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Business opportunity : diversifier l’économie

S’appuyant sur des potentialités économiques encourageantes et grâce à sa position stratégique, le Cameroun baigne dans une dynamique économique et culturelle permanente. Le maître mot en est : diversification.

Par Adamou Petouonchi - © AFP - Reinnier Kaze

Les raisons d’investir au Cameroun ne manquent pas. Les faits sont là : économie diversifiée, énormes richesses naturelles, industrialisation en marche, main-d’œuvre qualifiée et productive, fiscalité et coûts d’implantation compétitifs, et climat des affaires propice à l’investissement privé. Le pays est une niche d’opportunités. Il accueille chaque année de nombreux investisseurs étrangers : français, libanais, suisses, chinois, indiens, algériens, turcs… Selon l’Agence de promotion des investissements (API), le pays du Président Biya a enregistré courant 2017-2018 un montant des flux nets d’Investissements directs étrangers (IDE) d’environ 51,6 milliards de francs CFA.
Le pays est sur les rails de l’émergence et a lancé de vastes programmes de modernisation de son tissu économique. Nachtigal Hydro Power Compagny (NHPC) peut d’ores et déjà se targuer d’être un modèle de réussite d’investissement au Cameroun. Cette société, au sein de laquelle se trouvent plusieurs investisseurs et qui opère dans le conseil, le montage et la structuration des financements des grands projets d’infrastructures, a été primée en février 2018 à Londres lors des Project Finance International Awards. Le gigantesque projet de construction de la centrale hydroélectrique de Nachtigal Amont de 420 MW sur le fleuve Sanaga, au Cameroun, qu’elle conduit a reçu le prix du Projet de l’année dans la catégorie « Financements multilatéraux ».

Cameroon Business Forum : un vivier d’investisseurs

Le Cameroon Business Forum, tenu à Douala mi-mars 2019, a connu la participation d’environ 1 500 dirigeants du monde des affaires (locaux et étrangers) et des décideurs politiques. Présidée par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, cette rencontre, cadre d’évaluation du dialogue et des partenariats public-privé, est une plateforme où les différents acteurs discutent des possibilités d’amélioration du secteur privé. Placée sous le thème « Émergence et développement de l’investissement privé au Cameroun », cette 10e édition aura permis de redéfinir les priorités afin de mettre en adéquation l’impératif du redécollage économique du Cameroun et l’exigence d’un environnement des affaires favorable.
Célestin Tawamba, le président du Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam), premier mouvement patronal du pays, a invité le gouvernement à poursuivre les réformes incitatives pour booster la contribution du secteur privé au PIB du pays. « Il faut des investissements et améliorer les conditions de l’attrait de l’investissement privé car il n’y a pas d’émergence économique sans investissements », a confié cet homme d’affaires camerounais, magnat de l’industrie agroalimentaire. Avant de lancer un appel pour un redoublement des efforts afin de passer des 4 800 milliards de francs CFA actuels à une moyenne de 7 000 milliards d’investissements sur les sept prochaines années. Ce qui offrirait de réelles opportunités permettant de rattraper le retard enregistré en termes de croissance d’investissements et de développement industriel.
Il n’est d’ailleurs pas le seul à le penser. Ses confrères du Mouvement des entrepreneurs du Cameroun (Mecam) Daniel Claude Abate et d’Entreprises du Cameroun (ECAM) Protais Ayangma estiment que les pouvoirs publics doivent clairement traduire leur volonté en décisions politiques. Cette volonté doit s’exprimer dans la mise en œuvre des recommandations des assises. Christophe Eken, président de la Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat (CCIMA), a appelé à une conjugaison des efforts pour relever les cinq défis majeurs de l’heure que sont, selon lui, la poursuite de la diversification de l’économie et l’amélioration des capacités de production, la facilitation des procédures, l’amélioration des infrastructures d’appui au commerce, la promotion du made in Cameroon, et la résolution des crises sécuritaires auxquelles le pays fait actuellement face.
De son côté, le gouvernement n’est pas resté muet. Le Premier ministre et les Ministres sectoriels ont mis en lumière plusieurs réformes courageuses et incitatives conduites par le gouvernement : dématérialisation des procédures administratives et fiscales, assouplissement des cadres juridiques, simplification des dispositions fiscales, renforcement de la protection des investisseurs. Et ce n’est pas tout. Le pays mène une croisade contre la corruption. Les chantiers et projets structurants lancés dessinent un large spectre de potentialités de développement des partenariats, sur lesquels le gouvernement s’emploie à attirer l’attention des investisseurs locaux et étrangers.

Le pays intensifie son offensive économique

Les autorités camerounaises sont passées à l’offensive. Elles sont presque devenues des business developers, et sortent du confort des bureaux climatisés pour aller à la rencontre des investisseurs. Étonnant ? Pas tant que cela, pour qui sait capitaliser sur la diplomatie économique et utiliser la géoéconomie comme instrument de développement. Preuve à l’appui : le Cameroun était l’un des neuf pays représentés au marché de l’investissement du Forum international Afrique développement (FIAD) organisé par le groupe marocain Attijariwafa Bank les 14 et 15 mars à Casablanca. L’an passé, Philémon Yang, alors Premier ministre, conduisait une importante délégation camerounaise composée des hauts responsables et hommes d’affaires, en Afrique du Sud, à l’occasion de la toute première messe de l’investissement du continent, Africa Investment Forum, organisée par la Banque africaine de développement (BAD).
Pour traduire sa volonté en acte, le pays a adopté le 15 mars 2017 son Plan directeur d’industrialisation (PDI) qui vise à faire du Cameroun l’usine et le marché de la nouvelle Afrique industrielle. Alamine Ousmane Mey, le Ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, appelle plus que jamais à investir dans le pays. Pour cet ancien banquier, transfuge du secteur privé, la dynamique actuelle, tournée vers la diversification des partenariats et la transformation structurelle du tissu économique, offre un paysage économique étoffé, prévisible, ouvert, agile et compétitif, dans lequel de nombreux acteurs économiques trouvent leur compte, avec un taux de rendement interne incitatif, dans une saine émulation de la concurrence.
Et ce n’est pas qu’un discours. Lors de la 2e édition du Cameroon Investment Forum, mi-novembre 2017, qui s’est tenu sur le thème « Mise en relation des porteurs de projets et des partenaires techniques et financiers pour la promotion de l’industrie locale et l’attraction des investissements », plus de 130 milliards de francs CFA d’investissements ont été annoncés pour 25 projets au Cameroun.
Partout dans le monde, le système judiciaire et la fiscalité jouent un rôle déterminant dans la destination géographique des investissements. Les autorités camerounaises l’ont bien compris et ont doté le pays d’un Code des investissements libéral. La compétitivité de la politique camerounaise de promotion des investissements est réaffirmée par une série d’incitations impulsées par l’API. Depuis sa mise en vigueur en 2013, la loi, qui institue un ensemble de facilités aux investisseurs, a déjà marqué de très nombreux points. Début 2018, on dénombrait 134 conventions de partenariats signés entre entreprises locales et étrangères, équivalant à 3 000 milliards de francs CFA, avec à la clé 47 000 emplois directs qui devraient être créés d’ici 2035.

Le Cameroun, un bon risque pour les investisseurs ?

Depuis plus de neuf ans, les différents emprunts obligataires lancés par l’État sur le marché local se sont soldés par une sursouscription, traduisant une très grande confiance des investisseurs financiers à l’égard du pays. Le Cameroun est doté d’innombrables opportunités sur lesquelles les investisseurs peuvent prendre appui pour fonder leur décision. Les réalisations en cours d’importantes infrastructures permettent de capter une masse assez considérable de financements.
Les études sont unanimes : les potentialités du pays sont importantes et encore sous-exploitées. Deuxième potentiel hydroélectrique d’Afrique, le Cameroun dispose également de réserves significatives de gaz naturel et s’est engagé dans une construction d’infrastructures énergétiques de grande envergure. La diversité de ses sols et milieux naturels, ses richesses agropastorales et halieutiques lui valent le titre de « grenier de l’Afrique centrale ». Ses 17 millions d’hectares de forêts exploitables le positionnent au rang de 2e massif forestier d’Afrique. Le potentiel minier reste aussi sous exploité. Exemple ? Le Cameroun recèle un vaste gisement de fer. On parle de 4e réserve mondiale et 2e en Afrique, avec 220 millions de minerais à plus de 60 % de fer. Le pays regorge de réserves minières, au point qu’on lui colle souvent l’étiquette de « scandale géologique », et alors que le territoire n’est prospecté qu’à 40 %. C’est un pays nanti y compris sur le plan hydraulique, avec d’énormes ressources en eaux superficielles et souterraines. Cependant, toutes ces ressources ne sont rien comparées à ses deux plus grandes richesses : sa position géographique stratégique et la volonté politique de ses dirigeants.

Un hinterland aussi peuplé que les USA

Le Cameroun se distingue en effet par sa position stratégique, au carrefour de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale, et à l’intersection des zones Cedeao et Cemac. Il a des frontières communes avec cinq États de la CEEAC, qui comprend 140 millions d’habitants. Si l’on y ajoute son ouverture sur l’océan Atlantique et les 1 700 km de frontière qu’il partage avec le Nigéria (en Afrique de l’Ouest), lesquels ouvrent la porte à quelque 170 millions de consommateurs supplémentaires, alors nous avons un marché potentiel de plus de 300 millions de personnes. Presque autant que la population des États-Unis ! Ce qui constitue une gigantesque opportunité d’investissement et crée les conditions d’un marché attrayant, à la fois pour la grande consommation et pour la construction d’infrastructures diverses.
Le Président Biya lui-même n’hésite pas à sensibiliser les investisseurs afin qu’ils se saisissent de ces opportunités qui font du Cameroun un bon risque à prendre. « Je lance un appel en direction de nos créateurs de richesses pour qu’ils prennent toute leur part afin de stimuler la croissance de notre économie. Il y va de l’intérêt de tous. […] Les chantiers sont nombreux, pour assurer le progrès social et la prospérité à notre pays. Nos atouts sont connus de tous. Mais nous avons encore de la difficulté à transformer notre potentiel en réalité gagnante. Il nous faudra lever ces obstacles pour générer un environnement des affaires sain et attractif, accélérateur du progrès, par un arrimage adéquat aux dynamiques globales. Il est de la responsabilité de la puissance publique d’y veiller. Je vais m’y employer fermement », martèle le Chef de l’État camerounais.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 15