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Entretien avec M. Isidore Mvouba, Ministre d’État, Ministre du Développement industriel et de la Promotion du secteur privé

Isidore Mvouba, à la tête du ministère du Développement industriel et de la Promotion du secteur privé depuis 2009, se trouve en première ligne pour aider à concrétiser l’ambition présidentielle d’amener le Congo à l’émergence d’ici 2025. Revenant sur les actions déjà engagées, il dévoile les futures mesures envisagées pour notamment diversifier les ressources du pays et promouvoir le secteur privé.

Propos recueillis par Dimitri Friedman - Photo : © DR

Votre Excellence, quelles sont les principales actions entreprises par votre ministère pour donner un nouvel élan au développement industriel du Congo ?

Le chemin du développement est difficile car nous devons rechercher le « cercle vertueux ». Par où commencer ? La première des choses qui a été faite, c’est de mailler le territoire en infrastructures de base. Par exemple, les 1 000 km de la route – artère vitale – qui va de Pointe-Noire à Ouesso en passant par Brazzaville sont achevés. Aujourd’hui, nous avons pratiquement bouclé le programme de municipalisation accélérée pour désenclaver l’arrière-pays. Nous avons construit des routes, des ponts, des aéroports – dont Maya-Maya à Brazzaville ; implanté des réseaux de télécommunications, des infrastructures hydroélectriques ; modernisé le port en eau profonde de Pointe-Noire. Dix départements naguère enclavés ont vu leur niveau de vie s’améliorer. Le développement des infrastructures de base étant en bonne voie, nous nous sommes donné une stratégie et des projets structurants qui engagent toutes les filières dans leur intégralité. Notre but premier est de faire passer le Congo du stade de producteur primaire à celui de producteur de biens manufacturés avec, à la clé, un effet d’entraînement sur l’ensemble des filières. Pour cela, nous devons associer le secteur privé à la formulation de la politique industrielle.


Quelles mesures vont être engagées pour diversifier l’économie et la rendre moins dépendante de la rente des exportations pétrolières ?

Au cœur de la stratégie du plan 2012-2016, le gouvernement a posé l’objectif de développement de sept grappes industrielles de diversification qui doivent permettre au Congo de tirer le meilleur profit de ses avantages comparatifs : pétrole et hydrocarbures – notamment avec le développement du potentiel gazier du pays et l’extension de l’exploration pétrolière au territoire intérieur du Congo ; mines ; agriculture et agro-industrie ; forêts et industrie du bois ; bâtiments et matériaux de construction ; tourisme et hôtellerie ; et les services financiers. Dans ce cadre, nous donnons la priorité à deux domaines de développement : l’amélioration du cadre de vie et de l’habitat, et la sécurité alimentaire ; sans négliger les cinq autres. Actuellement, nous importons plus de 150 milliards de francs CFA par an de produits alimentaires. À côté de cela, nous nous sommes donné des outils. La création de ce ministère, qui représente 15 % du budget de l’État, est un de ces outils. Pour mémoire, l’industrie contribue à hauteur de 4 % du secteur productif. Nous avons fixé comme objectif d’atteindre 12 % du PIB pour ce seul secteur d’ici à 2016. Il est évident que les atouts principaux de notre pays aujourd’hui, ce sont le pétrole et les hydrocarbures. Mais à la longue, ces atouts peuvent se révéler des handicaps, car tout en étant générateurs de revenus – 60 % de la production de richesses et 80 % des recettes fiscales –, ils n’ont pas d’effet d’entraînement général sur les autres secteurs. Nous nous battons aujourd’hui pour mettre en place une dynamique de local content, en essayant de profiter au mieux et au maximum de la transformation locale de nos matières premières. Il est prématuré de faire un bilan mais je peux vous donner une indication révélatrice : j’étais il y a peu avec le directeur général de Total Congo pour faire le point sur cette politique de local content ; il m’a confirmé que cette politique d’incubation a permis l’éclosion d’une quarantaine d’entreprises domestiques à capitaux majoritairement congolais. Nous avons une adhésion complète et une participation active de majors installées dans le pays, notamment Total et ENI. Pour l’instant, cela concerne surtout l’industrie du pétrole, mais nous essayons d’étendre cela à d’autres industries.


Quelles sont les réformes entreprises pour améliorer le climat des affaires et promouvoir le secteur privé ?

Si nous voulons parvenir au stade des pays émergents, nous devons hausser notre ratio de contribution du secteur privé à la formation du PIB de 2 % à 15 %. C’est un vrai défi. Dans le même ordre d’idées, nous avons adopté toute une série de mesures allant dans le sens de la simplification des formalités administratives pour la création d’une entreprise, et de l’allégement du délai de création qui avoisine actuellement les 100 jours. Nous avons diminué le poids de la fiscalité et de la parafiscalité. Nous avons sécurisé l’accès au foncier, facilité l’accès des entreprises au crédit, renforcé le cadre juridique de respect des contrats… et nous améliorons l’accès à l’électricité et à l’eau. Nous supprimons les goulots d’étranglement dans l’environnement des entreprises. Nous avons aussi pris des mesures pour faciliter le commerce transfrontalier afin de rester dans la vocation de notre pays, qui est une artère vitale d’Afrique centrale. Je ne le dirai jamais assez : notre philosophie en matière de développement industriel est résolument volontariste.


Ressources humaines et développement industriel sont intimement liés. Que faites-vous pour la formation de jeunes cadres et entrepreneurs ?

La création d’entreprises domestiques de transformation de matières premières participe à ce processus à tous les niveaux. Au niveau de la formation technique et du transfert de technologie et de compétences, mais aussi au niveau de la culture managériale. La plupart de nos entreprises ont encore un déficit de culture entrepreneuriale globale. Si nous voulons rejoindre le groupe des pays émergents, nous devons développer cette culture. Nous avons un accord avec HEC Paris pour organiser la formation des acteurs économiques dans notre pays. L’université Marien-Ngouabi de Brazzaville est également très active dans la formation de nos futurs entrepreneurs, notamment par ses filières liées à l’activité industrielle. Dans le même ordre d’idées, nous soutenons les structures d’appui au secteur privé. Plusieurs conventions de subventions ont été signées avec l’Association Pointe-Noire industrielle (APNI) pour favoriser l’émergence d’un tissu industriel de PME/PMI locales viables, et avec le Forum des jeunes entreprises du Congo (FJEC) qui forme des jeunes entrepreneurs aux techniques managériales modernes. Le capital humain est l’autre atout majeur de notre pays.


Pouvez-vous nous parler du forum Investir au Congo Brazzaville ?

Il se tiendra du 19 au 21 novembre 2015. C’est un évènement de portée majeure pour le pays qui répond à la noble et grande ambition du Président de la République, Son Excellence Monsieur Denis Sassou N’Guesso, d’édifier au cœur de l’Afrique une économie riche et prospère telle qu’entrevue dans son projet de société « le Chemin d’Avenir », qui s’appuie sur deux piliers essentiels, la modernisation et l’industrialisation du pays. Comme vous le savez, depuis plus d’une décennie, grâce au programme de municipalisation accélérée, la République du Congo s’est dotée d’infrastructures modernes qui ont permis l’unification du territoire, et partant le désenclavement de l’arrière-pays. La bataille des infrastructures étant gagnée, l’industrialisation du pays est désormais possible. Industrialiser le pays signifie transformer les avantages comparatifs, dont dispose le Congo, en avantages compétitifs. À l’heure où le continent africain prend une part de plus en plus importante dans les échanges internationaux, il est impérieux pour la République du Congo de diversifier son économie en tirant parti du dynamisme de son peuple, de ses richesses abondantes et de sa position de porte naturelle de l’Afrique centrale. Ce Forum placé sous le très haut patronage du Chef de l’État entend booster la matérialisation du Plan national de développement (2012-2016), qui vise la diversification de l’économie par la promotion de sept secteurs cibles à fort potentiel susceptibles d’avoir un effet d’entraînement sur les autres secteurs de l’économie et identifiés comme de véritables réservoirs de croissance et d’emplois. Il s’agit des filières économiques ou grappes industrielles ci-après : pétrole et hydrocarbures ; mines ; forêt et industrie du bois ; agriculture et agro-industrie ; bâtiments et travaux publics ; tourisme et hôtellerie ; services financiers. Cet évènement qui se présente comme un moment exceptionnel d’attrait d’investissements directs étrangers a pour visée de montrer à tout investisseur les points forts du Congo, les mesures d’accompagnement au travers des outils de promotion et de soutien, les opportunités d’investissements, tout en mettant en relief les besoins, les projets et les zones d’investissements dans chaque département de notre pays.Vous comprenez donc que ce Forum, qui se doit de jouer un rôle clé pour que le pays passe du stade de producteur primaire à celui de producteur de biens manufacturés, a pour objectif majeur de faire converger tous les leviers des investissements aux fins de créer des conditions d’émergence et de développement des pôles de croissance et de compétitivité. Il s’agit là d’un appel aux investisseurs et à la mobilisation des secteurs industriel et privé à l’échelle internationale pour soutenir le Congo dans son ambition d’émergence à l’horizon 2025. Rappellons que ce Forum est co-organisé par le gouvernement congolais et le Centre d’appui et de développement, avec comme partenaire technique le groupe Jeune Afrique.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 2