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Atouts énergétiques de la RDC, cap sur l’exportation

La République Démocratique du Congo a été surnommée « scandale géologique » sur terre. Les atouts issus de son sous-sol sont immenses, et font de ce pays une des clés du développement industriel international. Dernier en date, l’énergie électrique, dont l’exportation est l’un des succès du géant de l’Afrique centrale. La demande de ressources devient un enjeu international.

Par Pold Levi - Photo: AFP - Marc Jourdier

Grand Inga : vers la constitution d’un Gazprom congolais ?

Afrique du Sud, Nigéria, Égypte, Proche-Orient et même Union européenne… la demande d’énergie électrique auprès de la RDC devient un enjeu international. Le projet Grand Inga (plus de 40 000 MW) dotera le pays, foi d’experts, d’un atout géostratégique et financier à la dimension du Gazprom russe… à condition que Kinshasa en conserve le leadership et la souveraineté.

Le traité énergétique pour le développement du Grand Inga, conclu le 23 octobre 2013 à Kinshasa entre les Présidents congolais Joseph Kabila et sud-africain Jacob Zuma, reconnaît le complexe hydroélectrique d’Inga comme « actif national appartenant au peuple congolais ». Dans son discours du 14 décembre 2015 devant le Congrès, Joseph Kabila a annoncé « à moyen terme (2018, d’après les experts, ndlr) la construction d’Inga III basse chute, devant produire 4 800 MW dont 2 300 destinés à la satisfaction de la demande intérieure ».

L’interrupteur du continent

Le reste, soit 2 500 MW, sera vendu au partenaire sud-africain, qui, selon le traité convenu avec la RDC, jouira par la suite d’un droit d’achat de 30 % d’énergie produite dans chacune des six autres centrales du Grand Inga. La RDC est également en pourparlers avec le Nigéria pour la vente de l’énergie d’Inga IV. Les négociations avec l’Égypte évolueraient également. Des experts du ministère congolais de l’Énergie dévoilent que le Sud-Soudan, le Soudan ainsi que le Kenya ont souhaité se connecter à la future ligne Inga-Égypte. D’après l’ONG Counter Balance, des réflexions sont en cours afin que du pays des pharaons, le courant d’Inga alimente également le Moyen-Orient. Selon la même source, des études en vue de la construction d’une ligne haute tension, passant sous la Méditerranée, pour alimenter l’Europe se poursuivent depuis quelques années. Ainsi, le projet Grand Inga pourrait rapporter gros à la RDC, note Counter Balance, citant notamment la Banque mondiale. La Banque africaine de développement (BAD) estime que quelque 100 milliards de dollars seraient nécessaires pour la réalisation du Grand Inga.

L’intérêt que le projet suscite et le montage financier qu’il exige devraient, selon la BAD, ouvrir utilement Grand Inga à d’autres acteurs que la RDC et son partenaire l’Afrique du Sud. L’on sait déjà que des investisseurs américains ont promis au Premier ministre congolais Augustin Matata Ponyo d’injecter 5 milliards de dollars dans le projet. L’Agence française de développement (AFD) ou encore la Banque européenne d’investissements (BEI) ont également manifesté leur intérêt. Mais aussi des privés. Du coup, dans la mouvance de la société civile congolaise, on redoute que la RDC ne soit dépossédée de son patrimoine. Pour dissiper ces craintes et pour plus de visibilité et de maîtrise du projet, le gouvernement a sollicité l’expertise du bureau d’études de GDF Suez ou encore du cabinet américain d’avocats Orrick Herrington & Sutcliffe. Fin 2015, Joseph Kabila a également créé l’Agence de développement et de promotion du site d’Inga (Adepi).

Gestion ténébreuse

Dans tous les cas de figure, des associations de lutte contre la corruption (Licoco, Corap, etc.) redoutent surtout la gestion nationale de la future manne financière que devrait rapporter le projet Grand Inga. Déjà, les centrales Inga I et II ont représenté plus de 30 % de la dette publique de la RDC, estimée à 12 milliards de dollars en 2010 quand le pays atteignait le point d’achèvement de l’Initiative pour les pays pauvres très endettés (IPPTE), grâce auquel 90 % de cette dette a été annulée. D’aucuns sont d’avis que les deux projets énergétiques n’auront été que des éléphants blancs. L’apport de la vente du courant d’Inga à l’étranger, qui représentait, durant la période faste (1990-2005) de la Société nationale d’électricité, 20 % de la balance commerciale de la RDC, s’est réduit comme une peau de chagrin dans le budget de l’État… jusqu’à devenir insignifiant. Quelque 32 millions de dollars versés par le Congo d’en face pour sa consommation du courant d’Inga ont été détournés. Point d’enquête. Les auteurs présumés du péculat occupent toujours de hautes fonctions au sein de l’appareil d’État. Concomitamment, à l’interne, le taux de desserte en énergie électrique en RDC n’est plus que de 9 à 15 % selon les sources officielles, alors que la moyenne en Afrique subsaharienne se situe autour de 30 %.

Les fuels de la croissance

Le groupe pétrolier français Perenco, qui extrait de l’or noir sur la petite côte atlantique de la RDC (37 km), dans la région de Muanda, envisage de se lancer dans l’exploitation du gaz. Elle compte sur des réserves de 20 milliards de mètres cubes en offshore et 10 milliards en onshore.

Depuis des lustres, le gaz est plutôt brûlé par torchères lors de l’extraction du brut à Muanda. Or Elias Punpong, responsable du secteur Pétrole et Gaz en Afrique au sein du cabinet Ernst & Young, soutient, comme de nombreux experts, que « l’exploitation du gaz naturel représente une opportunité phénoménale pour l’Afrique. Elle peut devenir un moteur essentiel pour la croissance économique et, plus largement, pour le développement social, ainsi qu’un atout majeur pour la croissance de l’emploi local et le développement de l’infrastructure. » Invité à Kinshasa en septembre 2014, dans le cadre du forum économique iPAD, Miguel Azevedo, directeur général à la Citibank pour l’Afrique subsaharienne, avait également proposé aux autorités de la RDC de se pencher sur les grandes perspectives du développement de l’industrie du gaz et du pétrole plutôt que de considérer toujours l’industrie minière comme moteur du développement du pays.

Fin 2014, à la suite de nouvelles inquiétudes sur une éventuelle remontée du gaz méthane du lac Kivu à la surface, avec risque d’explosion, le ministère des Hydrocarbures a lancé un avis à manifestation d’intérêts pour recruter une société en vue de l’exploitation de ce gaz et de sa transformation en électricité. Mais à ce jour, aucune entreprise n’a officiellement été recrutée. Toutefois, de l’avis des experts, la RDC a beaucoup à y gagner, le lac renfermant 66 milliards de normaux mètres cubes (Nm3) – même si 45 % reviennent au Rwanda voisin. À Muanda, Perenco utilise déjà le gaz pour alimenter les générateurs de la centrale de Kinkazi. Pour le grand bonheur des communautés locales.

Quelque 70 villages se retrouvent électrifiés !

Reste que le pétrole rapporte, en moyenne, 400 millions de dollars l’an au Trésor public, malgré une production restée figée depuis 1970, de 25 000 barils/jour. Les perspectives sont plutôt bonnes. La société Oil of DRCongo de l’israélien Dan Gertler a découvert une réserve potentielle de 3 milliards de barils dans les blocs I et II du lac Albert. Ce qui augure une production de 50 000 barils/jour et augmenterait le PIB de la RDC de 25 %, selon le ministère des Hydrocarbures. L’or noir, on en trouve aussi dans le parc des Virunga. Mais ici le pari est loin d’être gagné. Total et Soco doivent attendre. « À ce jour, il n’y a eu aucune demande formelle » de la part des autorités congolaises de déclassifier une partie du parc, a précisé le représentant de l’Unesco en RDC, Abdourahamane Diallo.

La bonne mine des finances dépend encore des mines

Malgré la chute des cours mondiaux en 2015, les mines et le pétrole demeurent les piliers de la croissance de la RDC, a dit, en marge d’une cérémonie d’échange de vœux pour l’année 2016, le gouverneur de la Banque centrale du Congo, Deogratias Mutombo. Les mines rapportent près de 2 milliards de dollars l’an à l’État.

Lors des ateliers inhérents au dernier rapport ITIE-RDC portant sur l’exercice 2013 et rendu public le 21 juillet 2015, recommandation a été faite aux autorités de la RDC d’utiliser les recettes provenant des industries extractives au mieux des intérêts des 70 millions de Congolais. Vivement la création de fonds souverains : encore 50 ans, et tout ou presque sera épuisé.

Évalué à 24 000 milliards de dollars en 2010, le potentiel minier de la RDC fait, cinq ans plus tard, l’objet de controverses. Toutefois, d’après les analystes les plus pessimistes, l’équivalent de quelque 4 000 milliards logerait encore dans le sous-sol du pays.

Selon les réserves minières certifiées, la RDC dispose encore de 92 millions de tonnes de cuivre, principalement constituées par les gisements de Tenke Fungurume Mining, filiale de l’américain Freeport-MacMoRan, et de Kamoa, filiale du canadien Ivanhoe Mines. « Avec une production de 1 500 000 t par an, la durée de vie des mines au Katanga est de 61 ans », estime le géologue Léonide Mupepele. Pour le cobalt, il avance une estimation de 6,5 millions de tonnes pour une durée d’extraction de 65 ans, si l’on s’en tient à une moyenne de production de 100 000 t l’an. Quant au fer, il y en a encore en terre congolaise, quelque 19 millions de tonnes de réserves. Si la production est portée à 200 000 t l’an comme annoncé par le ministère des Mines, l’activité extractive tiendrait encore près d’un siècle. Quant à l’or, les réserves se situent autour de 1,5 milliard de tonnes. Elles arriveraient à épuisement après 47 ans, au regard du rythme actuel de production qui est de 32 millions de tonnes en moyenne l’an. En ce qui concerne le diamant, après plus d’un siècle d’extraction, principalement dans la région du Kasaï, ses réserves sont évaluées à 145 millions de carats. Si la production était portée à 17 millions de carats l’an comme envisagé, dans les dix prochaines années tout sera épuisé. Signe prémonitoire, la principale entreprise diamantifère de la RDC, la MIBA, est à ce jour contrainte de casser de la roche kimberlitique dans l’espoir d’y trouver du diamant. Il ne reste pratiquement plus rien du coltan (colombo-tantalite) – juste 10 000 t –, après qu’il ait longtemps été la principale motivation des guerres des milices dans l’est de la RDC. Encore cinq à huit ans d’extraction et tout sera terminé. Pour la cassitérite, les réserves certifiées sont de 327 000 t, exploitables encore 22 ans si la production annuelle se situe à 15 000 t. On le voit, même si l’avenir minier de la RDC n’est pas sans limites, les revenus qui en dépendent sont encore conséquents.

Le méga projet d’Inga

Faisant suite aux deux précédentes centrales hydroélectriques déjà opérationnelles (Inga I et II), l’étude de faisabilité réalisée par le groupement AECOM-EDF a présenté le projet Grand Inga, composé d’un chapelet de sept centrales dont Inga III basse chute constitue la première phase. Sa capacité installée sera de 4 755 MW et celle d’Inga III haute chute 3 030 MW. Inga IV aura une puissance de 4 200 MW contre 6 970 pour Inga V, tandis qu’Inga VI, VII et VIII produiront respectivement 6 680, 6 700 et 6 740 MW.