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Le Gabon: Cap vers la croissance et les réformes

S’il s’embarque pour la croissance, c’est que tous les atouts sont réunis pour faire de la 11e économie la plus compétitive d’Afrique un nouvel eldorado économique et social. À cet égard, certains inconvénients pourraient se révéler être des avantages.

Par Dimitri Friedman

D’abord la concentration urbaine. Avec 86 % de sa population vivant dans les villes, principalement Libreville et Port-Gentil, le Gabon développe ses principales activités autour de ces deux pôles qui exercent une force d’attraction non seulement sur ses ruraux, mais aussi sur les Européens, lesquels viennent s’y installer pour saisir les opportunités, au rang desquelles l’économie numérique, les nouvelles technologies ainsi que les infrastructures. Naturellement, ce développement urbain entraîne un déficit de logements, c’est pourquoi la présidence et le gouvernement ont récemment mis l’accent sur le développement de routes et de logements sociaux. L’Agence nationale des grands travaux (créée en 2010), rattachée directement à la présidence de la République, a en charge un certain nombre de projets, portant entre autres sur les logements sociaux (à Angondjé, au nord de la zone urbaine de Libreville), le tourisme (projet Champ-Triomphal et marina du Port-Môle sur le front de mer de la capitale), les routes (axe nord-sud à Libreville), le secteur aéroportuaire, la création de zones économiques franches (Zone de Nkok), ou l’éducation (CES Mikolongo).

Autre faiblesse structurelle en passe de s’améliorer, la dépendance à la rente pétrolière, qui représente 50 % des recettes de l’État (80 % des exportations). Elle devrait baisser dans les années à venir avec la mise en œuvre de la diversification, le développement des industries de transformation et des services, et les investissements publics. Ces derniers nécessiteront un ajustement budgétaire consécutif à l’affaiblissement des cours du pétrole et à une révision à la baisse du taux de croissance (le FMI, qui affiche pourtant une prudence de rigueur quant au taux de croissance, table sur 4,5 % en 2015). Mais la base est solide. Bien que le prix du baril brut soit passé de 101 dollars en août 2014 à 47 dollars en janvier 2015, le Gabon est riche. Il n’est plus « sous programme » du FMI depuis mai 2010. Sa dépendance financière internationale à long terme – vis-à-vis des Banque mondiale, BAD, BDEAC, AFD – reste acceptable. La récente dégradation de la note souveraine du Gabon par Standard & Poor’s (de BB à B+) ne devrait pas changer la donne. L’agence elle-même admet que les perspectives de l’économie gabonaise restent stables, et les experts de Morgan Stanley et de l’US Energy Information Administration (EIA) prévoient une remontée des cours du baril de brut pour l’année (aux alentours de 70 dollars).

On pourrait multiplier les analyses économiques, et c’est d’ailleurs l’objet de ce dossier Spécial Gabon. Mais plus que les indicateurs, ce qui représente peut-être le meilleur atout du Gabon est l’état d’esprit engendré par la volonté réformiste du président Bongo depuis octobre 2009, date de son élection. L’instauration d’une démocratie économique, d’un système politique qui rompt avec les anciennes habitudes, d’une méritocratie qui ne soit plus fondée sur l’appartenance ethnique ou politique, permet l’émergence d’une jeune classe dirigeante et d’une nouvelle bourgeoisie. Voilà en fait les ingrédients du décollage gabonais.