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Focus décentralisation : la RDC passe de 11 à 26 régions

Depuis l’été dernier, la RDC compte 26 provinces, soit 15 nouvelles. Objectif : accélérer le développement socioéconomique par une présence de l’État sur l’ensemble du territoire. Si l’intention est louable, son application inquiète...

Par Dounia Ben Mohamed Photo :

2 345 000 km2 et des poussières. C’est la superficie de la RDC, un territoire équivalent à celui de l’Europe de l’Ouest. Un formidable atout en termes de potentiels agricole, industriel et autres opportunités d’affaires, mais également un défi en termes de développement socioéconomique, d’infrastructures, d’administration. Si l’option du fédéralisme n’est pas envisageable pour ses leaders politiques, du moins pour la majorité d’entre eux, la décentralisation a souvent été évoquée comme une nécessité. À ce sujet, une étape supplémentaire a été franchie : alors que le pays comptait, en 1924, quatre provinces, il est passé de 11 à 26 l’été dernier.
Prévu dans la Constitution de 2006 et voté par référendum, le découpage administratif, amorcé en janvier 2015, a été défini par une loi promulguée en mars 2015 par le Président Joseph Kabila. Les provinces du Bandundu, de l’Équateur, les deux Kasaï, du Katanga et la Province orientale ont été divisées pour donner naissance à 21 nouvelles provinces. Ainsi la RDC est désormais composée de : Bas-Uélé, Équateur, Haut-Katanga, Haut-Lomami, Haut-Uélé, Ituri, Kasaï, Kasaï-Oriental, Kongo-Central, Kwango, Kwilu, Lomami, Lualaba, Lulua, Mai-Ndombe, Mongala, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Nord-Ubangi, Sud-Ubangi, Sankuru, Tanganyika, Tshopo, Tshuapa, Kinshasa, Maniema.

Une opération salutaire

Fin octobre, le Chef de l’État a nommé des commissaires spéciaux pour rendre effective cette nouvelle organisation administrative, en attendant l’élection des nouveaux gouverneurs. Un processus qualifié de « salutaire et réussi » par Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, rappelant au passage que si « en 2006, tout le monde n’avait pas voté le référendum qui a été adopté à une très large majorité, il est important qu’en démocratie, la minorité se soumette à la loi de la majorité ». Allusion faite à ceux qui continuent de s’opposer à la reconfiguration administrative du territoire national : les uns y voient un artifice de la majorité présidentielle pour mieux contrôler certaines régions, le puissant et rebelle Katanga notamment (qui n’existe plus au profit de quatre nouvelles provinces : le Tanganyika, le Haut-Lomami, le Haut-Katanga et le Lualaba) ; les autres, dans un registre plus pratique, dénoncent les conditions de son application. « Même s’il était prévu depuis 2006, le découpage a été décidé à la va-vite, sans en préparer les modalités. À la fois sur le plan des compétences humaines, et sur les plans financier, technique et logistique. On va vers un véritable casse-tête... », s’inquiète un agent de la fonction publique. D’autant que certaines régions, plus riches que d’autres – le Katanga, la ville de Kinshasa et le Bas-Congo, qui contribuent considérablement au budget national –, craignent de se voir lésées au profit des moins privilégiées.

Plus d’équité entre les provinces

Quel est l’intérêt de ce nouveau découpage ? Une meilleure redistribution des richesses et plus d’équité entre les régions, plaide-t-on au gouvernement. Sous-entendu : plus proche, l’État pourra mieux accompagner les zones enclavées, dépourvues d’administrations, d’infrastructures, de services. Interrogé, un haut fonctionnaire laisse entendre que « cela va même créer de l’emploi. Quand des fonctionnaires vont s’installer, les banques vont suivre, ainsi que des sociétés de service, de construction, et créer de l’activité économique. Il y a également un autre aspect : renforcer la cohésion nationale. Des fonctionnaires de Kinshasa vont aller travailler dans le centre et générer une nouvelle mixité ethnique, sociale, culturelle... » Cet homme dit ne pas comprendre ceux qui critiquent le découpage : « Ils réclamaient plus de décentralisation depuis des années, aujourd’hui qu’on le fait, on nous critique. C’est la période qui veut ça : en période préélectorale, tout ce que fait le gouvernement est mal... »
Le coût de l’installation des nouvelles provinces est évalué à 1 milliard de dollars. À condition d’aller au bout du processus de décentralisation, ce qui signifie un transfert de compétences, logistique, mais également financier. Or c’est sur ce dernier point que les critiques se concentrent. « On va encore devoir quémander des ressources à l’administration centrale, comme les 40 % qui n’ont jamais été rétrocédés ! », déplore un habitant du Katanga, évoquant la question de la rétrocession de 40 % des recettes prévue par la Constitution mais jamais reversée. Ce à quoi un cadre du gouvernement rétorque : « [C’est] justement parce que localement, la gouvernance n’était pas là. Maintenant que l’État est présent sur tout le territoire national, à travers ses agents, les financements suivront. » En attendant, le coût élevé de l’installation des nouvelles provinces fait dire à l’opposition que le moment n’était pas adéquat, alors que le gouvernement indique ne pas avoir les fonds nécessaires pour l’organisation des élections prévues en 2016.


Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 5