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Le Congo améliore son climat des affaires

Profitant d’une situation économique favorable, le Congo s’engage aujourd’hui sur la voie du décollage économique et social, en s’appuyant sur une stratégie cohérente de croissance, de développement, de diversification économique et d’amélioration de son environnement juridique et fiscal.

Par Dimitri Friedman - Photo : © DR

En 2011, l’économie du Congo figurait parmi les plus performantes de la planète, avec un taux de croissance proche de 7 %. Dans un contexte mondial morose, le pays tire son épingle du jeu grâce à une situation relativement inédite qui lui a permis, malgré la crise, d’enregistrer une croissance soutenue au cours des dernières années (8,8 % en 2010, 7,6 % en 2009, 5,6 % en 2008), après avoir connu une courte période de récession en 2007. Aujourd’hui, crise du pétrole oblige, ce taux se réduirait à 5,1 %, selon les prévisions de la Banque mondiale. Alors que l’ensemble des pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) ont vu leurs indicateurs économiques se dégrader en raison des répercussions de la crise internationale (avec un taux de croissance global de 4,2 % en 2010 et de 1,8 % en 2009, pour 2,2 % selon les prévisions du FMI en 2015), le Congo conserve un avantage notable et fait figure de locomotive. Dans la sous-région, il devance les performances des autres États pétroliers du bassin du Congo (Gabon et Guinée équatoriale) et celles de l’Angola, qui fut au cours des dernières années le moteur de la Communauté de développement de l’Afrique australe (CDAA, ou SADC pour Southern African Development Community). Par ailleurs, le Congo bénéficie depuis 2011 des effets de l’allègement de sa dette extérieure obtenu dans le cadre de l’arrivée au point d’achèvement de l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés) lancée en 2006. Le stock de dette extérieure congolaise, qui s’élevait en 2006 à 128,5 % du PIB national, est ainsi descendu à 44 % en 2010, dégageant de nouvelles capacités budgétaires pour l’État et les administrations publiques, ce qui permet d’améliorer la gouvernance économique et les conditions de vie des Congolais. Dans ce contexte favorable, les autorités et l’ensemble des opérateurs économiques du pays ont posé les bases d’une intense diversification des activités économiques et d’un assainissement du climat des affaires afin d’appuyer une stratégie ambitieuse de développement économique et humain.


Cap vers l’émergence

En s’inspirant de la stratégie d’insertion des pays émergents dans l’économie mondiale durant les 20 dernières années, le Congo compte profiter de la nouvelle fenêtre d’opportunités qui s’ouvre devant lui pour tirer parti de sa croissance soutenue et amorcer un cycle vertueux de réformes économiques et sociales et d’optimisation de ses méthodes de gouvernance. La stratégie dite du « Chemin d’avenir », élaborée par les autorités congolaises en concertation avec les opérateurs nationaux et étrangers, ses principaux partenaires et les institutions financières internationales, vise à garantir au pays la viabilité de sa stabilité macroéconomique, notamment grâce à des taux d’épargne et d’investissement élevés, un appui à l’émergence d’un marché intérieur, et l’amélioration de la gouvernance économique et de l’efficacité de l’appareil administratif. Comme le démontrent les exemples d’États comme Singapour, la Corée du Sud, la Chine ou le Brésil, la transformation d’une économie en développement en économie émergente suppose que soit garantie une croissance économique soutenue sur une longue période, appuyée sur une stratégie claire de développement social. Situés dans un environnement naturel exceptionnel, qui constitue le deuxième poumon de la terre grâce à leurs bassins forestiers, le Congo et les États de la région se voient par ailleurs confier la lourde tâche de préserver un écosystème garant de la biodiversité et de la soutenabilité de la survie des espèces végétales et animales, ce qui suppose un développement raisonné. Croissance, emploi et développement durable pour les hommes et l’environnement font partie des objectifs que se sont fixé les autorités congolaises pour le plan 2012-2016 posant les jalons de la stratégie du « Chemin d’avenir », qui vise à assurer au Congo une économie solide et diversifiée capable d’exploiter au mieux ses incroyables atouts – tant en apport de matières premières qu’en diversité de paysages et de sols –, et d’améliorer la qualité de l’environnement humain. La République du Congo figure depuis son indépendance, en 1960, parmi les principaux États africains producteurs de pétrole, avec un volume de 263 000 barils/jour, ce qui la place au 4e rang en Afrique subsaharienne. Contribuant pour près de 70 % de la production de richesses du pays, le secteur pétrolier est depuis plusieurs décennies le premier pourvoyeur de devises de l’économie nationale et représente environ 80 % des recettes fiscales. La hausse des cours du brut durant les dernières années avait permis au Congo de conserver une certaine stabilité macroéconomique en dépit des effets délétères de la crise financière (baisse du volume de crédits, hausse des prix à la consommation, etc.), mais avec leur chute depuis le début de l’année, les autorités sont conscientes de la nécessité de diversifier profondément l’économie afin de garantir à la nation une insertion saine dans l’économie-monde, et de lui procurer une protection face aux chocs et aux tensions du marché des hydrocarbures. Après avoir subi un fléchissement au cœur de la crise (avec notamment une baisse de 42 % de l’activité forestière en 2009), le secteur non pétrolier a retrouvé une croissance encourageante – autour de 8 % en 2011 et 8,2 % en 2014 –, grâce aux bonnes performances des industries manufacturières (+13 %), des télécommunications (+10 %) et de l’agriculture (+7,3 %) ; mais aussi grâce aux efforts engagés en matière de construction et de rénovation des infrastructures physiques, qui ont soutenu l’activité des BTP avec une croissance de 10,5 % en 2014. Car malgré les apparences, l’économie congolaise affiche depuis longtemps une structure favorable à la diversification de ses activités. Dans les années 1960, elle était déjà polyvalente et relativement industrialisée, principalement dans les domaines du textile, de la construction et de l’agroalimentaire. Mais sa dépendance vis-à-vis des secteurs extractif et forestier est allée croissant durant les décennies suivantes, et les capacités industrielles et manufacturières du pays ont lourdement souffert de la guerre qui a entraîné une importante dégradation des réseaux logistiques et mis à mal la compétitivité globale du tissu industriel national.Pour ouvrir la voie de l’émergence et retrouver la vocation à la diversité de production de l’économie congolaise, le chef de l’État et le gouvernement ont défini une stratégie de développement énoncée dans le Document de stratégie pour la croissance, l’emploi et la réduction de la pauvreté (DSCERP) 2012-2016, reposant sur trois piliers : l’amélioration des outils de gouvernance (politiques, administratifs, judiciaires, économiques et financiers), la croissance et la diversification, le développement des infrastructures économiques et sociales.


Amélioration de la gouvernance politique et économique

Pour appuyer l’éclosion de cette diversification, quatre Zones économiques spéciales (ZES) ont été créées en 2011 (Pointe-Noire, Brazzaville, Oyo/Ollombo et Ouesso), offrant aux opérateurs économiques congolais et étrangers d’importants avantages et facilités d’investissement, pas encore en fonction mais générateurs d’activités à venir. Dans le même temps, les autorités ont lancé un vaste chantier d’amélioration du climat des affaires, notamment au travers de la conclusion fin 2011 d’un accord de financement avec la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) pour la réalisation d’un Projet d’appui institutionnel pour l’amélioration du climat des affaires et la diversification de l’économie congolaise (Pacadec) et d’un Projet d’appui à la diversification économique (PADE), pilotés par le ministère de l’Économie et de la Planification. La mise en place d’un Guichet unique et d’un Centre de formalités administratives des entreprises reflète la volonté de simplifier les démarches pour la création d’activités et de faciliter les investissements directs étrangers afin d’apporter à l’économie congolaise le dynamisme entrepreneurial nécessaire. La stabilité politique du pays et la stabilité monétaire de la zone Cemac, sous l’autorité de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), sont également pour le Congo deux atouts maîtres. Djibrila Issa, représentant de la Banque mondiale à Brazzaville, a d’ailleurs pris acte de ces efforts en matière de gouvernance économique. Mais en dépit de l’amélioration de la situation macroéconomique et des outils juridiques et fiscaux, le Congo pointe encore en queue de classement du rapport Doing Business 2014. Toutefois, le gouvernement a entrepris une série de réformes à court et moyen termes selon les dix indicateurs du Doing Business. Grâce à ce train de mesures, deux indicateurs ont permis au pays d’améliorer son classement dans le rapport 2015 de la société financière internationale de la Banque mondiale. Il s’agit des indicateurs de création d’entreprises et de protection des investissements. Le gouvernement s’atelle désormais à la mise en œuvre de ces réformes et reste mobilisé pour leur application à long terme. L’adoption de nouvelles mesures incitatives à l’attention des investisseurs nationaux et étrangers vise à doper l’attractivité du pays et se caractérise par une révision de la plupart des dispositifs réglementaires régissant les activités économiques. Le nouveau Code des marchés publics, adopté en 2011, fixe ainsi des procédures d’appels d’offres garantissant une transparence accrue des opérations mettant en jeu les secteurs public et parapublic. Dans le même esprit, la révision du Code pétrolier, du Code minier et du Code forestier a permis d’optimiser les relations entre l’État congolais et les opérateurs économiques, nationaux et étrangers, dans des secteurs clés. Les intérêts des investisseurs étrangers pour le Congo sont multiples et reflètent l’étendue du potentiel économique de ce pays, qui s’étend du nord au sud sur 1 300 km, de l’océan Atlantique au cœur de la forêt équatoriale, le long du « grand fleuve ». Outre son extraordinaire dotation en matières premières (hydrocarbures, minerais, bois précieux, etc.), la République du Congo, à cheval sur l’équateur, jouit d’une situation géographique privilégiée, particulièrement propice au développement d’une agriculture diversifiée sur des cycles de production continue. Les défis à relever sont immenses et les années à venir doivent permettre de poser les jalons de l’émergence économique. Les objectifs de développement humain, de renforcement des infrastructures matérielles, d’accès à la santé, à l’éducation et aux services sociaux de base pour l’ensemble de la population sont autant de batailles à mener pour valoriser le capital humain. L’amélioration des formations scolaire et professionnelle, des services de santé et des infrastructures ne répond pas simplement à des conditions formelles de réalisation de plans de développement ; elle constitue avant tout le cœur d’une politique raisonnée de croissance et le seul moyen d’ouvrir un pays à la prospérité. « La force du baobab est dans ses racines », dit un proverbe bantou ; l’économie du Congo puise pareillement sa force dans ses richesses et ses hommes.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 2