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Climat des affaires en RDC, la difficulté d'entreprendre

Si les réformes visant à l’amélioration du climat des affaires ont été positives, entreprendre en RDC reste un parcours du combattant pour une société locale, qui n’a pas la même résilience qu’une multinationale.

Par Dounia Ben Mohamed - Photo: Shutterstock - Mathias G. Ziegler

Un peu plus de 4 000 : c’est, selon la Fédération des entreprises du Congo (FEC), premier syndicat patronal du pays et Chambre de commerce et d’industrie de droit privé, le nombre d’entreprises qui composent le secteur privé congolais. Un chiffre assez faible compte tenu de la taille du pays, l’un des plus grands d’Afrique, et de ses potentialités, en termes de ressources naturelles (minerais, bois...) notamment. De fait, l’économie congolaise repose en grande partie sur l’activité minière, mais les activités de production et de transformation sont très limitées. Pourtant, dans le passé, un tissu industriel existait, avec d’importantes sociétés, aussi bien publiques que privées, lesquelles ont toutes ou presque disparu, laissant aux multinationales des pans entiers de l’économie : les secteurs d’extraction des ressources naturelles par exemple, ou l’importation. Entre-temps, le mobutisme et la désastreuse politique de « zaïrisation », des années de conflits et de crises socioéconomiques ont cassé le développement du secteur privé local.

Un secteur plombé

Aujourd’hui, en dépit de la forte croissance que connaît le pays depuis plusieurs années, le secteur privé peine à émerger, du fait d’un certain nombre d’obstacles, au rang desquels l’absence d’infrastructures, le déficit énergétique, la difficulté d’accès aux financements, la corruption et la parafiscalité. Résultat, un nombre incalculable d’entreprises opèrent dans l’informel (jusqu’à 80 %, selon certaines sources). Les PME qui se créent sont peu nombreuses et doivent être accompagnées, et le tissu industriel est embryonnaire. Inévitablement, cette situation se double d’un fort taux de chômage alors que, paradoxalement, des secteurs connaissent une pénurie de main-d’œuvre faute d’adéquation entre la demande du marché du travail et le niveau de formation. « On ne peut pas dire qu’il n’existe pas de secteur privé congolais, nous sommes là, même si nous ne sommes pas nombreux, souligne un entrepreneur congolais, également administrateur à la FEC. Et nous nous battons face aux multinationales, aux politiques, aux taxes qui reposent sur nos épaules puisque à peine 20 % des entreprises payent les taxes et impôts. Et il faut bien construire des routes, des écoles, des hôpitaux... »

S’ils jouent le jeu, faute d’alternative, les opérateurs dénoncent régulièrement, au travers de la FEC notamment, les tracasseries administratives et le poids de la fiscalité qui les écrasent, alors que, à côté de cela, les banques locales rechignent à prêter aux nationaux. « Cela commence à changer », observe Jean-Baptiste Ntagoma, conseiller du Premier ministre en charge de la stratégie et des perspectives économiques. Selon lui, la stabilité du taux de change a permis aux banques commerciales de dégager des lignes de crédits (autrefois, seuls les opérateurs étrangers y avaient accès). Et de souligner qu’on assiste à un début timide d’octroi de crédits à des Congolais qui commencent à aller vers l’agriculture, les services, la distribution, vers les industries qui refont surface.

Une amélioration du climat des affaires

Certains secteurs, en pleine ébullition, bénéficient également d’une amélioration du climat des affaires. Une panoplie de réformes a été engagée pour encourager le secteur privé local : création du guichet unique, mise en place du guichet unique du commerce extérieur (en cours), réduction du nombre de taxes, etc. Ce qui a valu à la RDC de figurer parmi les pays les plus réformateurs au monde en 2014 dans le classement Doing Business de la Banque mondiale. « Malgré certaines améliorations, le climat des affaires restera difficile, en raison du niveau élevé de corruption et du manque de transparence dans le secteur minier, analyse le cabinet Coface. En outre, l’absence d’un programme d’aide du FMI attise la méfiance des investisseurs, voire des donateurs. La RDC compte d’ailleurs demander une nouvelle ligne de facilité de crédit au FMI afin de mettre en place certaines réformes structurelles à même de rassurer les investisseurs et d’essayer de répondre aux Objectifs du millénaire pour le développement, dont aucun ne sera atteint en 2015. »

Un programme d’appui au secteur privé

En attendant, le gouvernement a entrepris, en août dernier, un programme d’appui au secteur privé national, soutenu par la Banque africaine de développement (BAD). D’un montant de 53,5 millions de dollars, l’enveloppe va servir au développement du secteur privé et à la création d’emplois. Avec, sur la feuille de route, le déploiement du réseau du guichet unique dans les provinces, la mise en place et l’opérationnalisation de l’unité centrale du partenariat public-privé, la préparation et l’adoption par le gouvernement de la stratégie nationale de développement des PME, la création de 9 000 emplois féminin et l’insertion de 10 000 jeunes n’ayant pas d’expérience professionnelle. Il est temps de faire décoller le secteur privé local.