Le 7 mars, le directeur général du Port autonome de Kribi (PAK), Patrice Melom, annonçait une réduction des coûts liés aux prestations maritimes. « Les prestations concernées par cette réduction des coûts sont les services de remorquage et lamanage, de scanning et de manutention, qui sont tous réduits de 20 %, contre 30 % pour les droits de port des navires en opération sur le terminal à conteurs », rapporte le journal Émergence. Le 22 février, le Ministre des Transports Jean Ernest Masséna Ngalle Bibehe a procédé à la cérémonie de rétrocession de l’ensemble des activités autrefois gérées par le PAD. Devenu totalement autonome, le PAK affiche désormais un bilan de 6,4 millions de tonnes de marchandises traitées pour 274 escales de navires depuis sa mise en service le 2 mars 2018.
C’est en effet le 1er mars 2018 que le port de Kribi a accueilli son premier bateau commercial, le Bianca (affrété par le français CMA CGM). Il marquait le début des activités commerciales du terminal à conteneurs. Bâti sur une zone exclusive de 26 000 ha, le complexe industrialo-portuaire s’impose comme la future plateforme logistique et portuaire de référence de tout le golfe de Guinée. Avec ses 394 m de linéaire de quai, le terminal à conteneurs est capable d’abriter des navires de 400 m, pour une capacité de production de 350 000 EVP/an. Ce terminal est géré par Kribi Conteneurs Terminal (KCT), un consortium constitué de Bolloré, CHEC et CMA CGM, 3e armateur mondial.
Dans sa recherche de compétitivité, le PAK a initié la phase 2 des travaux d’extension. Ceux-ci porteront sur la construction d’un second terminal à conteneurs de 750 m de quai et de deux autres terminaux, minéralier et hydrocarbures. Il est également prévu une zone logistique de 455 ha. Innovant de par sa conception, le complexe permettra d’accueillir les principales industries de transformation du pays. C’est donc une nouvelle page qui s’ouvre pour ce fleuron de l’économie camerounaise, qui dispose, avec ses 16 m de profondeur, du meilleur tirant d’eau de toute la côte ouest-africaine.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 15