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Toutes les couleurs de l’Afrique

De la savane aride aux forêts luxuriantes, des plages de sable fin aux montagnes embrumées, le Cameroun offre sur plus de 1200 km, du nord au sud, une palette de paysages diversifiés, tous plus splendides les uns que les autres.

Par Stanislas Gaissudens - © AFP - Philip Lee Harvey

Et si un pays concentrait à lui seul toutes les beautés d’un continent ? Le Cameroun, terre de tous les contrastes, possède des atouts évidents pour faire fructifier son secteur touristique. « L’Afrique en miniature » : tel est le slogan touristique du pays, et l’image n’est pas usurpée tant la palette de paysages y est large. Le territoire se divise en cinq zones géographiques, identifiables à leurs caractéristiques physiques, climatiques et végétales, et dix régions, qui sont chacune une invitation au voyage.

Un riche inventaire

L’Adamaoua est une zone montagneuse du nord, frontalière du Nigéria et de la Centrafrique. Bien qu’extrêmement aride, elle est considérée comme le « château d’eau » du Cameroun. Elle recèle de superbes lacs de cratères, et plusieurs fleuves y prennent leur source. L’Extrême-Nord compte de magnifiques parcs nationaux, avec des lacs où se retrouvent les hippopotames. D’ailleurs, le pays est riche d’une faune et d’une flore incroyables : on y recense 409 espèces de mammifères, 143 de reptiles, 849 d’oiseaux et 190 d’amphibiens. En descendant vers le sud, le Centre abrite la capitale : Yaoundé. On y trouve divers sites naturels remarquables, dont les grottes d’Akok Bekoé ou la réserve forestière d’Ottomo. La région de l’Est abrite quant à elle la réserve du Dja. Le Littoral, dont la capitale est Douala, est le cœur de la vie économique du pays, et le centre culturel des peuples de l’eau, les Sawa. Le Sud, où se trouve Ebolowa, est un enchantement pour les visiteurs, offrant à leur vue des zones de forêt dense, des mangroves, des îles naturelles bordées de sable fin. La faune aquatique est variée dans cette région propice aux séjours balnéaires. Oui, le Cameroun est bel et bien une destination touristique de premier ordre.

Un secteur en devenir

Encore faut-il faire fructifier tous ces atouts. Sur ce territoire magnifique, le tourisme a du mal à prendre son envol. Le Cameroun ne figure toujours pas au rang des principales destinations africaines. Mais depuis quelques années, les progrès sont considérables. En 2010, le pays a obtenu le statut de « destination touristique » attribué par l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), qui reconnaissait le franchissement du cap des 500 000 visiteurs par an. Il a enregistré 817 000 arrivées en 2012. Le secteur employait plus de 600 000, personnes soit 2,8 % de l’emploi dans le pays. En 2028 ce chiffre devrait être porté à 875 000, et contribuer entre 3 et 5 % au PIB.
L’État investit aujourd’hui dans le secteur. Plusieurs milliards de francs CFA sont consacrés chaque année à la réhabilitation des infrastructures, à la formation, à la stratégie sectorielle ou aux actions promotionnelles. On évalue à plus de 1 000 milliards de francs CFA le chiffre d’affaires à l’horizon 2028 que le secteur du tourisme d’affaires pourrait générer.

Un environnement préservé

Le Cameroun abrite 10 % des forêts du bassin du Congo (soit plus de 41 % de son territoire). Les activités économiques du pays sont fortement dépendantes de l’exploitation des ressources naturelles, et le gouvernement est très sensible aux questions environnementales. L’État est signataire de la plupart des conventions environnementales internationales, dont la Convention sur la diversité biologique (CDB, 1992), la convention de Stockholm sur les Polluants organiques persistants (POP, 2001) ou encore la convention de l’ONU sur le changement climatique (2004). Il s’est aussi engagé dans le processus de Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation de la forêt (REDD+).
Conséquence : la politique environnementale du Cameroun s’est traduite dès 1968 par la création des premiers parcs nationaux du pays : ceux de Bénoué, Bouba Ndjida, Waza et Mozogo-Gokoro. L’expérience ayant été concluante, de nouveaux sites furent aménagés, notamment celui du Mbam et Djerem (en janvier 2000), dans le centre. Avec 416 000 ha, c’est le plus grand du Cameroun. Le dernier-né est le parc de Deng-Deng, institué en 2011 comme compensation environnementale à la création du barrage de Lom Pangar. Le pays compte aujourd’hui 18 parcs nationaux et 5 réserves forestières. Il a augmenté la superficie de ses aires protégées, passant de 7 % de son territoire en 1996 à plus de 17 % en 2016, dépassant ainsi l’objectif international. La réserve de faune du Dja est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1987. Elle est également reconnue comme réserve de biosphère depuis 1982. C’est l’une des forêts humides d’Afrique les plus vastes et les mieux protégées. Elle abrite 107 espèces de mammifères, dont 5 sont menacées d’extinction.

Écotourisme

Le parc national de Campo Ma’an est bordé par l’océan, le long de la frontière avec la Guinée équatoriale. Créé en 2000 après le sommet de Yaoundé sur la protection des forêts d’Afrique centrale, il abrite de très nombreuses espèces animales menacées – éléphants, gorilles, mandrills ou chimpanzés y vivent en paix – et espèces végétales endémiques. Si la visite est payante, c’est pour en financer l’entretien.
L’ONG WWF travaille depuis plusieurs années à répertorier la faune et la flore du parc, et a mis en place différents circuits touristiques. Elle aide également à l’édification d’infrastructures de tourisme respectueuses de l’environnement et utiles au développement économique des populations vivant aux abords du parc. Un campement écotouristique a ainsi été construit grâce à l’ONG en 2006, au bord de la plage, à quelques kilomètres de Campo. Les « éco-cases » sont gérées par les communautés locales, et une partie des recettes finance les besoins du village. Cette initiative a largement contribué à éveiller l’intérêt des populations pour la conservation de la nature.
À 50 km de Kribi, se trouve le village de pêcheurs d’Ebodjé, qui a aussi développé l’écotourisme. Des excursions en pirogues sont organisées, permettant d’observer des tortues marines sur leur lieu de ponte, entre novembre et janvier.

La douceur de l’océan

Les 400 km de littoral du Cameroun, de Limbé à Kribi, sont propices à l’essor du tourisme balnéaire. Kribi est une jolie station très prisée, des Camerounais comme des étrangers. Le chef-lieu du département est bordé de sublimes plages de sable fin, à découvrir de préférence entre décembre et mars, lorsque la saison est la plus chaude et le ciel dégagé. Le centre-ville regorge de petits restaurants de poissons fraichement attrapés par les pêcheurs locaux qui ramènent leur cargaison à bord de leur pirogue. Il est possible d’y déguster les fameuses crevettes de Kribi et des langoustes. C’est également le lieu de prédilection des « clubbers » qui aiment venir le weekend depuis Douala, située à 160 km, ou Yaoundé, à 270 km.
À une dizaine de kilomètres au sud de Kribi, les chutes de la Lobé sont uniques au monde. Sur une centaine de mètres de large, les eaux tumultueuses de la rivière se déversent dans le golfe de Guinée. L’accès via une piste bordée de cocotiers est aisé. Le lieu, romantique par excellence, est très apprécié des jeunes Kribiens.

Le paradis des randonneurs

En continuant en direction de la ville de Campo, on atteint le parc national de Campo Ma’an, qui s’étend sur environ 260 000 ha et offre d’infinies possibilités de randonnées. D’ailleurs, tout le pays est propice aux excursions, des sites fossiles du Mayo-Rey à la réserve du Dja, en passant par le parc national du mont Cameroun, à la végétation si particulière. Le mont, qui culmine à 4 000 m d’altitude, est le plus haut sommet d’Afrique de l’Ouest. Perdu dans la brume la majeure partie de l’année, c’est un volcan en activité, aux éruptions récurrentes (la dernière a eu lieu en 2000) mais rarement dangereuses.
L’ascension est possible, avec l’accompagnement d’un guide. Tenter l’expédition en solo peut être aventureux car le chemin n’est pas balisé, et les risques sont réels, surtout durant la saison des pluies. Il faut compter trois jours pour réaliser l’aller-retour. Trois refuges ponctuent le parcours afin que les randonneurs puissent s’abriter à la nuit tombée, ou en cas d’intempéries. La température au sommet ne dépasse pas 5 °C. Tous les ans, au mois de février, la Fédération camerounaise d’athlétisme organise la Course de l’espoir. Cette épreuve, qui se déroule sur 42 km, est considérée comme l’une des plus difficiles au monde et comprend l’ascension du mont Cameroun. Les plus rapides la réalisent en 4 heures.

Une hôtellerie de classe internationale

L’hôtellerie est considérée par les responsables du secteur comme la vitrine du tourisme. En 2017, le Cameroun disposait d’un parc d’environ 4 000 structures, toutes catégories confondues, disséminées sur l’ensemble du territoire, dont 785 établissements hôteliers proprement dits, pour une capacité globale de 30 000 lits. On estime à plus de 350 milliards les investissements étrangers dans le tourisme en 2016, ce qui représente 9 % de l’investissement global dans le secteur. Le tourisme, c’est également 140 000 emplois directs créés en 2016, soit une contribution de 2,7 % à l’emploi national. Un chiffre qui devrait grimper à 5 % d’ici 2028.