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Matata Ponyo Mapon, l’homme des réformes économiques

Habile technocrate, Augustin Matata Ponyo Mapon est l’homme qui a mis au vert les comptes de la RDC. « Le réformateur », nommé Premier ministre le 18 avril 2012, a imposé sa méthode, celle de la rigueur. Ce qui n’a pas été pour plaire à tous. Alors que la course à la présidentielle a démarré, beaucoup s’interrogent : Matata Ponyo restera-t-il l’homme de Joseph Kabila, quitte à devenir son « Dmitri Medvedev », dans l’après-2016 ? Ou bien, fort de son bilan, révèlera-t-il des ambitions jusqu’ici bien dissimulées ? Portrait.

Par Dounia Ben Mohamed - Photo : AFP - Federico Scoppa

« Il ne peut pas continuer à rester hors du jeu politique. Il va devoir se révéler cette année : s’il a des ambitions présidentielles, il va falloir qu’il se démarque de Kabila. » Difficile de cerner Matata Ponyo. Ainsi que l’exprime un diplomate congolais, le Premier ministre reste aux yeux de beaucoup un mystère. Baptisé « le réformateur », il est l’homme qui a mis au vert les comptes de la RDC. Nommé Premier ministre le 18 avril 2012 et reconduit à son poste à deux reprises depuis, il a imposé sa méthode, celle de la rigueur, avec poigne, sans forcément l’appui de ses pairs. Avec ses acolytes de la primature, des « superconseillers » qu’il réunit toutes les semaines pour faire le point sur les dossiers en cours, il a formé une sorte de gouvernement dans le gouvernement. Ce qui n’aurait pas été du goût de tous. Y compris au sein même du clan Kabila. « Pour qui roule Matata ? Est ce qu’il est là pour faire le job, selon la feuille de route du Président Kabila, où joue-t-il solo ? », interroge un membre du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) de Joseph Kabila. Difficile à savoir. Pour mieux comprendre, il faut revenir sur le profil de Matata Ponyo.

Un technocrate peu enclin à se plier aux jeux de la politique politicienne

À 51 ans, l’actuel chef du gouvernement congolais reste avant tout un technocrate. Économiste de formation, spécialiste en politiques monétaire et budgétaire, il a fait ses classes au sein de la Banque centrale du Congo (BCC) où il est resté de 1988 à 2000, période durant laquelle il s’est familiarisé avec la Banque de France, le FMI aux États-Unis, et d’autres institutions internationales. De 2001 à 2003, il est conseiller économique au ministère des Finances et participe à l’élaboration et au suivi du Programme économique du gouvernement qui a permis de stopper l’hyperinflation qu’a connue la RDC durant les années 1990. Puis il est nommé directeur général du Bureau central de coordination (BCECO), jusqu’au 19 février 2010 où il est invité à prendre la tête du ministère des Finances, poste qu’il garde deux ans.

C’est sous sa supervision que la RDC entame le programme de l’Initiative en faveur des Pays pauvres très endettés (IPPTE) du FMI, alors que l’Institution avait suspendu, en décembre 2012, une ligne de crédit d’environ 560 millions de dollars accordée au pays en 2009, faute d’avoir obtenu suffisamment d’informations sur une cession de parts dans une entreprise minière appartenant à l’État congolais. Des négociations qu’il mène avec habileté et fermeté, rassurant les partenaires institutionnels de la RDC, qui sort progressivement de son isolement diplomatique, sans pour autant plier sous leur pression. Une attitude qui sera sa marque de fabrique alors qu’il entre à la primature. Il n’hésitera pas à déclarer, en janvier 2014 : « La RDC n’a pas besoin du FMI », alors que les discussions avec le Fonds piétinent.

Matata Ponyo n’est pas un homme de consensus, c’est ce qu’on lui reproche. Membre du PPRD et originaire par ailleurs du Maniema, une province de l’Est où les scores ont été largement en faveur de Kabila, l’homme reste un technocrate peu enclin à se plier au jeu de la politique politicienne.

Un bilan louable

Mais les résultats sont là et son bilan est louable. Dans un contexte mondial marqué par la crise économique et financière, le Ministre stabilise le cadre macroéconomique de la RDC (avec un taux de croissance de 7,7 % en 2015), et, pour la première fois depuis des années, le taux de change du franc congolais. Cela a permis à la RDC d’atteindre le Point d’achèvement en juin 2010, ce qui s’est concrétisé par l’annulation d’environ 10 milliards de dollars de dette extérieure du pays. Avec la même fermeté, Matata Ponyo a lancé une série de réformes, dont le nouveau Code des douanes, la loi sur les finances publiques, le nouveau Code des marchés publics, la taxe sur la valeur ajoutée et le versement des salaires des fonctionnaires par voie bancaire. Avec en ligne de mire la lutte contre la corruption, son obsession. Sa gestion drastique des deniers de l’État permettra de doubler le budget et de financer, sur fonds propre, une ambitieuse politique sociale. Des réformes saluées par le dernier rapport Doing business de la Banque mondiale, qui classe la RDC parmi les 10 pays les plus réformateurs au monde… même si le pays reste en queue du classement (184e sur 189).

Reste que Matata Ponyo peine à se muer en homme politique. Et alors que la course à la présidentielle est plus qu’engagée, même si la date de l’élection n’a pas encore été fixée, beaucoup s’interrogent sur le rôle que jouera le Premier ministre en 2016. Matata Ponyo restera-t-il l’exécutant de Joseph Kabila, ou, fort de son bilan, révèlera-t-il des ambitions jusqu’ici bien dissimulées ? Les rumeurs d’un scénario « à la Poutine » circulent à Kinshasa (le Président russe, pour rester aux commandes de son pays, a poussé son poulain Dmitri Medvedev aux portes de la présidence, ce qui lui a permis non seulement de garder une main sur les affaires de l’État, mais surtout de se représenter une fois le mandat de celui-ci terminé). Matata Ponyo serait ainsi le dauphin de Kabila. Encore faudrait-il qu’il l’accepte, que les ténors du Parti l’agréent – ce qui est loin d’être gagné –, et surtout qu’il remporte le suffrage – ce qui n’est pas assuré non plus malgré ses résultats. Car, vu de la rue, Matata Ponyo est un homme froid, distant, intransigeant. De plus, des affaires de commissions dans des appels d’offres ont entaché sa réputation : il serait moins rigoureux avec ses propres comptes qu’avec ceux de ses collègues du gouvernement. Mais ces soupçons, non avérés, ne semblent pas perturber Matata Ponyo qui reste sur sa feuille de route, balayant toutes les rumeurs sur son éventuelle candidature d’un revers de cravate rouge.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 5