A la une

Katanga : Riien ne va plus au paradis minier

Découpage administratif, crise chez les miniers, déficit énergétique, tensions sociopolitiques et sursaut sécessionniste... Rien ne marche plus au Katanga, aujourd’hui divisé en quatre provinces.

Par Dounia Ben Mohamed - Photo : AFP - Gwenn Dubourthoumieu

10 novembre 2015. La paisible ville de Lubumbashi connaît des troubles inhabituels. Des affrontements entre les forces de police et de jeunes militants de l’Union nationale des fédéralistes du Congo (Unafec), suivis de saccages de bâtiments et de biens publics, paralysent l’activité commerciale et obligent les habitants à se replier chez eux. À l’origine de la discorde, l’arrestation de sympathisants de l’Unafec qui avaient bravé l’interdiction de manifester prise par le maire. Une manière de museler l’opposition, selon les cadres de l’Unafec, un parti exclu de la majorité présidentielle en septembre dernier alors que sa direction s’était prononcée contre la volonté du Président Joseph Kabila de modifier la Constitution. Ce débat concentre l’intérêt dans l’ensemble du pays et pas simplement à Lubumbashi même si, ici, dans la capitale du Katanga, il revêt un aspect particulier.

La fronde de l’opposition

Baptisée Katanga en 1997, après la chute de Mobutu, la province la plus méridionale de la RDC est également la plus riche. Avec 497 000 km2, son territoire est aussi vaste que l’Espagne, pour un peu plus de 6 millions d’habitants. Et son sous-sol regorge de richesses : cobalt, cuivre, fer, radium, uranium, diamants... ce qui a fait sa grandeur, et peut-être son malheur. Indépendant entre 1960 et 1963, porté par l’activisme de Moïse Tshombe, le Katanga semble n’avoir jamais perdu cette tentation sécessionniste face au pouvoir central. Et ces derniers temps, c’est un autre Moïse, en l’occurrence Katumbi, qui mène la fronde.
L’ancien gouverneur du Katanga, également président du club de football Mazembe, est un self made man qui a fait fortune dans les affaires (cf. portrait), bien avant d’entrer en politique... aux côtés de Joseph Kabila. Autrefois alliés, les deux hommes sont aujourd’hui rivaux alors que Moïse Katumbi a rejoint le front de l’opposition. Avec le récent découpage administratif, la tension s’est encore accrue : certains y ont vu une manière de faire plier le puissant Katanga, et un gouverneur devenu trop influent par la même occasion. Aujourd’hui, le territoire est divisé en quatre nouvelles provinces : Haut-Katanga, Lualaba, Haut-Lomami et Tanganyika. Diviser pour mieux régner, selon l’adage...

Les opérateurs économiques font grise mine

Le contexte politique est plus que tendu, donc, dans l’ancien Katanga, déjà en proie à d’autres difficultés, d’ordre économique cette fois, qui agitent le secteur minier, principale ressource locale (et de l’ensemble du pays, représentant près de 30 % du PIB). Malgré des productions records cette année encore, la baisse des cours des minerais sur les marchés mondiaux ainsi que le déficit énergétique qui a contribué à augmenter les coûts de production font faire grise mine aux opérateurs. Alors que Katanga Mining – filiale du groupe anglo-suisse Glencore –, qui exploite le site de Kamoto, a annoncé la suspension de sa production de cobalt, la filière craint de voir d’autres sociétés suivre le même chemin... entraînant la chute de l’économie locale, exclusivement – ou presque – orientée vers l’activité minière et sa sous-traitance. « Les coûts de production ont certes augmenté mais leurs marges de bénéfice restent importantes, relativise un conseiller à la primature. C’est un prétexte pour faire pression sur le gouvernement et réduire la fiscalité. »
Actuellement, c’est autour du nouveau Code minier que le bras de fer se joue. La Chambre des mines de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) a ainsi exhorté le gouvernement à maintenir le régime fiscal. « Les entreprises minières ont versé plus d’un milliard de dollars au Trésor public de la RDC l’année dernière, malgré la chute des cours des matières premières », souligne Simon Tuma-Waku, vice-président de la FEC en charge des mines.
Des recettes qui n’ont manifestement pas profité au développement socioéconomique de la RDC, encore moins du Katanga où des tensions sociales apparaissent également entre une classe huppée composée d’expatriés et de notables locaux, et la masse de la population qui vit, ou survit de petits boulots, s’entasse dans des logements de fortune et connaît des conditions de vie plus que précaires. « Nous sommes dans une province immensément riche mais où la population est extrêmement pauvre, admet un ministre provincial. La ville est de plus en plus sale, avec des conséquences sur la santé des habitants. » Et cela même si des travaux au niveau de la voirie ont été effectués ainsi que d’autres aménagements urbains. « On fait ce qu’on peut avec les moyens dont on dispose. » À nouveau, c’est l’autorité centrale qui est mise en cause : « La province génère environ 1,5 milliard de dollars de recettes annuelles, et est le principal contributeur aux caisses de l’État, avait rappelé le gouverneur Moïse Katumbi il y a quelques années. Pourtant, le budget des autorités provinciales ne s’élève qu’à 30 millions de dollars, dont seuls 18 millions sont alloués aux services publics et aux infrastructures. » Il a longtemps milité, en vain, pour la rétrocession de 40 % des recettes nationales collectées au Katanga, ainsi que le prévoit la Constitution. « Cela fait des décennies que le Katanga fournit toute la richesse du pays. Et pendant que Kinshasa se développe, qui souffre ? interroge un commerçant de Lubumbashi. Nous, les Katangais ! Il faut que cela change… »
« Le Katanga a connu plus d’une crise et il s’est toujours relevé », se rassure un investisseur local. Celle de 2008-2009 a été particulièrement dure. « Avec la crise mondiale, des miniers sont partis, des personnes se sont retrouvées au chômage… L’économie était paralysée. Puis, l’activité a repris. Des banques se sont installées, des centres commerciaux, des hôtels... Les services se développent, et les investisseurs sont de plus en plus nombreux à prospecter dans la région. Les choses vont se calmer... après 2016. » En attendant, une marche de soutien au Chef de l’État et au dialogue politique a été organisée à Lubumbashi, le 19 décembre dernier... perturbant à son tour la vie locale. Et 2016 ne fait que commencer...

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 5