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Les ressources de la RDC, un colosse aux pieds d’argile

La RDC possède des ressources naturelles qui attisent les convoitises de certains pays de la région et du monde. Étendue sur une superficie de 2 345 000 km2, elle est le deuxième massif forestier de la planète après celui de l’Amazonie.

Par Munor Kabondo - Photo: Shutterstock - Lmspencer

Ses vastes ressources forestières sont généralement en bon état. Mais par manque d’une politique efficace, elles s’amenuisent progressivement. Actuellement, le taux de déforestation est d’environ 0,2 %, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). L’agriculture itinérante sur brûlis, ainsi que la collecte du bois énergie et des charbons de bois représentant plus de 90 % des besoins énergétiques de la population sont parmi les causes de cette dégradation.

Cette situation expose le pays à de très importantes conséquences du fait du changement climatique dans les années à venir. Présent à la 21e session de la Conférence internationale des parties sur le climat (COP21) organisée au mois de décembre à Paris, il a réaffirmé son engagement à lutter contre ce fléau. Au total 196 pays, dont la RDC, ont signé un accord visant à maintenir la hausse de la température mondiale en dessous de 2 °C.

Pour combattre le changement climatique et promouvoir l’agriculture, la RDC a adopté divers textes et lois, parmi lesquels le Code forestier et la loi sur la conservation de la nature. Ces dispositions ont permis l’intégration des principes universellement consacrés par les conventions internationales.

Par exemple, le projet Ibi Village, de l’entreprise Novacel, dirigé par Olivier Mushiete – fils de Paul Mushiete –, qui a été initié depuis plus d’une décennie. Situé 40 km de Kinshasa, Ibi Village est un programme qui livre des crédits carbone forestiers en RDC. Son puits de carbone permettra de capturer 2,4 millions de tonnes de CO2 sur 30 ans. D’ici 2017, Ibi Village séquestrera un minimum d’un million de tonnes de CO2. Le puits de carbone forestier consiste à reboiser 4 500 ha au rythme de 900 ha par an pendant cinq ans. Sur ces 900 ha, 800 sont plantés en combinant manioc et arbres dans les mêmes champs, et 100 ha sont plantés en forêt pure. Ibi Village produit en même temps 15 t de tubercules par jour.

Quant au secteur agricole, il est caractérisé par l’agriculture de subsistance non durable, la déforestation, l’érosion, la dégradation des sols et autres maux. D’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (WFP), environ 70 % de la population est mal nourrie en RDC. Dans ce secteur où il existe un potentiel sous-exploité pour l’agroforesterie et l’agriculture de conservation, le gouvernement a lancé en 2014 un vaste projet, le parc agro-industriel de Bukanga Lonzo. Sur 75 000 ha, près de 10 000 ha sont dédiés à la culture de légumes et produits maraîchers. Au moins 83 millions de dollars y ont été mobilisés. Ce projet pourra être élargi dans les 26 provinces du pays.

L’UE au chevet de la biodiversité congolaise

La RDC possède la plus grande diversité biologique d’Afrique : environ 480 espèces de mammifères, 1 090 d’oiseaux, 1 600 de poissons, 350 de reptiles y vivent. Actuellement, la liste des Espèces menacées et vulnérables de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en répertorie 190 venant de RDC. Par exemple, les rhinocéros blancs du nord sont proches de l’extinction. De même, il ne reste plus que quelques centaines de gorilles des montagnes. Les bonobos, grands singes endémiques, sont victimes de la chasse commerciale pour la viande de brousse. Depuis 2006, le nombre d’éléphants a chuté de 62 000 à 23 000.

C’est pourquoi l’Union européenne vient d’octroyer 120 millions d’euros à la RDC dans le cadre du 11e Fonds européen de développement (FED), en rapport avec la Convention de financement du programme environnement et agriculture durable pour la sauvegarde des sites biologiques prioritaires du pays. Cette aide, conclue le 15 décembre 2015 en présence du chef de la délégation de l’UE en RDC Jean-Michel Dumond, s’inscrit dans la continuité de l’appui de l’UE à la protection et à la gestion durable des écosystèmes forestiers.

Très riche en ressources hydrauliques, avec 50 % de l’eau douce d’Afrique, la RDC compte pourtant au moins 51 millions de personnes sur les 70 millions de sa population qui n’ont pas accès à l’eau, selon le PNUE. L’insuffisance infrastructurelle en est l’une des causes. La RDC est dotée d’une diversité exceptionnellement élevée de poissons d’eau douce. Certes, les études écologiques sont incomplètes, mais on compte cependant déjà plus de 1 600 espèces de poissons.

Malheureusement, l’application des lois sur la protection de la nature est ici très laxiste. L’effondrement de la pêche industrielle, la pêche artisanale non réglementée et la pollution figurent parmi les obstacles au développement de ce secteur.

Bilan : le climat des affaires en RDC reste peu rassurant malgré les efforts fournis par le gouvernement pour limiter les tracasseries. Beaucoup de formalités compliquent encore le décollage des PME dans le domaine des activités basées sur la biodiversité. La Banque mondiale a indiqué que sur les 6 000 sociétés privées qui existaient il y a 29 ans avant, ce chiffre est tombé à 5 000 il y a 4 ans. Ce qui n’est pas pour faciliter l’accès de nouveaux investisseurs dans les secteurs du développement écologique.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 5